Un membre du bataillon français de la Finul ajuste un mât de drapeau lors d'une visite de ministres français dans leur base, dans le village de Deir Kifa, au sud du Liban, le 31 décembre 2024. AFP
En ce début d’année et à près de 25 jours de l’expiration des 60 jours destinés à appliquer les points de l’accord sur un cessez-le-feu conclu le 27 novembre, tous les yeux sont tournés vers le sud du Liban. Du point de vue libanais, les Israéliens n’appliquent pas les dispositions de l’accord, alors que les Israéliens justifient la poursuite de leurs agressions par le fait que le Hezbollah serait en train de reconstituer sa force dans la zone au sud du Litani. Entre les deux, la Finul peine à prendre ses marques et le comité de surveillance présidé par un officier américain et ayant pour membres un officier français, un officier libanais, un représentant de la Finul et un officier israélien ne parvient toujours pas à recenser les violations. Selon des sources proches de ce comité, le fossé est si grand entre les protagonistes qu’il est difficile à chaque fois d’affirmer qu’il y a bien eu une violation et par qui elle a été commise. Pour l’instant, les chiffres approximatifs signalent 298 violations, alors que du côté libanais on parle de plus de 800.
En tout cas, il est certain qu’en plus de 30 jours depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, les soldats israéliens ne se sont véritablement retirés que de la localité de Khiam et de ses environs après avoir toutefois détruit ce qu’ils considèrent être des installations du Hezbollah. Mais dans les autres secteurs, les sources proches du comité de surveillance reconnaissent que le processus de retrait israélien est lent. Cela pourrait être dû à de nombreuses raisons. D’abord, il y a encore jusqu’à présent 68 000 déplacés des régions au nord d’Israël qui ne sont pas rentrés chez eux et qui ont peur de le faire car ils ne croient pas vraiment à la solidité de l’accord conclu. Seuls 4 ou 5 000 sont revenus, mais la vie n’a pas vraiment repris dans cette zone, alors que du côté libanais, le paysage est différent et ce constat pèse lourdement à l'intérieur d’Israël.
Ensuite, il y a le refus total de l’armée libanaise d’avoir le moindre contact direct avec les soldats israéliens. Les unités de l’armée libanaise refusent donc de se déployer dans le secteur tant que les soldats israéliens ne sont pas clairement partis. Ce qui entrave le processus, surtout que la Finul ne parvient pas toujours à jouer, comme le dit un responsable, « le rôle de trait d’union » entre les deux camps. D‘ailleurs, en un mois, il y a eu très peu de patrouilles conjointes entre l’armée libanaise et la force onusienne dans les régions du Sud que les Israéliens devraient évacuer.
Enfin, il faut aussi signaler que du point de vue israélien, l’armée libanaise n’inspire pas une grande confiance. Les Israéliens qui suivent de près les développements internes libanais estiment ainsi, et ils en parlent avec les parties impliquées au sein du comité de surveillance, craignent qu’une partie de l’armée libanaise soit plutôt favorable au Hezbollah et cherche à le couvrir. C’est pourquoi, dans la plupart des cas, ils préfèrent s’assurer eux-mêmes de la destruction des installations supposées du Hezbollah dans le Sud. De plus, l’armée libanaise est en train actuellement, et pour les besoins de l’application de l’accord, de former de nouvelles unités performantes capables d’imposer l’autorité de l’Etat libanais dans la région au sud du Litani, mais ces unités ne sont pas les seules à être sollicitées et l’armée libanaise manque encore souvent de moyens. C’est une des raisons pour lesquelles les Israéliens seraient assez sceptiques à l’égard de l’application des dispositions de l’accord du côté libanais.
De son côté, le Liban n’est guère plus rassuré, critiquant clairement les violations israéliennes répétées. Certes, pour les sources proches du comité de surveillance, il ne faut pas oublier que dans cette région, on revient de loin. Avant le 27 novembre, la violence était terrible, surtout pour le Liban qui a déjà beaucoup souffert. Il faudrait donc garder en tête ce tableau pour voir les progrès accomplis, même si l’application de l’accord n’est pas encore satisfaisante. Cet accord, il faut le rappeler, avait été rédigé en septembre par la France, avec l’aval des Etats-Unis, et il avait été soumis aux protagonistes lors de l’Assemblée générale des Nations unies. Entre-temps, beaucoup de choses se sont passées, mais au final, l’accord a été adopté. Et c’est un grand succès diplomatique, surtout depuis le 7 octobre 2023. Pour qu’il soit appliqué, il faut toutefois que toutes les parties impliquées y mettent du leur.
Du côté libanais, l’armée fait de son mieux, et elle a reçu les instructions politiques nécessaires même si le pouvoir exécutif est actuellement entre les mains d’un gouvernement chargé d’expédier les affaires courantes, faute d’un président en fonction. C’est pourquoi, les sources proches du comité de surveillance estiment que ce serait un message fort que les parlementaires libanais élisent un président lors de la séance du 9 janvier. Si ce n’est pas le cas, cela donnerait un message négatif à la communauté internationale et cela pourrait reporter le traitement du dossier libanais à une échéance éloignée, en raison de l’existence de nombreux autres dossiers urgents à gérer. Certains invoquent d’ailleurs actuellement le fait que la décision américaine est assez floue, perdue entre une administration en partance et une autre pas encore en fonction. Mais selon les sources précitées, il serait justement risqué de vouloir attendre que le nouveau président Donald Trump s’installe à la Maison Blanche car rien ne dit que le dossier libanais fait partie de ses priorités.
Toutes ces explications mènent à se demander quel sera le scénario du jour d’après le 27 janvier, c’est-à-dire après l’expiration de la période de 60 jours pour le retrait israélien et le déploiement de l’armée libanaise ? Selon les sources précitées, il y en aurait plusieurs : le premier c’est que le processus d’application s’accélère au cours des prochaines semaines et le 27 janvier l’accord est appliqué et le Liban est doté d’un nouveau président. Ce serait l’idéal, mais peut-être pas le plus probable.
Le contraire est tout aussi possible : les deux parties n’appliquent pas l’accord et le 27 janvier, les affrontements reprennent car le Hezbollah a beau être affaibli, il reste en mesure de se battre. C’est le scénario du pire que les garants du comité de surveillance ( à savoir les Américains et les Français) cherchent à éviter à tout prix. C’est d’ailleurs une des raisons de la visite de deux ministres français à Beyrouth et au Sud au cours des derniers jours. Il est en effet rare que deux ministres, celui des Armées, Sébastien Lecornu, et celui des Affaires étrangères, Jean Noël Barrot, se déplacent ensemble vers un pays. En effet, ils veulent tout faire pour éviter l’escalade.
Le troisième scénario serait de prolonger la période de 60 jours pour donner plus de temps aux parties concernées pour appliquer l’accord.
Lequel des trois scénarios est privilégié ? Pour l’instant il est difficile de le préciser, mais ce qui est sûr c’est que les Français feront tout leur possible pour que l’accord soit appliqué et que le Liban puisse entrer dans une nouvelle phase après le 27 janvier.



AU PREMIER ACCROCHAGE LES INTERNATIONAUX VONT CONDAMNER LE LIBAN ET LE HEZBOLLAH CAR ISRAEL NE FERA QUE SE CONFORMER AUX CLAUSES DE L,ACCORD SIGNE. - UN ADAGE DIT : FAUT SAVOIR A L,AVANCE OU L,ON APPLIQUE SA SIGNATURE ET INTRODUIT SON MACHIN.
14 h 52, le 02 janvier 2025