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Nos lecteurs ont la parole

À chaque notification de « L’Orient-Le Jour », mon cœur tressaille...

Chaque jour, le même rituel investit ma matinée : les paupières encore alourdies par un sommeil tourmenté, ma main se tend instinctivement vers mon téléphone. Quel sera le bilan de ce matin ? Quelles localités ont été sacrifiées cette nuit sur l’autel d’un effronté droit de se défendre ?

Ou peut-être, une timide lueur de cessez-le-feu entre deux flambées pyromanes ? Peut-être les deux, dans ce tango constant entre l’escalade de la violence et l’espoir fragile d’un répit ? Puis la morsure de la réalité s’acharne sur des plaies déjà ouvertes.

La journée de travail démarre avec son cortège d’obligations. Derrière l’écran, je me retrouve devant le chaos. Car deux navigateurs y demeurent ouverts en permanence. Le second est inexorablement branché au flot incessant d’actualités funestes et d’interpellations anxieuses sur mon onglet WhatsApp. « Tu bosses ? Moi, je n’y arrive pas. » Entre chaque rendez-vous, mon regard glisse furtivement vers cet autre monde, mon monde défiguré, mon champ de ruines, rythmé d’analyses alarmistes, de menaces sauvages de transformer notre Liban en Gaza, de scènes atroces de destructions et surtout de nécrologies. Ces satanées, exécrables nécrologies qui se massifient.

Car à l’heure où j’écris ces lignes, ce sont plus de 42 000 vies palestiniennes qui ont été brutalement fauchées, et viennent s’y ajouter plus de 2 000 vies libanaises, emportées par la même expédition mortifère. Parmi elles, de nombreux enfants comme la petite Naya Ghazi, 4 ans, dont le rire pétillant et cristallin, s’est éteint sous les décombres de son immeuble résidentiel dans une frappe israélienne. La France qui m’abrite ne connaîtra jamais le nom et le visage de Naya, ni celui de Bassam, de Hassan, et de Lola, cette fratrie dont toute la famille a été effacée. Traître et pénétrée d’un perfide racisme anti-arabe, une bonne partie de son espace médiatique traditionnel relativise nos victimes et ne les considérera jamais comme les humains qu’ils sont. Elle ignore les lancinants traumatismes aussi bien physiques que psychologiques qui supplicient des générations entières. Elle ignore l’infâme souffrance liée à la brutalité du déplacement, à la déchirure du déracinement. Je me sens trahie par son récit partiel, fourbe et servile. Il relègue les victimes de cette sauteuse meurtrière aveugle au statut d’infortunés boucliers humains, de malheureux dommages collatéraux d’une impérative « guerre contre le terrorisme ». Décidément, l’humanité ne retient pas les leçons de l’histoire qui, à maintes reprises, a montré que ces guerres font plus de victimes que le terrorisme lui-même et alimentent bien plus de vocations radicales qu’elles n’en suppriment.

Un coup d’œil sur Instagram suffit pour révéler que l’égorgement du sacré n’a pas de limites.

Dans sa fièvre démolisseuse, Israël liquide des fragments d’histoire et de mémoire – comme Baalbeck et le souk de Nabatiyé – des lieux de culte et de culture, et des écosystèmes naturels. Le fleuve du Litani et nos plaines verdoyantes ont, eux, été carrément offerts au phosphore blanc. Comment se résigner à l’idée que ces flammes y laissent une stérilité définitive, des habitats détruits à jamais, une agriculture ruinée et des conséquences écologiques et économiques à long terme ?

Netanyahu est galvanisé par son orgie sadique et rien ne la tempérera. Face à cette folie criminelle irresponsable et sponsorisée par les pouvoirs les plus puissants, ma fureur fait rage, mon anxiété est fiévreuse. Le sentiment d’impuissance est cuisant. Être loin de son pays quand il est un théâtre de ravages, c’est héberger chaque seconde de la journée une souffrance aiguë que l’on tente de masquer dans son quotidien pour ne pas gêner les autres. C’est devenir otage de sensations irrationnelles. C’est cohabiter avec la détresse sourde de ne rien pouvoir faire de tangible. C’est se sentir coupable de mener un semblant de vie « normale » à l’abri, en sécurité de là où tout s’effondre. C’est se sentir pris d’un désir viscéral d’y être, de partager plus concrètement le fardeau avec son peuple et de contribuer à panser ses plaies. C’est se retrouver à revendiquer par tout moyen son identité, la sentant instinctivement fragilisée par son « invisibilisation » et cette machine de destruction. C’est perdre le goût de l’insouciance et de la légèreté. Comme j’envie ceux qu’elles traversent encore…

L’heure du coucher approche, la nuit s’annonce entrecoupée de visites sur les réseaux sociaux. Il n’est plus nécessaire d’attendre le matin pour qu’il nous révèle les nouvelles tragédies qui ont frappé nos terres. Les développements cruels sont disponibles en direct au bout de nos doigts.

Le rituel nocturne supplante celui du matin : mon boîtier à catastrophes qui me sert de téléphone regagne la table de chevet. Les images continueront à se débobiner dans mon esprit, même si elles ne s’exposent plus à mes yeux.

Je me fabrique une parcelle d’accalmie en réitérant une promesse : transformer ce joug des émotions en une énergie productive au service de mon Liban. Aujourd’hui pour répondre aux urgences et demain pour contribuer à (re)bâtir une société sereine et pérenne, avec tous ses enfants éparpillés à travers le monde. Je te le promets, je reviendrai.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes. 

Chaque jour, le même rituel investit ma matinée : les paupières encore alourdies par un sommeil tourmenté, ma main se tend instinctivement vers mon téléphone. Quel sera le bilan de ce matin ? Quelles localités ont été sacrifiées cette nuit sur l’autel d’un effronté droit de se défendre ?Ou peut-être, une timide lueur de cessez-le-feu entre deux flambées pyromanes ? Peut-être les deux, dans ce tango constant entre l’escalade de la violence et l’espoir fragile d’un répit ? Puis la morsure de la réalité s’acharne sur des plaies déjà ouvertes. La journée de travail démarre avec son cortège d’obligations. Derrière l’écran, je me retrouve devant le chaos. Car deux navigateurs y demeurent ouverts en permanence. Le second est inexorablement branché au flot incessant d’actualités funestes et...
commentaires (1)

Merci d’exprimer si justement ce que nombreux d’entre nous ressentons a l’étranger.

Khoury Ralph

09 h 00, le 18 octobre 2024

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Commentaires (1)

  • Merci d’exprimer si justement ce que nombreux d’entre nous ressentons a l’étranger.

    Khoury Ralph

    09 h 00, le 18 octobre 2024

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