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Nos lecteurs ont la parole

Liban : entre grandeur et humilité, la quête d’un destin collectif


Il est important de se rappeler que l’État libanais moderne est relativement jeune, avec à peine un siècle d’histoire depuis sa création en 1920 sous mandat français et son indépendance en 1943. Contrairement aux pays comme le Japon ou certaines nations européennes aux identités établies depuis des millénaires, le Liban est encore en quête d’un équilibre et d’une identité commune. Bien que cette terre ait une histoire ancienne, le sentiment de nation est récent et, pour cette raison, il est naturel que nous ressentions une certaine perte de repères. Comme le souligne le père Paul Saadé s.j. dans son livre Alzat wal aahd wa Loubnan, « nous sommes une nation en quête de sens dans un monde où nos voisins ont des identités plus enracinées ».

La quête de sens pour une nation comme le Liban se vit à travers nos corps, nos douleurs et nos pertes. La politique n’est pas abstraite ; elle touche directement nos vies. Nos choix politiques nous ont conduits à la situation actuelle.

Comme l’exprimait Kierkegaard, la souffrance fait intrinsèquement partie de l’expérience humaine. Il ne s’agit pas de la fuir, mais de la reconnaître comme une réalité inévitable. Cependant, accepter la souffrance comme une composante de la vie ne signifie pas pour autant justifier des épreuves comme la guerre ou la destruction. Cela nous oblige, au contraire, à ne pas nous perdre dans des idéaux déconnectés de la réalité et à affronter nos erreurs avec lucidité.

Depuis longtemps, nos systèmes étaient complices de leurs propres failles ; l’explosion du port de Beyrouth et aujourd’hui la guerre ne font que les exposer davantage. Face à ces tragédies, un élan de solidarité s’est souvent manifesté, une solidarité spontanée et profondément humaine où les citoyens se rassemblent pour aider les victimes, panser les plaies immédiates et se soutenir mutuellement. Cette solidarité est indéniablement importante et précieuse, mais c’est comme si on nous avait étiquetés comme un peuple naturellement solidaire, laissant croire que c’est à nous seuls de nous en sortir, sans l’aide du gouvernement. Pendant que nous faisons le travail que le gouvernement devrait accomplir, ce dernier continue de jouer une politique inefficace et destructrice. C’est une situation absurde, où la société civile se substitue à l’État, mais sans les moyens nécessaires pour apporter des solutions durables.

Cette « solidarité », dans sa forme purement sentimentale, devient finalement un écran qui empêche le peuple de voir que, sans un véritable engagement politique, il ne pourra pas se sauver des forces destructrices qui s’abattent sur le pays. Refuser de parler de politique, refuser d’agir politiquement ne sont pas un signe de solidarité, mais peut-être un signe de manque de maturité politique.

Dire que « ce n’est pas le temps de la politique, mais le temps de la solidarité » est une grave erreur. Ce slogan, utilisé au début de la guerre, est une intimidation, une manœuvre pour dissuader toute réflexion ou action politique réelle.

Cette fuite dans l’émotion, sans une action politique concrète, ne fait qu’aggraver notre état. Au lieu que nos élèves et étudiants continuent à suivre des programmes éducatifs qui ne nous ont pas servi, il serait plus judicieux d’ouvrir les écoles et les universités pour engager les jeunes dans une réflexion profonde sur cette guerre. Par leurs voix, ils pourraient exercer une pression sur la communauté internationale pour arrêter ce carnage. Cette évasion du réel, ce report constant de l’affrontement avec le « monstre » – qui n’est pas seulement Israël ou le Hezbollah, mais aussi un monstre en nous-mêmes – exposent le Liban à d’autres catastrophes à venir. Les signes sont clairs : la pandémie du Covid-19 nous a forcés à arrêter, la « thaoura » (révolution) de même, l’explosion du port, et maintenant la guerre. Et pourtant, au lieu d’agir, nous persistons à vouloir continuer comme avant, à recoudre encore et encore ce vieil habit usé, sans admettre qu’il est devenu trop vieux et qu’il nous laisse mourir de froid. Nous n’étions pas bien avant la guerre, et c’est précisément pour cela que cette guerre a éclaté.

