« Le Liban est en danger de mort », réitère Jean-Yves Le Drian. « L’envoyé personnel pour le Liban du président français Emmanuel Macron craint une guerre civile imminente au Liban » (L’OLJ).
Mais Berry et Mikati n’ont pas l’air de partager cette crainte et continuent à s’entêter et à poser leurs conditions : « Le cessez-le-feu d’abord... la 1701 sans plus... » comme s’ils étaient en position de force et que la mini-République islamique gagnait sa guerre absurde contre l’État hébreu, comme si nous avions le luxe du temps, en cette fin des temps, comme si chaque minute où des bâtiments s’écroulent, où de nouvelles victimes sont ensevelies, où des villages partent en fumée, où des habitants fuient en catastrophe... ne comptait pas pour eux. Ils prennent encore la chose avec désinvolture, au lieu de courir dans tous les sens et de faire des concessions pour au moins sauver les meubles qui restent. Siniora, en 2006, avait au moins versé des larmes, fussent-elles de crocodile ou pas. Prenez au moins une mine de circonstance au lieu d’esquisser des sourires niais devant vos visiteurs et les caméras ! De quel matériau sont-ils faits ? Ne voient-ils pas que le pays n’est plus au bord du gouffre, mais dedans ? Que l’enfer est sur notre terre, brûlée, rasée, dévastée au sud, à Beyrouth, dans la Békaa, qu’une population est littéralement et impunément massacrée ? Des femmes, des enfants, des vieux sont soit enterrés morts ou vifs, soit empilés dans les urgences, ensanglantés et mutilés, soit jetés dans les rues et condamnés à l’itinérance et à la mendicité ? Qu’attendent-ils pour être des hommes d’État et dire « basta ! » ? Ce n’est plus ce que veut l’Iran ou son appendice libanais, mais ce que commande le simple bon sens qui aura lieu : nous nous plions aux conditions de Hochstein ; nous acceptons la 1701 majorée ; nous osons capituler pour arrêter l’hémorragie ! Le Liban n’est pas mieux loti que l’Allemagne ou le Japon de la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’empereur Hirohito, du haut de sa « divinité », a dû se faire violence, s’abaisser, s’humilier et capituler ! Paris, Lyon, Oslo et Bruxelles ont été déclarées « villes ouvertes » en 1940 pour éviter leur destruction ! La défaite est passée et ces villes sont restées !
Pauvre Beyrouth, prise en étau entre deux criminels, à qui mieux mieux : le criminel de guerre sioniste et le criminel va-t-en-guerre islamiste ! Le premier au sadisme incommensurable, qui bombarde et extermine avec plaisir, et le second à l’arrogance inépuisable, toujours à la recherche de sa victoire divine, qu’il voit se profiler dans ses hallucinations, qui se bat jusqu’à la dernière goutte de sang libanais chiite, qui s’enorgueillit d’avoir envoyé une salve de roquettes contre un déluge de feu du ciel qui a réduit des infrastructures, des quartiers et des villages en cendres. Par quelle illusion, quel déséquilibre perceptif ou cognitif ces partisans de Dieu ont pu croire et nous faire croire à l’équilibre de terreur ? Pour avoir fait un tel pari fatal ? Ils se vantent encore de leurs communiqués journaliers, les mêmes qu’il y a un an : « Nous avons ciblé un rassemblement de soldats... Nous avons lancé un barrage de roquettes vers Haïfa... » Alors que l’ennemi ratisse large et fait son entrée fracassante dans leurs villages, que le monde s’écroule sur leurs têtes, sur celles de leurs dirigeants et de leurs « honorables gens » aujourd’hui privés de leur honneur à cause de l’aveuglement haineux et de l’hubris rageuse de ce parti qui croit être de Dieu.
D’où la nécessité de prendre très au sérieux les craintes de Le Drian sur les risques réels de guerre civile au Liban, car le vaincu, blessé dans son orgueil, diminué, qui a presque tout perdu – sauf son arrogance et ses armes moyennes et légères –, pourrait se rabattre à l’interne sur ceux qu’il perçoit comme des agents, des comploteurs et des traîtres, afin d’enregistrer une « victoire divine » de consolation et de maintenir son emprise sur le pays ! Sans nullement négliger le risque, tout aussi élevé, de débordements pouvant dégénérer en affrontements entre les déplacés et leurs hôtes malgré eux dans certaines régions sensibles, surtout si les visiteurs sont accompagnés ou infiltrés d’éléments armés.
De là l’urgence, d’une part pour les décideurs indécis, d’assumer leurs responsabilités, à savoir le ferme engagement d’appliquer la résolution 1701 incluant la 1559 et de faire élire un président de la République, et d’autre part pour nous, citoyens libanais, de conjurer les clivages partisans, identitaires, confessionnels et communautaires, de faire preuve de clairvoyance, de sagesse, de prudence et de solidarité, et de cesser « d’en rajouter » lors des talk-shows et sur les réseaux sociaux par des propos moralisateurs, des moqueries, de la satire, de l’apitoiement affecté et autres attitudes et réactions provocatrices susceptibles d’enrager davantage le loup blessé, d’exacerber les tensions intercommunautaires et, par conséquent, de faire le lit de la guerre civile.
La catastrophe actuelle, du fait de ses effets dévastateurs, de son amplitude et de ses retombées sur nous tous, devrait apaiser les ressentiments et la soif de vengeance et nous pousser à plus de compassion et de magnanimité. Après tout, nous sommes condamnés à vivre ensemble, après être morts ensemble, à revivre dans l’harmonie et la paix car l’histoire, qui se répète malheureusement, nous confirme que hors de notre union, de notre identité nationale, d’un État souverain et seul détenteur des armes, d’une nation sans négations, d’une Constitution appliquée à la lettre, d’une république laïque et démocratique... point de salut !
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19 h 37, le 26 octobre 2024