Un des régimes les plus cruels, criminels et sanguinaires de l’histoire moderne vient de s’effondrer. Face à cette réalité, les mots nous échappent. Nous sommes bouleversés, révoltés, stupéfaits, terrassés. L’émotion est si forte que l’on ne peut s’empêcher de pleurer, entre rage, peur, colère, tristesse et amertume.
Est-il possible que tout cela soit réel ? Sommes-nous dans un cauchemar ? Ces images sont-elles vraiment la réalité ?
Ce que nous voyons aujourd’hui rappelle tragiquement les scènes découvertes par les forces alliées à la fin de la Seconde Guerre mondiale, lors de la libération de l’Europe. Les camps de concentration nazis dévoilaient des détenus squelettiques, presque nus, errant dans le vide, incapables de comprendre ce qui leur arrivait. En 2024, nous assistons à des scènes tout aussi déchirantes et abjectes. Cela donne la chair de poule. Cela glace le dos. Et l’on se demande : comment le monde entier a-t-il pu rester les bras croisés pendant plus de cinquante ans ?
Nous savions pourtant ce qui se passait dans les geôles syriennes, depuis l’arrivée du parti Baas au pouvoir. Des décennies d’oppression, de violence, de souffrance, de barbarie, de despotisme, de tyrannie et de corruption ont marqué l’histoire de ce pays. Ces décennies noires ont duré bien plus longtemps que le régime nazi, laissant derrière elles des cicatrices indélébiles et un dirigeant fuyant comme un rat.
Le syndrome de Stockholm est un phénomène psychologique étrange, où des victimes, prises en otage, peuvent développer une certaine forme d’empathie, voire de sympathie, pour leurs bourreaux. Ce lien paradoxal s’installe souvent sous la contrainte, mais il reste incompréhensible à ceux qui ne l’ont pas vécu.
Dans le contexte d’une dictature, ce phénomène peut se manifester chez ceux qui, sous un régime autoritaire, trouvent un étrange réconfort. Une dictature lâche peut offrir un sentiment de sécurité, surtout pour une minorité qui se sent protégée par le pouvoir en place, lui-même minoritaire, malgré l’oppression subie. Ce refuge illusoire est à la fois le produit de la peur et de la manipulation. Mais ce confort ne justifie en rien les horreurs infligées à un peuple : attaques chimiques, bombardements de barils de TNT, emprisonnements et tortures innommables.
C’est une honte pour l’humanité tout entière. Et pourtant, nous vivons dans le déni.
Qui sont les nostalgiques de la dictature ? Ce sont des personnes qui n’ont connu que la répression. Elles défendent un régime qui, selon elles, « combat les extrémistes et nous protège ». Ces individus, pourtant, n’ont aucune idée de ce que signifie vivre dans un pays libre, démocratique et respectueux des droits humains. Ils osent critiquer les démocraties occidentales avec une audace sans pareille, mais leur méconnaissance de la liberté les rend aveugles à la vérité.
À ces personnes, je dis ceci : peut-être n’avez-vous jamais été emprisonnés à Saydnaya, et tant mieux pour vous. Mais, en attendant, vous devenez complices et hypocrites. Vous approuvez, en toute conscience, les actes d’un des régimes les plus cruels de l’histoire moderne, à l’image de cet otage qui, malgré lui, développe un lien affectif avec son bourreau.
Jean-Pierre CHELHOT
Montréal, Canada
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