Des habitants transportent un homme blessé par des tirs israéliens vers un lieu sûr à Kfar Kila le 26 janvier 2025. Photo Rabih Daher / AFP
Le dernier jour de la première phase du cessez-le-feu au Liban-Sud se déroulait dimanche sous haute tension. Au moins 22 personnes ont été tuées par des tirs israéliens, selon un bilan provisoire en début de soirée. Face à cette situation, la classe dirigeante libanaise est sortie de son mutisme pour appeler à la retenue, critiquer l'armée israélienne ou louer le courage des habitants.
Le président Joseph Aoun a fait savoir sur la plateforme X qu'il partageait avec « le peuple du Liban-Sud la joie de la victoire » et appelé à la « retenue » et à la « confiance dans les forces armées ». Il a aussi écrit que la « la souveraineté et l'intégrité territoriale du Liban ne sont pas négociables », précisant qu'il s'assurait du suivi de cette question « au plus haut niveau afin de garantir vos droits et votre dignité ».
L'armée israélienne était toujours dimanche au Liban-Sud, malgré l'expiration du délai de 60 jours au terme duquel elle devait avoir quitté le territoire, conformément à l'accord de trêve avec le Hezbollah. En vertu de cet accord, seuls l'armée libanaise et les Casques bleus de l'ONU peuvent être déployés sur le terrain. Les soldats de l’État hébreu ont évacué toute la région côtière du Liban-Sud, mais occupent encore des secteurs plus à l'est.
Le Premier ministre désigné Nawaf Salam a, lui, appelé dimanche matin le président de la République pour se tenir au courant de la situation dans le Sud, soulignant qu'il partageait sa pleine confiance dans le rôle des forces armées libanaises, et en premier lieu de l'armée, dans la protection de la souveraineté du Liban et la garantie du retour en toute sécurité des citoyens dans leurs villages, rapporte l'Agence nationale d'information (ANI, officielle).
M. Salam a rappelé qu'il est « prioritaire de garantir les conditions nécessaires à la reconstruction des villages et des maisons dans le Sud, la Békaa et à Beyrouth », réaffirmant que « la reconstruction n'est pas seulement une promesse, mais un engagement de (sa) part ».
« Profond respect »
Dans un communiqué publié après la déclaration du chef de l'État, le président du Parlement Nabih Berry a exprimé son « profond respect et son admiration pour les habitants des villages frontaliers », qui ont commencé à retourner dans leurs localités. Il a félicité les habitants proches de la zone frontalière revenus sur leurs terres : « Vos actions aujourd'hui vous définissent comme le symbole du patriotisme, de l'identité et de l'appartenance au Liban ».
Le président de la Chambre a aussi condamné « les tirs à balles réelles des soldats de l'occupation sur des civils non armés à Meis el-Jabal, Houla, Kfar Kila, Aïnata, Yaroun, Maroun el-Ras (caza de Bint Jbeil), Blida et Khiam (caza de Marjeyoun) ». Il a affirmé que cette action « prouve clairement qu'Israël persiste à violer la souveraineté du Liban et à enfreindre les conditions du cessez-le-feu ».
M. Berry a conclu en appelant « la communauté internationale et les États qui parrainent l'accord de cessez-le-feu à prendre des mesures immédiates et urgentes pour obliger Israël à se retirer immédiatement des territoires qu'il occupe encore au Liban-Sud ».
« Graves conséquences »
Le Premier ministre sortant Nagib Mikati a, lui aussi, publié un communiqué : « En ce jour où les habitants du Sud meurtri ont exprimé leur attachement à leur terre et à leur identité malgré les menaces de l'ennemi israélien, nous rendons hommage à nos concitoyens qui sont fermement attachés à leur terre dans le Sud ou à ceux qui ont été contraints par l'agression à être déplacés, en particulier ceux qui ont décidé de revenir aujourd'hui et qui ont courageusement affronté les feux de l'agression. »
« Votre patriotisme est devenu un modèle et un témoignage de sang qu'aucun droit ne se perd sans exigence », a-t-il ajouté. Il a également appelé « les pays qui ont parrainé l'accord de cessez-le-feu à assumer leurs responsabilités en dissuadant l'agression et en forçant l'ennemi israélien à se retirer des territoires qu'il occupe. »
« C'est ce que nous avons communiqué aux personnes directement concernées, en les avertissant que tout recul de l'engagement en faveur du cessez-le-feu et de la mise en œuvre de la résolution 1701 aura de graves conséquences », a souligné M. Mikati. Cette résolution a été adoptée en 2006 pour mettre fin à une guerre entre le Hezbollah et Israël. Elle n'a pas été appliquée pendant toutes ces années.