Ce qu’il nous faut, c’est un face-à-face avec le réel, sans recourir aux ruses et aux illusions d’avant-guerre. Si nous ne sommes pas prêts à affronter cette réalité, à voir comment nous avons tous, d’une manière ou d’une autre, été complices de ce système défaillant, d’autres formes de violence guetteront le Liban. Nous devons nous engager avec sérieux envers notre pays et entre nous, en cultivant une relation vraie avec soi-même et avec notre terre. Respecter le réel, c’est le premier pas pour espérer une paix authentique, une paix qui naît de la vérité partagée, et non de la fuite.

La paix et l’amour, dans ce cadre, ne sont pas des états à atteindre en évitant la souffrance, mais des états d’âme qui surgissent au cœur même de cette souffrance, lorsqu’une voix intérieure plus profonde nous révèle le sens des événements. C’est cette voix qui nous fait entrevoir, l’espace d’un instant, le mystère de notre existence. Mais la douleur est inévitable, elle est intrinsèque à la vie.

Soyons clairs : le conflit entre Israël et le Hezbollah n’est qu’un des nombreux conflits qui ont secoué le Liban. Bien avant, le Liban était déjà le théâtre d’oppositions violentes. Il est indéniable que sa position géographique – entre Orient et Occident– attire souvent l’animosité, mais ce n’est qu’une interprétation superficielle. L’interprétation plus profonde est que le Liban incarne une perte de repères. Le pays est comme une boussole détraquée, une nation qui a perdu sa direction intérieure, incapable de définir son identité collective. Ce n’est pas seulement une question de géopolitique ou de frontières, c’est une question existentielle. Le Liban ressemble à un navire heurtant chaque récif sur sa route, cherchant un sens là où il n’y en a plus.

Pour conclure, la clé pour faire face au réel est l’humilité. Pourquoi l’humilité, justement ? Parce qu’à la hauteur vertigineuse des cèdres et des montagnes du Liban, les plus hautes du Moyen-Orient, nous devons nous abaisser à la même mesure que cette grandeur. Le Liban, souvent symbolisé par ses cèdres majestueux et ses montagnes imposantes, a tendance à se voir comme un pays invincible, fier de ses racines et de son histoire. Mais cette fierté peut devenir un piège si elle n’est pas équilibrée par l’humilité. Et c’est bien ce qui nous manque. Nos dirigeants, chacun se croyant plus grand que l’autre, ne sont pas capables de se voir comme membres d’un groupe de leadership collectif. Et cela se reflète sur leurs bases, qui ne montrent pas non plus l’humilité nécessaire pour changer de direction quand leur chef se trompe. Le plus grand signe de ce manque d’humilité est la haine qui se manifeste parmi les trois traditions : le judaïsme, l’islam et le christianisme. C’est comme si nous souffrions d’un mélange paradoxal d’infériorité et de supériorité.

Même la Bible évoque cette idée dans un avertissement symbolique adressé au Liban. Dans le livre de Zacharie (11 :1-2), il est dit : « Ouvre tes portes, Liban, et que le feu dévore tes cèdres ! Hurle, cyprès, car le cèdre est tombé, ces magnifiques arbres sont abattus. » Cette citation illustre que, malgré la grandeur symbolique des cèdres du Liban, ils ne sont pas à l’abri de la destruction. Sans humilité, même ce qui est perçu comme indestructible peut périr.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Il est important de se rappeler que l’État libanais moderne est relativement jeune, avec à peine un siècle d’histoire depuis sa création en 1920 sous mandat français et son indépendance en 1943. Contrairement aux pays comme le Japon ou certaines nations européennes aux identités établies depuis des millénaires, le Liban est encore en quête d’un équilibre et d’une identité commune. Bien que cette terre ait une histoire ancienne, le sentiment de nation est récent et, pour cette raison, il est naturel que nous ressentions une certaine perte de repères. Comme le souligne le père Paul Saadé s.j. dans son livre Alzat wal aahd wa Loubnan, « nous sommes une nation en quête de sens dans un monde où nos voisins ont des identités plus enracinées ».La quête de sens pour une nation comme le Liban se vit à...
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C’est terrible le livre de Zacharie

Eleni Caridopoulou

17 h 42, le 01 novembre 2024

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Commentaires (1)

  • C’est terrible le livre de Zacharie

    Eleni Caridopoulou

    17 h 42, le 01 novembre 2024

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