À l’heure où le Liban est plongé dans les tractations pour la formation du gouvernement, le Hezbollah, lui, est ailleurs. Son principal souci aujourd’hui semble être de se reconstruire son image et son rôle, après les coups durs reçus et dans une période aux contours encore confus. Après l’élection de Joseph Aoun à la présidence et la désignation de Nawaf Salam pour former le gouvernement, le Hezbollah est donc conscient que la donne a changé, et ce qui compte pour lui, c’est de continuer à exister en cherchant à la fois à maintenir sa base, tout en s’adaptant aux circonstances nouvelles.
C’est pourquoi, aujourd’hui, il ne cherche pas à faire des vagues dans les tractations pour former le gouvernement, laissant au président de la Chambre, Nabih Berry, le rôle principal à ce niveau. Concernant la situation au Sud, après la prolongation de la trêve jusqu’au 18 février – qu’il a initialement catégoriquement refusée –, le Hezbollah a tacitement accepté le fait accompli, tout en en jetant la responsabilité sur l’État libanais et en se réservant le droit d’agir si besoin, comme l’a laissé entendre le secrétaire général du parti, Naïm Kassem, dans son discours lundi. Fait notoire, le cheikh Kassem a affirmé dans ce discours (préenregistré) qu’il refuse la prolongation, « même pour un seul jour » du délai, alors que la décision d’attendre le 18 février avait déjà été annoncée. Pour le Hezbollah, il s’agissait en réalité d’une façon de dire que c’est sa position de principe.
Mais, en réalité, les préoccupations du Hezbollah sont ailleurs. Elles se concentrent actuellement sur sa réorganisation interne et sur la nouvelle approche qu’il veut adopter, en avant-goût de la nouvelle image qu’il veut se construire à l’intérieur du Liban. Dans ses débats internes, le Hezbollah discute en effet de son rôle dans la période à venir et surtout de la façon de rétablir les ponts avec les autres composantes du pays, après ce qui a été appelé « les années de surplus de force ». Aujourd’hui, dans ses cercles privés et même un peu au-delà, le Hezbollah reconnaît qu’il ne voulait pas participer à l’opération Déluge d’al-Aqsa ni, surtout, en payer les conséquences. C’est donc à contrecœur qu’il a décidé d’ouvrir le front de soutien à Gaza à partir du Sud-Liban, le 8 octobre 2023, mais il voulait que cela reste dans un cadre très limité. C’est d’ailleurs pourquoi sa première opération avait pour théâtre les fermes de Chebaa et ce sont donc les Israéliens qui ont élargi le champ de bataille. De même, l’ancien secrétaire général Hassan Nasrallah ne croyait pas à un élargissement de la guerre au Sud et il avait même donné son accord à un projet de cessez-le feu en septembre, au point que le Premier ministre Nagib Mikati avait annoncé la fin de la guerre avant de se rendre à New York pour assister à l’Assemblée générale des Nations unies. Celle-ci a, en fin de compte, commencé quelques jours plus tard.De même, par rapport au nouveau président, le Hezbollah insiste pour dire qu’il n’était pas opposé à son élection, au contraire, et il a simplement réagi à la désignation de Nawaf Salam non pas parce qu’il voulait à tout prix Nagib Mikati mais parce qu’il a eu le sentiment d’un retournement contre « une entente préalable ».
Aujourd’hui, le Hezbollah prône le dialogue et l’entente. Cela fait partie de son « nouveau look ». Il ne veut pas lancer des défis aux autres composantes libanaises, allant même jusqu’à préciser que « les convois de mobylettes dans certains quartiers de la capitale n’avaient pas été coordonnés avec lui ». Même le responsable de l’unité de coordination Wafic Safa se fait discret pour ne pas prononcer des propos qui pourraient être utilisés contre la formation. Le Hezbollah précise ainsi que l’alternative à l’entente, ce sont les divisions et la mise à l’écart. Ce qui ne peut que provoquer des tensions dans un climat aussi complexe. Il est même prêt, dans ce cadre, à discuter du sort de ses armes, mais dans un climat calme et positif.
Dans ce contexte, le Hezbollah estime que la région et peut-être le monde sont en plein bouleversement et il faut donc rester vigilant pour protéger le Liban. Il définit en fait trois dangers qui menacent le pays : d’abord l’extension de l’influence des Frères musulmans, par le biais de la Turquie et du Qatar et à travers le nouveau pouvoir en Syrie. Le deuxième danger consiste dans la réapparition en force de Daech dans plusieurs zones, notamment en Irak et en Syrie, sachant que le Liban a déjà souffert de la présence de ses deux composantes à ses frontières à plusieurs reprises. Le troisième danger, c’est bien sûr l’expansionnisme israélien, au Liban et en Syrie notamment, ainsi que la volonté israélienne d’augmenter son influence dans la région, à défaut de pouvoir élargir sa géographie. Face à toutes ces menaces, dans une région en proie à de grands bouleversements, le Liban doit pouvoir se protéger, renforcer à la fois sa cohésion interne et la protection de ses frontières ; cela peut se faire par le biais de l’armée ou par le biais d’une action double, de la part de l’armée et de la « résistance ». Pour le Hezbollah, cela devrait faire l’objet de discussions sincères, profondes et rationnelles, loin de toute volonté de briser l’autre. Il rappelle à cet égard que lors des réunions élargies pour adopter une stratégie de défense nationale, le Hezbollah avait proposé un plan complet puis les réunions avaient été suspendues à cause de la guerre de 2006 et elles n’ont jamais repris. Il faudrait donc, selon le Hezbollah, reprendre ces discussions, en les adaptant aux nouvelles circonstances dans la région, et il se cherche ainsi un nouveau rôle dans un contexte qui comporte encore beaucoup d’inconnues.


Un nouveau Look, ils font du marketing en somme ou ils veulent nous vendre un nouveau packaging ... ils mettront le plus présentable permis eux en haut du panier (s'ils en trouvent) et toutes les pourritures vont grouiller en dessous en continuant leurs méfaits ... S'il y a métamorphose il faudra attendre 30 ans pour le confirmer.
14 h 46, le 29 janvier 2025