Bassil et le Cheikh Akl
Le chef du Courant patriotique libre (CPL, aouniste), le député Gebran Bassil, a aussi réagi sur son compte sur X : «Notre peuple dans le Sud est héroïque et fermement attaché à sa terre. Par conséquent, il ne perdra pas, et Israël ne pourra pas rester dans le Sud». « Une position courageuse et inébranlable est souvent plus forte que les armes, ralliant autour d'elle tous les patriotes libres. Il semble que la garantie du peuple de ce pays soit plus forte que celle de toutes les nations », a-t-il ajouté.
Dans une déclaration, le cheikh Akl druze Sami Abi el-Mona a rendu hommage à « la détermination des habitants du Sud, en particulier ceux des villages de la ligne de front sous occupation, pour leur courageux retour dans leurs maisons malgré les menaces israéliennes et les tirs directs ». Il a souligné que « ce retour symbolise un attachement indéfectible à leur terre et leur identité nationale ».
Le Cheikh Akl a appelé la communauté internationale, « en particulier les pays qui ont parrainé l'accord de cessez-le-feu, à assumer pleinement leurs responsabilités en obligeant l'ennemi israélien à se retirer complètement du territoire libanais, à cesser son agression, à mettre en œuvre l'accord et à adhérer à l'application de la résolution 1701 et de ses dérivés ».
Pour sa part, le député du Hezbollah Hussein Hajj Hassan, chef du bloc Baalbeck-Hermel, a critiqué Israël pour ne pas s'être retiré du Liban-Sud comme prévu, déclarant : « Les Israéliens ont annoncé qu'ils se retireraient à 4h du matin, mais au lieu de cela, ils continuent à tirer sur les citoyens libanais, faisant des martyrs et des blessés ». Il a demandé à l'État libanais « d'assumer pleinement sa responsabilité dans la défense de la souveraineté par le biais de toutes ses institutions et de tous ses responsables ».
S'exprimant lors d'une cérémonie à la mémoire d'un membre du Hezbollah tué à Nasriyah (Bekaa), Hajj Hassan a souligné que « la résistance suit de près la situation et agira si nécessaire ». « Notre peuple dans le Sud écrit de nouveaux chapitres de sacrifice et d'engagement pour sa terre et sa dignité », a-t-il encore dit.
De son côté, le député de Beyrouth Fouad Makhzoumi, qui faisait partie des concurrents potetiel à Nawaf Salam pour occuper le poste de Premier ministre désigné, a exprimé son « respect pour les habitants du Liban-Sud qui sont retournés dans leurs villages malgré les dangers », les exhortant à suivre les instructions de l'armée libanaise pour « assurer un retour sûr et ordonné ».
Sur la plateforme X, M. Makhzoumi a appelé « la communauté internationale et les parrains de l'accord de cessez-le-feu entre le Liban et Israël à agir rapidement pour contenir l'escalade dans le Sud ». Il a souligné « l'urgence de former un gouvernement dès que possible (...) et de mettre pleinement en œuvre les résolutions internationales, en particulier la résolution 1701, sur l'ensemble du territoire libanais ». Cela, a-t-il indiqué, « permettrait à l'État et à ses institutions de sécurité d'affirmer leur autorité et de protéger les frontières méridionales et d'autres zones ».
Hommages aux habitants
L'ancien Premier ministre Saad Hariri a écrit sur son compte « X » : « Je m'incline devant les martyrs et les blessés de nos civils désarmés dans le sud et leur volonté face à une occupation qui viole l'accord de cessez-le-feu. Je salue notre armée nationale qui, je l'espère, respectera les directives de protection de notre peuple. La communauté internationale est immédiatement appelée à assumer sa responsabilité face à une occupation qui viole sa propre loi et un accord garanti et parrainé par de grands pays, auquel le Liban est pleinement attaché. »
L'ancien président Michel Aoun a lui aussi exprimé son soutien aux habitants du Liban-Sud dans une message sur x. « L'ancien président du Liban, Michel Aoun, a écrit sur X : « La terre appartient à ses enfants, à ceux qui l'étanchent de leur sang, à ceux qui la défendent de leur chair et de leur sang, à ceux qui sont martyrisés sur le chemin du retour ».
