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Cessez-le-feu au Liban et trêve à Gaza : notre dossier spécial - Repère

Qu’a fait l’armée israélienne au Liban-Sud durant les deux mois de cessez-le-feu ?

L’armée israélienne a détruit ou endommagé plus de 800 bâtiments au Liban-Sud entre le 5 décembre et le 6 janvier, révèlent des images satellites analysées par le « Washington Post ». 

Qu’a fait l’armée israélienne au Liban-Sud durant les deux mois de cessez-le-feu ?

Cette image diffusée par l'armée israélienne le 16 janvier 2025 montre des troupes de la 11e brigade opérant au Liban-Sud. AFP

« Les Israéliens sont rentrés la nuit dernière et ont commencé à tirer au hasard. Les flammes ont dévoré les maisons, la fumée s'élève des villages voisins. Ils y sont toujours », raconte ce vendredi à L’Orient-Le Jour Yahia Jaber, le président de la municipalité de Bani Hayyan (caza de Marjeyoun), deux jours avant l'expiration du délai de l'application des modalités du cessez-le-feu de 60 jours entre le Hezbollah et Israël, conclu le 27 novembre après plus de 13 mois de guerre.

Si l’accord de cessez-le-feu, négocié notamment sous l'égide des États-Unis et de la France, prévoyait le retrait de « manière progressive » des forces israéliennes du Liban-Sud (article 12), celles-ci demeurent présentes dans le caza de Marjeyoun, le principal caza du Liban-Sud, y manœuvrant depuis la mi-décembre et multipliant les opérations militaires depuis deux semaines. Elles sont également encore déployées dans les principaux villages du caza de Bint Jbeil et ne se sont retirées que des cazas de Tyr et de Hasbaya, restant sur plus de la moitié de la ligne bleue. 

C'est dans ce contexte que, vendredi, arguant d’un retard dans le déploiement de l’armée libanaise au Liban-Sud, le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré que « l'accord de cessez-le-feu n'ayant pas été pleinement appliqué par le Liban, le processus de retrait par étapes se poursuivra en accord avec les États-Unis ». Mais qu'a donc fait l’armée israélienne durant ces deux mois de cessez-le-feu et à quel titre ? L’Orient-Le Jour dresse le bilan. 

« Israël a dicté les termes de l’accord » 

De façon quasi quotidienne, l’armée israélienne a effectué toutes sortes de manœuvres dans la zone d’exclusion d’environ 10 kilomètres de large, décrétée par Israël le lendemain du cessez-le-feu. Des opérations que son porte-parole arabophone Avichay Adraee a régulièrement décrites sur son compte X : dynamitage d’infrastructures, de maisons, de lieux de culte, ou encore de terrains de jeux ; enlèvements temporaires de Libanais (souvent des agriculteurs et bergers du caza de Hasbaya) ; survol incessant de drones ; sabotage d’infrastructures hydrauliques (notamment le « Projet du canal 800 », visant à alimenter le Liban-Sud en eau potable et en eau d’irrigation) ou solaires ; destruction de routes ; et assassinats de près d’une quarantaine de personnes, selon notre décompte.  

« L’accord de cessez-le-feu est le résultat de l’équilibre des forces dicté par le terrain, et qui s’est soldé par une victoire pour l’ennemi israélien sur le Hezbollah », estime le général à la retraite Khaled Hamadé. « Israël a dicté les termes de l’accord, en se gardant le droit à la liberté de mouvement et d’action, au nom de la “légitime défense” face à tout danger potentiel à son territoire, que l’État libanais ne pourrait pas prendre en charge lui-même selon son point de vue », poursuit-il. Israël a ainsi justifié à plusieurs reprises ses actions pendant cette période par la nécessité de démanteler les infrastructures du Hezbollah à sa frontière afin de défendre la frontière nord de son territoire, ce qui était l'objectif initial affiché de son opération terrestre au Liban-Sud, débutée le 30 septembre dernier.

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Pour autant, selon l’accord, il est demandé au « Hezbollah et aux autres groupes armés présents sur le territoire libanais » de cesser de « mener des opérations contre Israël », tandis qu’il est stipulé qu’« Israël ne mènera aucune opération militaire offensive contre des cibles libanaises, qu’elles soient civiles ou militaires ».

De son côté, le Hezbollah n’a mené qu’une seule opération militaire en deux mois : celle du 2 décembre quand le parti chiite a envoyé un tir de mortier sur le site de Roueissat el-Alam, dans les collines de Kfarchouba – une zone non habitée et contestée entre le Liban, la Syrie et Israël – revendiquant une « riposte défensive initiale en guise d’avertissement aux violations répétées ». Durant ces deux mois, quatre soldats israéliens sont morts lors de « deux accidents opérationnels » les 11 et 13 décembre, en raison d’explosifs laissés par un autre contingent. 

