C'est la fin de ce live Q&A avec notre co-rédacteur en chef Anthony Samrani !
Nous vous remercions pour toutes vos questions, et vous retrouvons très bientôt. En attendant, vous pouvez retrouver toute l'actualité de la région en direct, ici.
Voici une question de Beatriz :
Il y a beaucoup d’attentes autour du retour des réfugiés syriens du Liban vers la Syrie. Mais est-il probable qu’il y ait également un nouveau flux considérable de Syriens vers le Liban ?
Bonjour Beatriz, merci pour votre question.
Est-ce que des Syriens loyalistes pourraient traverser la frontière dans le sens inverse ? Sans doute. Mais, a priori, attendons quelques jours tout de même, la chute du régime devrait faciliter le retour des réfugiés syriens.
Nous continuons avec cette question de Jean-Paul Belaich :
Un peu comme le Liban, la Syrie est aussi une mosaïque de peuples et de pratiques religieuses plus ou moins présentes : sunnites, chiites, druzes, Kurdes, chrétiens... Comment évaluer le risque que le pays soit à nouveau gouverné par la peur et la répression ? Peut-on espérer que les Syriens qui tiennent les rênes ne se laissent pas à nouveau tenter par un pacte irano-russe qui a causé sa perte, mais plutôt pour des liens avec l'Occident ?
Bonjour Jean-Paul Belaich, merci pour votre question,
Le risque est important pour deux raisons. La première c’est que l’on ne peut pas tourner la page du jour au lendemain après cinq décennies de tyrannie et de répression. Cela laisse des traces profondes dans les têtes. Le second est la nature du mouvement HTC et de son chef, qui est loin d’être un socio-démocrate suédois. Cela dit, la parole s’est libérée en Syrie depuis plus de dix ans, les Syriens font preuve d’une très grande maturité politique et HTC devra nécessairement s’adapter à cette évolution.
Les questions suivantes nous viennent de Gerta Zaimi :
L’offensive a dû nécessiter une préparation à grande échelle dans les aspects militaires, organisationnels et politiques du HTC. Une telle organisation ne peut être créée sans un soutien économique, militaire et politique substantiel. Selon vous, quels États puissants soutiennent HTC, étant donné qu’il s’agit actuellement de la force la plus importante et la plus puissante en Syrie ?
Quelles sont les options possibles pour la gouvernance en Syrie ?
Bonjour Gerta Zaïmi, merci pour votre question,
Officiellement, aucun État ne soutient HTC. En sous main, je pense, mais sans avoir la preuve, qu’ils ont reçu un soutien de la Turquie. Pour le moment, Jolani montre qu’il est un redoutable animal politique. Il fait tout pour donner des gages de confiance aux Occidentaux, aux Syriens, aux minorités etc… Je pense qu’il ne faut pas se leurrer : HTC est une organisation jihadiste qui a pour objectif de “jihadiser” la Syrie sur le temps long, c'est-à-dire de conquérir avant tout les esprits et à faire preuve de pragmatisme d’ici là. Il faut d’abord voir s’il pourra gouverner toute la Syrie, ce qui va se passer avec les alaouites à l’ouest et avec les Kurdes à l’Est et au Nord. Le régime qu’il avait instauré à Idleb était autoritaire sans être dictatoriale, islamiste sans être fondamentaliste : peut-il faire la même chose à l’échelle syrienne ?
Israël pourrait-il profiter du chaos en Syrie pour envahir certaines zones du sud syrien et ainsi encercler stratégiquement le Sud du Liban ? Si c’était le cas, quelles conséquences cette manœuvre aurait-elle pour le Hezbollah?
Bonjour Mark Habbouche, merci d’être là,
L’histoire s’accélère tellement dans la région qu’il faut envisager tous les scénarios possibles. Cela dit, je ne le pense pas. Je crois qu’Israël pourrait toutefois mener des opérations terrestres en Syrie afin de mettre la main sur ce qu’il reste de l’armement chimique du régime Assad et éviter que les rebelles ne s’en emparent.
La question suivante nous vient de Habib Maaz :
Le Liban pourra-t-il dénoncer tous les "accords" libano-syriens qu’on lui a arrachés par la force : accord sur les eaux du fleuve Assi, collaborations sécuritaires et universitaires, et tous les autres avantages accordés à la Syrie sans contrepartie ?
Bonjour Habib Maaz, merci d’être là,
C’est un nouveau monde qui s’ouvre pour les relations syro-libanaises. À quoi va-t-il ressembler ? Aucune idée. J’ai toutefois du mal à penser que cela peut être pire que par le passé.
Avant la chute d'Assad, nous avions d'ailleurs expliqué, ici, pourquoi personne de Washington à Moscou ne souhaitait le voir tomber.
Voici la question de Vivien Audi :
Qui, ou quel régime, a pu faire bouger les pions en Syrie juste après le cessez-le-feu au Liban ?
Bonjour Vivien Audi, merci pour votre question,
Il faut bien comprendre que la grande majorité des acteurs voulaient que Bachar el-Assad brise ses liens avec l’Iran mais considéraient le régime comme un moindre mal. C’est vrai pour les Etats-Unis, pour Israël et pour les pays arabes. Donc je pense qu’il ne faut pas surestimer le rôle des puissances extérieures dans ce qui s’est passé, en témoigne leurs inquiétudes aujourd'hui, à part celui de la Turquie. Ankara semble avoir joué un rôle majeur dans le soutien de cette offensive mais nous n’avons pas encore tous les éléments. À quel point Abou Mohammad el Jolani, le grand gagnant de la séquence sur la scène syrienne avance en coordination avec les Turcs, avec qui ses relations étaient très mauvaises ces dernières années ? Nous avons pour l’instant des informations contradictoires à ce sujet.
