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Nos lecteurs ont la parole

Le comte de Noël

Il était une fois, dans un royaume temporel, un comte pas comme les autres, qui devait son titre de noblesse non à ses richesses matérielles, mais spirituelles, et à ses dons de guérison. Son titre était rattaché à Noël, car c’est uniquement en ce jour qu’il faisait, en bon thaumaturge, des miracles, qu’il distribuait comme des cadeaux à ceux et celles qui venaient à lui, guidés par l’esprit de Noël.

À la différence du père Noël (qui le percevait comme un rival), il fallait solliciter, le jour de Noël, le cadeau miraculeux, en se rendant à son humble demeure, et avoir de bonnes raisons de le faire, c’est-à-dire être physiquement ou mentalement malade ou souffrir d’un handicap.

Cependant, cette libéralité du comte de Noël n’était pas tout à fait gratuite, mais conditionnée par l’obligation pour le demandeur de se repentir, de faire acte de contrition et d’observer, pour le restant de sa vie et sans jamais faillir, les deux plus grands commandements de l’Évangile, à savoir « aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa pensée, et aimer son prochain comme soi-même » (Mt 22 :37-39). En cas de violation de l’engagement, le miracle sera annulé et la personne miraculeusement guérie retombera dans sa maladie ou son handicap.

Il ne fallait donc pas s’attendre à de longues queues devant la demeure du comte, le jour de Noël, tant les conditions étaient perçues, par la plupart des habitants du royaume, comme contraignantes, voire rédhibitoires, les deux commandements étant plus lourds à supporter que la maladie ou le handicap. En effet, beaucoup se disaient : à quoi bon profiter de ce miracle s’il m’est impossible d’observer les deux commandements, ce qui causera ma rechute ! Retomber dans la maladie ou l’infirmité, après un temps de rémission, serait encore pire !

Alors, autant rester dans le même état !

On ne se pressait donc pas au portillon du brave comte, le jour de Noël, et on préférait aller se servir des friandises du traditionnel père Noël qui tintait de sa clochette au coin de la rue. Il y avait, par conséquent, sous le modeste toit du comte « peu d’élus » parmi la quantité d’appelés (Mt 22 :14).

Un groupe d’élus, miraculeusement guéris après avoir fait pénitence et vœu d’observance des deux commandements, voulurent une fois percer le mystère de cet étrange personnage et lui demandèrent de leur révéler les secrets de son titre de « comte de Noël » et de son don de « guérison conditionnelle ».

Devant leur insistance, le comte de Noël leur révéla qu’il y a deux mille ans environ, était né dans une crèche, en ce jour de Noël, un roi qui avait passé sa courte période de royauté sur terre à professer les deux plus grands commandements de Dieu et à distribuer des miracles sans compter et sans condition. Après sa crucifixion et sa résurrection, voyant que sa parole n’était pas suffisamment respectée sur terre, il décida de déléguer un représentant de son royaume céleste auquel il décerna le titre de « Comte de Noël » et donna le pouvoir de faire, comme lui, mais seulement à Noël, des miracles, à condition que le miraculé observe, en tout temps et tout au long de sa vie, les deux plus grands commandements, et ce comme mesure incitative pour le salut d’un plus grand nombre d’âmes.

Ainsi, le libre arbitre, si cher à ce roi, est toujours respecté puisque les sujets du royaume terrestre auront toujours le choix d’accepter ou de refuser l’offre miraculeuse assortie de ses conditions. D’où la quantité écrasante de refus.

Mais devant le peu d’engouement pour ce cadeau de Noël, et mû par sa miséricorde, le roi songe aujourd’hui à multiplier aux quatre coins du globe les délégués détenteurs du titre de comte de Noël et dotés de ce pouvoir de guérison, sans toutefois lever les conditions, dans l’espoir de répandre sur cette terre, le plus possible, l’amour de Dieu et du prochain comme soi-même et de sauver le plus de pécheurs... sans trop se faire d’illusions.

Ronald BARAKAT

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Il était une fois, dans un royaume temporel, un comte pas comme les autres, qui devait son titre de noblesse non à ses richesses matérielles, mais spirituelles, et à ses dons de guérison. Son titre était rattaché à Noël, car c’est uniquement en ce jour qu’il faisait, en bon thaumaturge, des miracles, qu’il distribuait comme des cadeaux à ceux et celles qui venaient à lui, guidés par l’esprit de Noël. À la différence du père Noël (qui le percevait comme un rival), il fallait solliciter, le jour de Noël, le cadeau miraculeux, en se rendant à son humble demeure, et avoir de bonnes raisons de le faire, c’est-à-dire être physiquement ou mentalement malade ou souffrir d’un handicap.Cependant, cette libéralité du comte de Noël n’était pas tout à fait gratuite, mais conditionnée par l’obligation pour le...
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