Des centaines de bâtiments détruits ou endommagés 

Durant le premier mois du cessez-le-feu, l’armée israélienne a atteint plus de 31 nouvelles zones et aurait au moins réalisé 88 détonations, selon des données du Conseil national de la recherche scientifique (CNRS) au Liban publiées par le Washington Post. En outre, selon l’analyse d’images satellite par le quotidien américain, l’armée israélienne a endommagé ou détruit plus de 800 bâtiments entre le 5 décembre et le 6 janvier, soit 26 bâtiments par jour.

Elle a poursuivi ses campagnes de démolition de bâtiments tout le long du mois de janvier, essentiellement dans le caza de Marjeyoun, faisant face aux principales localités du nord d’Israël, Kyriat Shmona et Metoula. L’expert militaire Riad Kahwagi évoque, lui, une suite logique à ce qu’il estime être proche d’un « accord de capitulation du Hezbollah » puisqu’il donnait pendant deux mois « le droit exclusif à Israël d’intervenir militairement » au Liban, notant qu’« Israël a bénéficié grandement du cessez-le-feu ».

Infographie Jaimee Haddad/L’Orient Today
Infographie Jaimee Haddad/L’Orient Today

L’armée israélienne a notamment profité du cessez-le-feu pour réaliser des mouvements inédits, selon notre correspondant dans le Sud, Mountasser Abdallah : elle est entrée pour la première fois dans certains quartiers de Aïtaroun le 30 novembre ; dans la ville de Bint Jbeil à maintes reprises à partir de Maroun el-Ras ; et a opéré à partir du 20 décembre des va-et-vient constants entre Markaba et Qantara (située dans la vallée stratégique de Wadi Slouki, à près de 7 km de la ligne bleue), en passant par Bani Hayyan et Talloussé, dont elle retirait les panneaux de bienvenue le 20 janvier.

Surtout, elle a pu entrer sans être inquiétée au cœur des villes de Naqoura (caza de Tyr) et Khiam (caza de Bint Jbeil), objet de violents affrontements pendant la guerre. Ainsi, l'armée israélienne est entrée à Naqoura, située à moins de 4 km de la ligne bleue, en déboisant la forêt dense qui la séparait du village, sans avoir à passer par la colline de Bayada, qui surplombe la localité au Nord, comme elle entendait le faire durant la guerre selon les experts militaires. Le 18 décembre, le président du conseil municipal de Naqoura, Abbas Awada, accusait l’armée israélienne d’avoir détruit plus de 35 % de la localité « depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu ». Le 7 janvier, après le retrait de l’armée israélienne de son village, il disait avoir retrouvé Naqoura « presque entièrement détruite », dans des propos repris par l'Agence nationale d'information (ANI, officielle).

Village le plus peuplé du caza de Marjeyoun, symbole des conflits avec Israël, Khiam a, lui, subi diverses opérations de destructions « d’infrastructures et de bâtiments » selon notre correspondant, pendant que l'armée israélienne y opérait du 28 novembre au 11 décembre. 

Le timide rôle du comité de surveillance

Le comité international de surveillance, chargé de superviser la mise en œuvre et le suivi du cessez-le-feu, s’est, lui, réuni trois fois officiellement, à Naqoura, durant ces 60 jours. Composé de représentants des États-Unis, de la France, de l'armée libanaise, de l'armée israélienne et de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), ce comité dirigé par le général de division américain Jasper Jeffers ne s’est pourtant jamais exprimé officiellement sur les centaines de violations de l’accord commises par l’armée israélienne, selon un décompte du ministère libanais des Affaires étrangères, qui déposait une plainte en ce sens dès le 24 décembre auprès du Conseil de sécurité de l’ONU.

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Selon une source diplomatique occidentale ayant connaissance du dossier, « il existe beaucoup de critères techniques pour établir ce qui constitue une violation, rendant compliqué de donner un chiffre au public ». Selon elle, le comité a cependant joué son rôle de « canaliser les tensions et violations » : « Malgré un retard dans la formation du comité, de deux à trois semaines, on a pu voir les effets concrets du comité dans le retrait de l’armée israélienne et le redéploiement de l’armée libanaise dans les localités de Khiam et Naqoura ».

Infographie Jaimee Haddad/L’Orient Today
Infographie Jaimee Haddad/L’Orient Today

Pourtant, l’armée israélienne a gardé à ce jour la plupart des positions où elle a manœuvré pendant ces deux mois. Elle reste présente juste au sud de Khiam, dans la colline de Hamames, où elle continue à opérer, tirant ainsi jusqu'à ce vendredi des rafales de mitraillette moyenne en direction des localités avoisinantes de Sarda et Amra. Si elle s’est effectivement retirée de Naqoura et des villages du secteur occidental de la frontière, se repositionnant à Aïta el-Chaab, elle maintient pour le moment la plupart de ses positions dans le caza avoisinant de Bint Jbeil, notamment dans la ville de Bint Jbeil et le village de Aïtaroun, au sein desquels l’armée libanaise était pourtant prête à s’établir dès le 11 janvier, d’après un communiqué de la troupe publié sur X ce jour-là. 