Le député Wael Abou Faour, membre du bloc joumblattiste, a salué les habitants du Liban-Sud qui, par leur courage, résistent à l'occupation et insistent sur leur droit à retourner dans leurs maisons et villages, selon un communiqué relayé par notre correspondante Sarah Abdallah. Il a également salué l'armée libanaise, qui reste fidèle à son peuple et à sa patrie, estimant que les pays ayant garanti l'accord sont responsables de sa mise en œuvre et de tous les crimes commis par l'occupation.
« L'Israélien est un occupant qui doit partir. L'accord est clair et doit être mis en œuvre par un retrait total. La réaction du peuple est de s'accrocher à la terre et de se sacrifier pour elle, ce qui est la plus haute forme de droiture », a déclaré, de son côté, le député Marc Daou sur X. «Le gouvernement et le président Berry sont tenus de respecter l'accord qu'ils ont conclu. L'armée doit protéger les citoyens et récupérer la terre dans le cadre de la légitimité internationale. Les citoyens doivent se conformer aux instructions de l'armée libanaise afin de préserver leur sécurité», a-t-il poursuivi, alors que de nombreux résidents du Sud tentaient d'entrer dans leurs localités.
Le mufti de la République Abdellatif Deriane a considéré que le fait qu'Israël ne se retire pas du Liban-Sud constitue une violation de la résolution 1701 et l'agression contre les rapatriés est un « crime aux conséquences graves », selon des propos rapportés par les médias locaux.
Le mufti de Baalbeck-Hermel, cheikh Bakr el-Rifai, a salué dans un communiqué les habitants du Sud qui « par leur courage et leur persévérance, reflètent les plus hautes significations de la fermeté et de la force d'âme, et écrivent les plus belles histoires de sacrifice afin de recouvrer leurs droits. Notre armée libanaise prouve toujours sa loyauté envers son pays et son peuple, et reste dévouée à la sécurité et à la stabilité du Liban », a aussi déclaré le chef religieux.
Le cheikh chiite Ali Fadlallah a souligné, pour sa part, que « le retour du peuple dans ses villes et villages, avec fierté et dignité, malgré les menaces de l'ennemi et les tirs dirigés contre lui dans les villages du front au sud, représente la plus haute forme de patriotisme et d'attachement à la terre. Il incarne un engagement fidèle, qui témoigne de la vaillance, de la sincérité et de la loyauté de notre peuple envers sa terre et sa résistance. »
Enfin, en début de soirée, le porte-parole du Hamas au Liban, Jihad Taha, a estimé que « le retour des déplacés libanais du sud vers leurs villages et localités témoigne de la détermination et de la volonté du peuple libanais à revendiquer son droit au retour et son attachement à sa terre et à son pays, le Liban. »
« Nous exprimons notre solidarité avec le peuple libanais frère et sa résistance courageuse, et nous soulignons la profondeur des liens fraternels qui unissent les peuples libanais et palestinien », a-t-il ajouté, selon un communiqué relayé par l’Agence nationale d'information. Il a également appelé la communauté internationale à « assumer ses responsabilités, mettre fin aux crimes et violations de l'occupation et se retirer des territoires libanais. »




Aux imbéciles heureux qui prétendent qu’Israël serait une menace pour le Liban même sans le HB, ils devraient lire les rapports des instances internationales qui confirment que le HB tente de se jouer de l'ONU et n'a toujours pas remis une seule de ses caches d'armes a l’armée. Tout comme les infiltrés du HB dans l’armée donnent des renseignements au HB, les infiltrés de Tsahal dans le HB donnent des informations a Israël. Sur ce il faut en conclure que nous ne sommes pas encore sorti de l'auberge et le chemin sera encore long. Les dires récents du Président ne présage rien de bon.
14 h 44, le 27 janvier 2025