En cette période de migrations hivernales, c’est une véritable invasion d’oiseaux de proie ou de mauvais augure qui peut être observée dans le ciel de cette Amérique lestement reconquise par Donald Trump. Qui pour s’apprêter à gouverner la première superpuissance mondiale s’entoure depuis plusieurs jours de fidèles d’entre les fidèles – de clones de Trump modèle réduit – sans trop s’attarder sur leurs compétences ou leurs certificats de service.
Jeudi encore, et comme pour justifier a posteriori sa catastrophique gestion de la pandémie de Covid, le président élu nommait à la tête de la Santé ce farouche détracteur du vaccin et du fluor dans l’eau courante qu’est Robert F. Kennedy Jr ; du coup chutaient les actions de l’industrie pharmaceutique. Encore plus choquante était sa désignation à la Justice de l’ancien député Matt Gaetz qui a lui-même fait l’objet d’enquêtes judiciaires et parlementaires pour relations sexuelles avec une mineure, usage de drogue et conduite sous l’empire de l’alcool. Trump confie la supervision du renseignement à une groupie qui n’a aucune expérience de la guerre des ombres. Pour ce qui est des guerres en règle, il place à la tête du Pentagone un ancien officier n’ayant jamais occupé un poste de commandement supérieur, devenu présentateur de télé et prêchant l’ouverture d’une chasse aux sorcières galonnées qu’il accuse de wokisme et autres dérives idéologiques. Pour mieux déplumer le département de la Défense qui affiche un budget frôlant les mille milliards de dollars, le futur ministre Pete Hegseth devra, assez ironiquement, suivre les recommandations de l’homme le plus riche du monde : Elon Musk, chargé d’améliorer l’efficacité gouvernementale en traquant le gaspillage partout où il se niche.
Mais laissons donc les Américains à leur linge intime. Outre évidemment ses capacités militaires, c’est la politique étrangère future du colosse US qui préoccupe le reste du monde. Même en s’armant de la meilleure volonté du monde, comment croire Donald Trump promettant de mettre fin à toutes les guerres quand il aligne à ses côtés un tel escadron de faucons patentés, et à leur tête le futur chef de la diplomatie Marco Rubio ?
Quelles affinités avec le tsar Poutine l’Ukraine est-elle en droit de redouter ?
Bien plus près de nous, quelle sorte de paix peut raisonnablement promouvoir une équipe aussi outrageusement partiale en faveur d’Israël, même si l’on voit pour la première fois un haut responsable du Hamas palestinien appeler Trump à faire pression sur Netanyahu ? Encore plus près de nous, quelle issue à la guerre qui ravage le Liban est exactement envisagée à Washington, où l’on assure que la transition entre les administrations Biden et Trump se déroule en parfaite fluidité ?
En l’absence de toute initiative locale d’importance, voilà une fois de plus nos dirigeants qui guettent anxieusement le retour dans nos cieux d’une hirondelle qui leur est bien familière : l’émissaire présidentiel Amos Hochstein, passé spécialiste du Liban et qui serait porteur d’un projet de
cessez-le-feu qualifié de sérieux et de réalisable. Il reste que l’habile médiateur, détenteur de la double citoyenneté américaine et israélienne, devra bientôt céder la place à bien plus engagé que lui. Il s’agit – on vous l’avait gardé pour la fin – du futur envoyé spécial au Moyen-Orient Steven Witcoff, promoteur immobilier comme Trump, partenaire de golf du président élu et admirateur enthousiaste de Bibi. Toujours est-il qu’à défaut de l’hirondelle américaine, c’est l’Iranien Larijani qui nous faisait hier la grâce d’une visite. Ce proche conseiller du guide suprême Khamenei n’a fait que répéter les vues bien connues de Téhéran, consistant à soutenir tout arrêt des combats qui serait souhaité par l’État libanais mais aussi par le Hezbollah. À quoi le Premier ministre sortant a répondu en invitant la République islamique à éviter toute attitude biaisée et susceptible d’alimenter la polémique nationale.
Pour louables que soient les prises de position souverainistes adoptées depuis peu par Nagib Mikati, il est clair qu’elles n’ont entamé en rien les prétentions hégémoniques de l’Iran. Sous ces nuées de rapaces de tous genres, et pour s’en tenir à cette ornithologie de guerre, notre malheureux pays n’a pas encore fini de faire figure de pigeon. Ou alors de dindon de la sanglante farce.