« Les Israéliens sont rentrés la nuit dernière et ont commencé à tirer au hasard. Les flammes ont dévoré les maisons, la fumée s'élève des villages voisins. Ils y sont toujours », raconte ce vendredi à L’Orient-Le Jour Yahia Jaber, le président de la municipalité de Bani Hayyan (caza de Marjeyoun), deux jours avant l'expiration du délai de l'application des modalités du cessez-le-feu de 60 jours entre le Hezbollah et Israël, conclu le 27 novembre après plus de 13 mois de guerre.Si l’accord de cessez-le-feu, négocié notamment sous l'égide des États-Unis et de la France, prévoyait le retrait de « manière progressive » des forces israéliennes du Liban-Sud (article 12), celles-ci demeurent présentes dans le caza de Marjeyoun, le principal caza du Liban-Sud, y manœuvrant depuis la...
commentaires (9)

L’armée la plus morale de l’univers…

Gros Gnon

09 h 10, le 26 janvier 2025

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Commentaires (9)

  • L’armée la plus morale de l’univers…

    Gros Gnon

    09 h 10, le 26 janvier 2025

  • Et si tsahal se “limitait” à simplement détruire les maisons abritant des armes sur la base ses informateurs? Devrions nous pleurer?

    Zampano

    01 h 24, le 26 janvier 2025

  • Quand ces suppôts de Satan(yahou) vont-ils enfin dégager? L'Occident laisse faire les bras croisés. Il faut dire que les nazis leur ont quand même fait un cadeau inestimable : l'impunité totale et éternelle.

    Politiquement incorrect(e)

    21 h 02, le 25 janvier 2025

  • Certains veulent faire passer le HB, fossoyeur de notre pays, pour un patriote qui subit les agressions des israéliens. Nous suivons comme eux les événements depuis plus d’un an et avons une autre version des faits. Le HB n’a jamais cessé de provoquer et de menacer jusqu’à ce que son pseudo ennemi passe à l’acte pour lui montrer ses limites, chose que l‘’état libanais aurait dû faire depuis des décennies au lieu de trembler au moindre éclat de voix ou un index levé. Le HB n’a jamais combattu pour sauver le Liban qui s’est trouvé en danger depuis que ce parti a acquis des armes pour nous terro

    Sissi zayyat

    15 h 29, le 25 janvier 2025

  • lesquels des trois parties prenantes concernees par le retrait des israeliens et des miliciens du hezb du sud litani veulent continuer a enfoncer le Liban dans la poisse /? les israeliens OU les miliciens du hezb ?

    L’acidulé

    11 h 17, le 25 janvier 2025

  • Et pendant ce temps le HB nous parle de « victoire » , ca nous montre encore une fois de plus combiens ces gens sont hors sol

    JPF

    11 h 06, le 25 janvier 2025

  • Je ne sais pas où est passé mon commentaire. Passé, pas passé? Dans le doute: que font les parrains de ce cessez-le-feu qui permet aux Israéliens de parachever la destruction du Sud? Biden, dont la faillite politique a mis le parti démocrate KO, il sucre les fraises, OK. Mais Macron? C’est injuste et choquant de laisser les mains libres aux Israéliens au Sud. Cet excellent papier montre l’étendue du désastre.

    Marionet

    10 h 52, le 25 janvier 2025

  • Ce papier excellent avec cartes à l’appui permet de mesurer l’étendue de la sournoiserie israélienne. De sorte que le cessez-le-feu n’en est pas un et ne sert que de couverture à l’armée israélienne pour achever le travail que le Hezbollah l’empêchait d’accomplir. Et notre Sud n’est que ruines et désolation. Où sont les parrains de cet accord? Ok, Biden sucre les fraises et son administration

    Marionet

    10 h 47, le 25 janvier 2025

  • Les mollahs israéliens dictent leurs lois : détruire et détruire et détruire. Une armée israélienne bienveillante et humaine selon certains !!?? Encore des crimes de guerre ou autre... Est ce que le premier ministre désigné, délogé de la présidence de la CPI, portera t il plante au nom du Liban ? Est ce que les photographes libanais professionnels ont pu filmer à distance les militaires qui ont commis ces exactions ? Si oui, il faut alimenter les réseaux sociaux.

    KERBAJE Eli

    09 h 51, le 25 janvier 2025

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