La question suivante nous est posée par Nouhad Ajaltouni :
Serons-nous enfin en paix lorsque tout le monde sera en guerre ? Car, à mon humble avis, le tour de l’Irak, ainsi que celui de l’Iran et de l’Etat Kurde est venu.
Bonjour Nouhad Ajaltouni, merci pour votre question,
À mon sens, nous ne serons en paix que lorsque nous déciderons d’abord, à notre échelle libanaise, de l'être. Les facteurs géopolitiques ont évidemment un fort impact, et l’affaiblissement de l’axe iranien et la chute du régime syrien peuvent ouvrir des perspectives positives au Liban. L’extrémisme israélien et l’horizon bouché sur la question palestinienne sont toutefois très inquiétants, y compris pour nous. Mais tout dépend avant tout de nous, et de notre capacité à comprendre que le Liban est notre seul salut.
Patrice Gilardoni nous demande :
Quelle est la situation actuelle dans les provinces de l'Ouest de la Syrie, le long de la Méditerranée ? Sont-elles encore contrôlées par le régime déchu?
Bonjour Patrice Gilardoni, merci d’être avec nous,
Les forces rebelles n’ont pas pénétré le réduit alaouite. Il y a sûrement des négociations en cours. C’est en enjeu important pour éviter les massacres compte tenu des tensions confessionnelles et surtout du fait qu’une partie des militaires et politiques qui sont responsables de la répression du peuple syrien s’y sont sans doute retranchés.
Voici la question de Sophie Picard Fakhouri :
Quel sera l’impact de cette chute sur le Liban ? Peut-elle remettre en cause le cessez-le-feu entre le Hezbollah et Israël ?
Bonjour Sophie Picard Fakhouri,
Il est encore trop tôt pour avoir une vue d’ensemble mais ce que l’on peut déjà dire c’est que la chute du régime Assad va affaiblir considérablement le Hezbollah, va permettre de faciliter le retour des réfugiés syriens et peut-être améliorer les rapports entre nos deux pays. Je ne pense pas qu’elle remettra directement en question le cessez-le-feu, la question est plutôt de savoir comment va réagir le Hezbollah à tout ce qui s’est passé ces derniers mois. Va t-il accepter de négocier sa survie politique au sein des institutions libanaises ou va-t-il au contraire durcir le ton pour préserver ses acquis sur cette scène ?
Après la chute d’Assad, le Hezbollah est en effet plus vulnérable que jamais. Retrouvez ici l'analyse de Salah Hijazi.
La prochaine question nous vient de J-M Z :
Puisque l’on prête l'intention au nouveau pouvoir syrien de bloquer les livraisons terrestres d'armes en provenance d'Iran, quelles seront les alternatives fiables pour le Hezbollah ?
Bonjour J-MZ, merci pour votre question.
A priori, il n’en a pas. D’autant plus si le port et l’aéroport de Beyrouth sont contrôlés de près par les autorités libanaises. La chute du régime Assad est une immense gifle pour le Hezbollah et pour l’Iran puisque la Syrie était la courroie de transmission de “l’axe de la résistance”. Ce sont les grands perdants de cette séquence. De façon plus générale, l’Iran est en train de perdre tous ses fronts potentiels avec Israël à savoir Gaza, le Liban-Sud, et désormais la Syrie.
Pour comprendre pourquoi le régime syrien s'est rendu sans combattre, nous vous proposons la lecture de cet article.
Rayane nous pose la première question :
Comment les choses se sont-elles déroulées au cours de ces derniers jours : comment un tel retournement de situation a-t-il pu avoir lieu sans qu’un véritable conflit ne se produise ?
Bonjour à tous, bonjour Rayane, merci d’être avec nous aujourd’hui,
Je crois qu’il faut d’abord être clair sur le fait que nous ne disposons pas encore de tous les éléments pour comprendre tout ce qui s’est passé. On sait que cette avancée est la résultante d’une double dynamique. Sur la scène locale : l’armée syrienne est en lambeaux, l’opposition armée se prépare depuis des années. Sur l’aspect géopolitique : les alliés du régime (Iran-Russie) étaient plus affaiblis que jamais sur le terrain syrien tandis que la Turquie a probablement saisi cette opportunité pour créer un nouveau rapport de force. La victoire des rebelles, dans ces conditions, est compréhensible. Ce qui l’est moins, c’est sa fulgurance. Pourquoi ni les Russes, ni les Iraniens, ni l’armée syrienne n'ont combattu ? On peut émettre plusieurs hypothèses : ils ont été totalement pris de cours, ils ne sont pas prêts à mourir pour Assad, et il y a sans doute eu des négociations politiques et diplomatiques - pas nécessairement en amont mais durant l’offensive. Reste qu’une partie du haut commandement de l’armée syrienne, essentiellement des alaouites, s’est retranchée à Tartous et Lattaquié. Et il est fort possible que ces gens refusent de se rendre sans combattre.
Bonjour,
Nous allons débuter cette nouvelle session de questions réponses avec notre co-rédacteur en chef, Anthony Samrani.
Pour rappel, vous pouvez envoyer vos questions à l’adresse suivante : livechatolj@lorientlejour.com
Bonjour à tous !
Aujourd'hui à midi, heure de Beyrouth, notre co-rédacteur en chef, Anthony Samrani, répondra ici à toutes vos questions sur la chute du régime Assad et ses retombées dans la région et au-delà.
Vous pouvez d’ores et déjà les envoyer à l’adresse suivante : livechatolj@lorientlejour.com
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