Dix-neuf ans après le retrait officiel des troupes militaires syriennes, le despotisme du régime de la famille Assad envers la majorité du peuple libanais reste inoubliable. Les plaies infligées par cette dictature demeurent ouvertes et loin d’être cicatrisées, même après la chute du tyran. En effet, elles sont bien profondes, à tel point qu’elles semblent « bien ancrées » dans les corps et les âmes de beaucoup de Libanais, surtout ceux qui sont portés disparus dans les prisons de torture en Syrie.
Les familles de ces derniers n’ont cessé de réclamer des réponses sur le sort de chacun de leurs proches.
Pourtant, depuis la fin de la guerre civile, aucun gouvernement ou chef d’État n’a pu donner suite à cette cause. En revanche, l’État libanais « a donné suite » à la présence syrienne, en accueillant des millions de réfugiés syriens qui ont fui l’atrocité du pouvoir, pour venir s’installer au pays du Cèdre, sous l’égide des organisations internationales de défense des droits de l’homme. Néanmoins, cette générosité illimitée, qui dépasse parfois le nécessaire sur le plan humanitaire, a creusé un gigantesque fossé entre la population libanaise et ces réfugiés, surtout lors de la chute de la livre libanaise et de la crise économique dévastatrice qui perdure.
Aujourd’hui encore, cette même lignée se poursuit : le pays accueille cette fois des Syriens qui fuient le nouveau régime rebelle. Ah oui ! c’est la grandeur du respect des droits de l’homme, dont notre cher gouvernement fait toujours preuve. Mais de quel homme s’agit-il ? Certes des étrangers et non pas de Libanais. Surtout ceux qui nous ont fait voir de toutes les couleurs. Ainsi n’importe qui, entre n’importe comment, pour faire du n’importe quoi. C’est l’hospitalité libanaise, non ?
En même temps, le sort des Libanais kidnappés et portés disparus en Syrie depuis plus de trente ans reste inconnu. Où sont les dirigeants libanais dans tout cela ? Bof ! « Ils ont des yeux et ne voient point. Ils ont des oreilles et n’entendent point. » Ils n’ont point de cœur, comme les décrit Jérémie dans l’Ancien Testament. Pire, « ceux-là sont comme les bestiaux, même plus égarés encore », selon le Coran.
En effet, les autorités libanaises ne cessent de faire la sourde oreille et de répéter le refrain syrien niant la présence de Libanais dans ses geôles. Mon œil ! Quel déni pour ne pas désobéir à leur maître.
Ajoutons que ce que l’État libanais n’a pas réussi à accomplir en trente ans pour ses enfants portés disparus semble, en attendant plus de détails, être réalisé partiellement par les rebelles syriens connotés radicaux ou islamistes et même terroristes. C’est surréaliste ! Mais quelle honte et quelle ironie !
Hélas ! À part de privilégier les voisins et les suspects, la classe politique libanaise n’a fait que livrer ses compatriotes à leur sort en Syrie et entraver toute procédure de justice. Tout ce qu’elle a pu réaliser se résume à la création des commissions qui ne font que perdre le temps, au risque de perdre un de ces détenus.
Par cette passivité, les dirigeants libanais deviennent des complices qui facilitent la consommation d’un crime contre l’humanité. Par conséquent, le pays fait périr délibérément ses enfants entre les mains de leurs bourreaux et fait fuir, au moins par le désir, ceux qui y restent.
Selon Platon, « le plus grand mal, à part l’injustice, serait que l’auteur de l’injustice ne paie pas la peine de sa faute » mais de la faire subir aux autres. La réalité des Libanais disparus en Syrie et l’enquête de l’explosion au port de Beyrouth en sont des preuves accablantes.
Bref, c’est la classe fainéante qui, par ses omissions, continue à commettre le filicide !
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