Des volutes de fumée après un bombardement israélien contre le village de Chihine, au Liban-Sud, près de la frontière avec Israël, le 13 février 2024. Kawnat Haju/AFP
L’armée israélienne a affirmé jeudi soir avoir détruit des lanceurs de roquettes du Hezbollah au nord du fleuve Litani, au Liban-Sud, accusant l’armée libanaise de ne pas avoir donné suite à une demande de neutralisation des sites en question. Toutefois, une source au sein de la direction du renseignement de l’armée libanaise a démenti ces accusations. « C’est totalement faux. Aucune demande n’a été envoyée à l’armée libanaise par l’intermédiaire des médiateurs. Nous n’avons pas reçu une telle demande », assurait cette source, dans des propos à L’Orient Today, vendredi.
Jeudi soir, le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, a écrit sur X que « des avions de guerre israéliens ont effectué une frappe aérienne (...) détruisant des lance-roquettes de moyenne portée qui étaient utilisés par le Hezbollah à l’intérieur d’un site militaire appartenant à l’organisation. Une autre frappe a visé d’autres lance-roquettes près d’un autre site militaire dans la région de Nabatiyé ». Bien que l’officier n’ait pas précisé le lieu exact de la première frappe, un premier bombardement israélien a été signalé à Jabal el-Rihane dans le caza de Jezzine et un autre dans l’Iqlim el-Touffah dans le caza de Nabatiyé. Les deux zones visées sont situées en profondeur à l'intérieur du territoire libanais, à plus d'une dizaine de kilomètres de la frontière.
« Dans le cadre des accords entre Israël et le Liban, une demande a été envoyée à l’armée libanaise avant la frappe aérienne pour neutraliser ces plates-formes de roquettes, qui constituaient une menace pour le front intérieur d’Israël et l’armée israélienne. Les plates-formes de roquettes n’ont été visées que lorsque l’armée libanaise n’a pas donné suite à la demande », a affirmé Avichay Adraee. L’armée israélienne « poursuivra ses efforts pour éliminer toute menace contre l’État d’Israël, conformément aux accords de cessez-le-feu », a-t-il ajouté.
Les montagnes de la région de Jezzine et de l’Iqlim el-Touffah ont été touchées par des frappes israéliennes à de multiples reprises durant la guerre, en particulier près de Jabal el-Rihane. En mai 2023, le Hezbollah avait effectué des manœuvres militaires très médiatisées dans cette localité, ainsi qu’à Aramta, un village situé en hauteur. En outre, une piste de décollage de drones du Hezbollah se situerait près de « Birket Jabbour », dans les environs, selon notre correspondant dans le Sud, Mountasser Abdallah.
Paix fragile
Le porte-parole de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) a déclaré à L’Orient Today que le comité de cessez-le-feu superviserait de tels incidents, assurant toutefois que « la Finul n’a aucune information à ce sujet ». Selon l’accord de cessez-le-feu en 13 points, « Israël ne mènera aucune action militaire offensive contre des cibles au Liban, que ce soit sur terre, dans les airs ou en mer », mais « ces engagements ne portent pas atteinte au droit inhérent d’Israël et du Liban à l’autodéfense ».
Cependant, un autre texte signé entre Washington et Tel-Aviv mentionne des « garanties » pour les autorités israéliennes, parallèlement au texte de l’accord entre le Liban et Israël. Ce document souligne notamment que « dans la zone sud (au sud du Litani), Israël se réserve le droit d’agir à tout moment en cas de violation des obligations ». « En dehors de la zone sud, Israël se réserve le droit d’agir contre l’escalade des menaces dirigées contre lui si le Liban ne peut pas ou ne veut pas contrer ces menaces, y compris l’introduction d’armes illégales au Liban à travers ses frontières et ses points de passage. » « Si Israël décide de prendre de telles mesures, il en informera les États-Unis dans la mesure du possible », ajoute le document.
Adam, six ans, en larmes après les frappes
Pour Lina Hamdane, une habitante de Jezzine qui est restée dans la région pendant les 66 jours d’offensive israélienne contre le Hezbollah, ces frappes ont été un douloureux rappel que la paix est fragile. Elle raconte que son fils Adam, six ans, était en larmes après qu’elle lui eut dit, fin novembre, que « la guerre était bien terminée ». Cette mère craint à présent que le cessez-le-feu ne dure pas longtemps.
Dans le village de Kfarhatta dans l’Iqlim el-Touffah, les habitants ont été surpris par le bruit des frappes. Un riverain, qui a souhaité rester anonyme, évoque une détonation qui lui a rappelé « le mur du son » que les avions israéliens franchissent parfois.
En outre, dans les zones qu'elle occupe toujours, l'armée israélienne a incendié vendredi des maisons à Houla, dans le caza de Marjeyoun, et a également dynamité deux autres à Dhaïra, dans le caza de Tyr, selon notre correspondant Mountasser Abdallah.
Le cessez-le-feu qui a mis fin à la guerre entre le Hezbollah et Israël est entré en vigueur le 27 novembre. Depuis, Beyrouth a condamné à plusieurs reprises des centaines de violations de l’accord par Israël, ce dernier accusant lui aussi le Liban de violations. Le 24 décembre, le ministère libanais des Affaires étrangères a déposé une plainte auprès du Conseil de sécurité de l’ONU, condamnant les violations répétées par Israël du cessez-le-feu et de la résolution 1701.
Pendant ce temps, l’armée israélienne poursuit ses opérations au Liban-Sud, occupant certains villages frontaliers, procédant à des destructions et empêchant des habitants de rentrer chez eux. Au moins 36 personnes ont été tuées par les frappes israéliennes depuis le début de la trêve dont l’application est prévue sur 60 jours. À ce jour, le Liban a signalé jusqu’à 800 violations, selon une source proche du comité de surveillance.




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23 h 47, le 03 janvier 2025