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Moyen-Orient - Focus

Demandes d’asile suspendues, retours forcés, quel sort pour les réfugiés syriens ?

Plusieurs pays européens ont annoncé la suspension temporaire des demandes d'asile pour les ressortissants syriens, d'autres vont jusqu'à envisager la cessation du statut de réfugié.

Demandes d’asile suspendues, retours forcés, quel sort pour les réfugiés syriens ?

Des réfugiés syriens attendent de passer en Syrie au poste-frontière turc de Cilvegozu le 9 décembre 2024.

Il n’a pas fallu longtemps pour que certaines administrations et figures politiques européennes profitent du changement de régime en Syrie pour annoncer la suspension des demandes d’asile de ses ressortissants, réfugiés pour certains depuis la guerre civile de 2011. Alors que le président Bachar el-Assad vient d’être destitué, certaines chancelleries estiment en effet que les demandeurs d’asile, persécutés sous un régime aujourd’hui renversé, n’ont plus de raison de réclamer ce statut ou d’en bénéficier. De nombreux pays européens se sont ainsi succédé pour envisager une suspension provisoire de la protection accordée aux Syriens : Royaume-Uni, Suède, France, Grèce, Italie, Norvège, Pays-Bas, Belgique... En Allemagne, premier pays d’Europe pour l’accueil des réfugiés syriens (environ 716 000 personnes, selon l'ONU), l'Office fédéral des migrations et des réfugiés (BFM) a annoncé le gel des décisions concernant les procédures d'asile, soit plus de 47 000 dossiers en attente.

Retour « immédiat » en Syrie ?

En Autriche, le gouvernement intérimaire est allé encore plus loin en ordonnant le réexamen de tous les dossiers dans lesquels l'asile a déjà été accordé. Les Syriens constituent le plus grand groupe de demandeurs d'asile du pays, avec 12 871 demandes déposées en novembre de cette année. Selon le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides, la cessation et le retrait du statut de protection subsidiaire est possible à la demande volontaire de l’intéressé ou si « la situation qui a conduit à reconnaître l’intéressé comme réfugié n’existe plus et si le réfugié peut de nouveau faire appel à la protection de son pays de nationalité ». Vienne prépare en outre un programme de « rapatriement et d'expulsion » des réfugiés vers leur pays. Pour Nadia Hardman, avocate et chercheuse sur les droits des réfugiés et des migrants à Human Rights Watch, ces annonces, seulement quelques heures après la prise de Damas par les rebelles syriens, sont prématurées et invalides au regard du droit international, alors que l’avenir de la gouvernance post-Assad demeure on ne peut plus incertain : « Il ne peut y avoir de discussion sur le retour des réfugiés syriens tant qu'il n'y a pas de garantie que les normes internationales sur un retour sûr, digne et volontaire sont respectées. » Elle rappelle que la situation humanitaire en Syrie est toujours critique et le terrain miné. « Le statut de réfugié d'une personne peut être retiré sous prétexte que les raisons de l'asile ne sont plus valables, mais la position fondamentale du droit international sur la cessation durable de l’asile doit être régie par le temps long. Nous n’en sommes pas là. »

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Pour l’heure, les appels les plus radicaux concernant une éventuelle expulsion des demandeurs d’asile syriens restent cantonnés aux partis de la droite conservatrice et de l’extrême droite européenne. En Allemagne par exemple, des députés membres du parti chrétien-démocrate de centre droit (CDU) ont suggéré que Berlin organise des vols charters vers la Syrie et offre 1 000 euros à « quiconque souhaite retourner en Syrie », ou que les demandeurs d’asile syriens déboutés perdent désormais la protection subsidiaire. Cette protection internationale est fournie à un demandeur d'asile qui ne répond pas aux critères pour devenir réfugié, mais pour lequel il existe des « motifs sérieux et avérés de croire qu'il courrait dans son pays un risque réel de subir une atteinte grave ». La députée allemande Alice Weidel du parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD) a, quant à elle, fait écho à cette position : « Ceux qui se réjouissent en Allemagne de la “Syrie libre” n'ont manifestement plus aucune raison de fuir. Ils devraient immédiatement retourner en Syrie », a-t-elle écrit sur le réseau X dimanche, le jour même de la chute du régime Assad. « La situation en Syrie est actuellement très floue », a tempéré lundi la ministre allemande de l'Intérieur, Nancy Faeser, évoquant une « situation instable » dans le pays.

Réouverture de poste-frontières

Lundi, le haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, a exhorté les pays à ne pas brûler les étapes en ce qui concerne le sort des réfugiés syriens : « Il faudra faire preuve de patience et de vigilance, en espérant que les développements sur le terrain évolueront de manière positive, permettant enfin des retours volontaires, sûrs et durables, avec des réfugiés capables de prendre des décisions éclairées », a-t-il déclaré dans un communiqué. Pour Dawn Chatty, anthropologue, spécialiste des migrations forcées, les mesures envisagées par les pays européens ne devraient concerner uniquement que les dossiers d'asile en cours et non pas ceux qui bénéficient déjà du statut de réfugié. Par ailleurs, « il n'y aura pas d'expulsion massive en Europe, estime-t-elle, de telles mesures pouvant être contestées devant les tribunaux ».

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Des vagues de retour volontaire, par contre, ont déjà été enregistrées notamment en provenance des pays voisins de la Syrie, comme la Turquie et le Liban, premiers impactés par la crise des réfugiés syriens. Encourageant déjà depuis plusieurs mois les quelque trois millions de Syriens à retourner « volontairement » chez eux, la Turquie a désormais renforcé la capacité de ses poste-frontières pour permettre des mouvements plus massifs de populations. « Nous avions jusqu'alors une capacité quotidienne de 3 000 passages et nous l'avons maintenant portée à 15 000 et 20 000 par jour », a annoncé le ministre turc de l’Intérieur Ali Yerlikaya. Selon l’AFP, de nombreux réfugiés syriens vivant en Turquie se sont précipités vers le sud du pays pour rentrer en Syrie à l'annonce de la chute du président Bachar el-Assad dimanche. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a par ailleurs annoncé hier la réouverture du poste-frontière Yayladagi, situé dans la province de Hatay (Sud) et fermé depuis 2013. « Il y a de longues files de Syriens qui tentent de retourner en Syrie et beaucoup de petites lignes qui essaient de partir, probablement des membres importants du régime Assad », fait remarquer Dawn Chatty. Ce dernier, exilé avec sa famille à Moscou, a en tout cas bénéficié du statut sans se faire prier, la Russie leur ayant accordé l'asile « pour des raisons humanitaires », a déclaré un responsable du Kremlin à l'agence de presse russe TASS, suite à la fuite de l'ancien dictateur.

Il n’a pas fallu longtemps pour que certaines administrations et figures politiques européennes profitent du changement de régime en Syrie pour annoncer la suspension des demandes d’asile de ses ressortissants, réfugiés pour certains depuis la guerre civile de 2011. Alors que le président Bachar el-Assad vient d’être destitué, certaines chancelleries estiment en effet que les demandeurs d’asile, persécutés sous un régime aujourd’hui renversé, n’ont plus de raison de réclamer ce statut ou d’en bénéficier. De nombreux pays européens se sont ainsi succédé pour envisager une suspension provisoire de la protection accordée aux Syriens : Royaume-Uni, Suède, France, Grèce, Italie, Norvège, Pays-Bas, Belgique... En Allemagne, premier pays d’Europe pour l’accueil des réfugiés syriens (environ 716 000...
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