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Nos lecteurs ont la parole

Au-delà de la religion et de la rencontre juive libanaise

Au-delà de la religion et de la rencontre juive libanaise

L’entrée de la synagogue Magen Abraham à Beyrouth, le 11 août 2009, pendant les travaux de rénovation. Joseph Eid/AFP

Il est clair de l’évolution des choses que le Moyen-Orient entre dans l’ère qui sera appelée pax israeliana, ou « paix israélienne », établie par les phases successives syrienne et iranienne connues respectivement dans leur version latine pax syriana et pax iraniana.

Pour le pays du Cèdre, une nouvelle période s’ouvre entre le Liban et son voisin au-delà de nos frontières sud, que ce soit à travers le retour à l’armistice de 1949 (qui resta en vigueur jusqu’à la signature des accords du Caire de 1969) ou la simple application des dispositions de l’accord de Taëf de 1989.

Avec ce départ, il est clair que de nombreux Libanais et Libanaises attendent le moment pour retourner au Liban, rentrer de leur exil forcé à l’étranger et poser les valises après un déracinement qui a tant duré. Parmi eux, des juifs et des juives du Liban.

Le 31 décembre 2024, l’un des Libanais juifs, ouvertement juif, et résidant au Liban, nous a quittés. Critique d’art, journaliste et écrivain, Joseph Tarrab a longtemps répété qu’il menait une existence en marge de la « communauté juive ». Une façon pour lui de rappeler que sa parole n’engage que lui, qu’il ne représente que sa personne. Et pourtant, force est de constater que Joe, grand ami de mon mentor et ami Jalal Khoury, est souvent représenté par son identité religieuse dans cette multitude d’articles et de déclarations qui célèbrent son legs culturel libanais. Il y a de cela du voyeurisme, de la curiosité, et le désir de découvrir l’une des dix-huit dénominations religieuses qui font la mosaïque libanaise.

Médias hagards

Il est des sionistes, il est des juifs. Tous les sionistes ne sont pas juifs, et tous les juifs ne sont pas sionistes. Les juifs libanais – ou d’origine libanaise – que j’ai rencontrés au Liban ou croisés à l’étranger le martèlent. À cette fin, il serait nécessaire de faire écho de leur message, et ainsi contribuer à recadrer l’amalgame populaire entre sionisme et judaïsme. Alors que les images des manifestations juives pro-Palestine ont déferlé sur les réseaux sociaux en 2024, les médias libanais de masse en ont fait abstraction. Ce fut l’occasion, maintes fois ratée, pour les médias de relayer les images puissantes des associations juives autour du monde manifestant contre les bombardements israéliens à Gaza, les participants juifs brandissant des slogans tels que « Pas en notre nom » et « Cessez-le-feu maintenant ». Désormais, les médias ont choisi de ne pas saisir cette opportunité pour recadrer le narratif public et le réorienter au service du bien commun et de la cohésion civile.

Mettre l’accent sur la différence entre sionisme et judaïsme est nécessaire pour préparer le retour des juifs libanais en toute dignité, c’est-à-dire éviter les actes violents de vandalisme et de lynchage. La parole étant acte, le passé récent au Liban n’en est pas étranger, comme le témoigne l’enfance de Gad.

Enfance libanaise

Gad Saad, professeur à l’Université Concordia, auteur et scientifique du comportement évolutionniste, est né au Liban en 1964. Selon ses propres mots, le petit Libanais de confession juive coule une enfance heureuse au Liban, quoique marquée par quelques situations peu idéales d’un point de vue juif. Gad relate trois situations qu’il a vécues, témoins de la haine des juifs. Trois exemples qui marquent le jeune homme et montrent comment la politique et l’actualité influencent le comportement des gens et les pensées de la société.

Lorsque le président de l’Égypte Gamal Abdel Nasser décède, des Libanais descendent dans la rue et se lancent dans des lamentations fiévreuses. Le petit Gad de six ans voit passer une foule à côté de sa maison qui scande « Mort aux juifs ». Abasourdi, il demande à sa mère : « Maman, pourquoi crient-ils la mort aux juifs ? Qu’est-ce que nous avons à voir avec ça ? »

En classe, quelques années plus tard, le professeur demande à chaque écolier de se lever et de partager ce qu’il a envie de faire quand il sera grand. À neuf ou dix ans, l’un veut être médecin, l’autre footballeur, un autre policier. Un camarade de classe se lève et dit : « Quand je serai grand, je veux être un tueur de juifs. » La classe applaudit à tout rompre.

