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Nos lecteurs ont la parole

L’indépendance mentale nationale

Il y a quelques jours, le Premier ministre par intérim déclarait la fermeture des administrations publiques à l’occasion de la fête de l’Indépendance. Une fête qui, depuis des années, n’est célébrée effectivement que dans les esprits.

Pour clarifier : depuis 1975, le pays devient plus romain que le pape et commence à mener les guerres à la place des autres en ouvrant ses frontières aux pays voisins, au détriment de sa souveraineté et de sa liberté. Malgré cela, nous persistons à célébrer. Et tout cela de manière totalement déconnectée de la réalité du pays.

Mais avant de blâmer nos concitoyens, avec qui nous pouvons avoir des divergences politiques et patriotiques, combien parmi nous ont eu le courage de relire le passé et l’audace de remettre en question leur manière de penser ?

Cette mentalité demeure profondément marquée par celle de nos ancêtres qui ont connu la période féodale et continuent à la transmettre à leurs progénitures. Cependant, la responsabilité ne leur incombe pas uniquement, puisque la jeunesse continue dans sa majorité à suivre les pas de ses aïeuls. Les résultats des dernières élections législatives en sont la preuve : quelques mois auparavant, le pays ne cessait pas de dénoncer le système corrompu. Pourtant, le jour J, la quasi-totalité des seigneurs de guerre ont été reconduits au pouvoir pour continuer en abuser, grâce à chacun de nous.

Ainsi, notre lutte acharnée contre le pouvoir devient pour quelques sous un combat existentiel pour le chef de parti. Notre désir de liberté se transforme ensuite en une réalité soumise aux ordres des seigneurs auxquels il faut obéir. Mais bien sûr ! Ne sont-ils pas aussi les « seigneurs de notre vie » ? Tant qu’on nous paye et nous assure quelques colis alimentaires, toute notre vie leur est dévouée. Et si jamais un certain membre de la communauté ose critiquer le chef, c’est la grande trahison. Quelle honte ! C’est lui ton « sauveur » qui va te relever de l’enfer (dans lequel il te maintient) !

Partant de ce qui précède, nous préférons fermer les yeux sur la géhenne dans laquelle nous sommes plongés et détourner notre regard du paradis où ils continuent de vivre.

D’un coup, la priorité des seigneurs de guerre remplace celle du pays, jusqu’au point de le vendre. De même, l’appartenance patriotique sera détrônée par l’appartenance aux chefs, qui eux-mêmes préfèrent assurer l’intérêt des pays étrangers que le leur. Et nous parlons encore d’indépendance ?

En réalité, la nouvelle devise des Libanais s’avère être l’hymne à l’amour chanté par Édith Piaf mais parodié comme suit : « Le ciel bleu sur nous peut s’effondrer ; Et la terre peut bien s’écrouler ; Peu m’importe, si tu me paies ; Je me fous du monde entier ; J’irais voler la fortune ; Si tu me le demandais… ; Je renierais ma patrie ; Je renierais mes amis ; Si tu me le demandais… »

En conclusion, avant de célébrer et parler de l’indépendance nationale, il nous faut une indépendance mentale.

Mario EID

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Il y a quelques jours, le Premier ministre par intérim déclarait la fermeture des administrations publiques à l’occasion de la fête de l’Indépendance. Une fête qui, depuis des années, n’est célébrée effectivement que dans les esprits. Pour clarifier : depuis 1975, le pays devient plus romain que le pape et commence à mener les guerres à la place des autres en ouvrant ses frontières aux pays voisins, au détriment de sa souveraineté et de sa liberté. Malgré cela, nous persistons à célébrer. Et tout cela de manière totalement déconnectée de la réalité du pays.Mais avant de blâmer nos concitoyens, avec qui nous pouvons avoir des divergences politiques et patriotiques, combien parmi nous ont eu le courage de relire le passé et l’audace de remettre en question leur manière de penser ? Cette mentalité...
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