La guerre du Liban éclate en 1975, et certains tireurs ont les juifs dans leur collimateur. À deux immeubles de la maison où résidait Gad, une famille juive a été abattue. Des commerces tenus par des Libanais juifs sont pillés, détruits, brûlés. Le message étant clair, tant de juifs organisent leur départ, dont la famille de Gad. Lorsque le pilote annonce que l’avion est sorti de l’espace aérien libanais, la mère de Gad met l’étoile de David autour du cou de son fils et lui dit : « Maintenant, tu peux la porter. Tu n’as plus à cacher ton identité et tu peux être fier de qui tu es. »

Et pourtant, cela n’est pas un déplacement joyeux pour le Libanais de onze ans qui n’apprécie pas du tout sa nouvelle ville. Montréal est très sombre, les particules blanches qui lui tombent dessus du ciel l’ennuient, et il fait très froid.

Rencontre avec l’histoire

À la fin d’une soirée arrosée, lors d’une conférence à San Diego en 2023, une jeune femme m’apostrophe :

« - C’est toi le Libanais, oui ?

- Oui !

- Je suis du Liban.

- Tu vis au Liban ?

- Non, je vis à Toronto. Je te regardais ces derniers jours.

- Ah oui ?

- Oui, et l’année dernière aussi, pendant la conférence de 2022.

- Bon, pourquoi tu n’as pas dit hi ?

- Je voulais en être sûre.

- De… ?

Silence…

- OMD ! Tu es juive et tu voulais voir comment j’allais réagir à ça ! »

Inutile de préciser que nous avons longtemps discuté. Il est embarrassant que des Libanais appréhendent une discussion avec leurs concitoyens, craignant un rejet, du mépris, voire une réaction brusque. Un jeune homme se tenait à ses côtés. Surprise : un juif, de parents juifs, le père juif irakien. On parlera des juifs mizrahim, les Orientaux.

Le point d’orgue : retourner au Liban et découvrir la terre des aïeux pour comprendre leurs origines et d’où ils viennent. Les juifs ont vécu sur le territoire libanais d’aujourd’hui depuis plus de deux mille ans. Dans l’histoire récente, pendant et après la Seconde Guerre mondiale, le Liban a accueilli des familles ashkénazes fuyant la Shoah et, en 1941, une partie des juifs d’Irak arrivent au Liban, fuyant le pogrom contre les juifs à Bagdad. Après la déclaration d’indépendance de l’État d’Israël en 1948, le Liban sera le seul pays arabe dont la population juive a augmenté et des Syriens juifs s’y réfugieront, fuyant les persécutions. Néanmoins, la crainte des représailles à cause des actions menées « au nom des juifs » est une hantise pour les Libanais juifs.

L’histoire pour témoin

Portés par leur pleine appartenance à la nation libanaise, les Libanais juifs résisteront aux efforts de mouvements de recrutement sionistes et continueront à servir dans l’armée libanaise. L’affaiblissement de l’autorité de l’État et la multiplication des conflits interconfessionnels eurent pour effet la désintégration de la nation libanaise, ce qui encouragea les atteintes répétées envers les personnes et les intérêts juifs. L’émigration fut le seul choix. Depuis, dispersés en Europe et sur le continent américain, ils ne cessent d’interroger les Libanais qu’ils rencontrent sur le Liban, rêvant du retour et offrant l’assistance aux Libanais qui traversent toutes les crises libanaises.

Des années se sont écoulées depuis la fin de la guerre du Liban, et l’état des cimetières juifs continue de se détériorer et les synagogues sont laissées à l’abandon. Nous nous devons, Libanais, de préserver les sites juifs par fierté, dignité, citoyenneté, moralité et patriotisme, par respect pour le citoyen libanais et notre histoire. Ne serait-ce que pour assurer la solidité de ces lieux, et ne serait-ce que pour la mémoire des morts de nos concitoyens juifs mis en terre du Liban.

Essayiste

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Il est clair de l’évolution des choses que le Moyen-Orient entre dans l’ère qui sera appelée pax israeliana, ou « paix israélienne », établie par les phases successives syrienne et iranienne connues respectivement dans leur version latine pax syriana et pax iraniana.Pour le pays du Cèdre, une nouvelle période s’ouvre entre le Liban et son voisin au-delà de nos frontières sud, que ce soit à travers le retour à l’armistice de 1949 (qui resta en vigueur jusqu’à la signature des accords du Caire de 1969) ou la simple application des dispositions de l’accord de Taëf de 1989.Avec ce départ, il est clair que de nombreux Libanais et Libanaises attendent le moment pour retourner au Liban, rentrer de leur exil forcé à l’étranger et poser les valises après un déracinement qui a tant duré. Parmi eux, des...
commentaires (1)

Je me souviens qu’en 1945 le directeur de la sûreté générale était un juif Bassal , j’étais amie avec sa fille

Eleni Caridopoulou

18 h 05, le 29 janvier 2025

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Commentaires (1)

  • Je me souviens qu’en 1945 le directeur de la sûreté générale était un juif Bassal , j’étais amie avec sa fille

    Eleni Caridopoulou

    18 h 05, le 29 janvier 2025

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