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Nos lecteurs ont la parole

À quoi ça sert les droits de l’homme ?

La dernière fois que je me suis adressée à ce journal et à ses lecteurs, j’avais 16 ans. Une adolescente pleine de rêves, déterminée à devenir avocate des droits de l’homme. À l’époque, je croyais en la puissance de la justice, en un monde où l’équité pouvait triompher. Je voulais être la voix des sans-voix, défendre les opprimés, dénoncer le racisme, lutter pour l’égalité des sexes et protéger les droits fondamentaux de tous.

Je me souviens encore de ces premiers textes que j’envoyais à L’Orient-Le Jour, avec l’espoir qu’ils seraient lus, qu’ils inspireraient. Mes mots, à l’époque, étaient ma manière de protester, de me battre, de rêver. Je voulais croire que l’avenir serait meilleur, que le Liban pourrait guérir de ses blessures profondes, que la violence, la corruption, l’injustice disparaîtraient.

Aujourd’hui, dix ans plus tard, je suis devenue cette avocate des droits de l’homme que je rêvais d’être. J’ai 26 ans et je vis loin de chez moi, aux États-Unis. Je poursuis mes études dans l’un des meilleurs programmes de droits de l’homme du pays. Mes écrits sont publiés dans des revues reconnues, mes recherches sont lues par des experts. À l’extérieur, tout semble réussir.

Et pourtant, malgré tout ce que j’ai accompli, je me sens impuissante. Impuissante face à la souffrance de mon peuple. Impuissante face à l’horreur que traverse mon pays, jour après jour.

Je n’ai jamais pensé que je quitterais le Liban de cette manière. L’explosion du 4-Août a été un tournant. Ce jour-là, ma ville s’est effondrée sous mes yeux. Beyrouth, ma Beyrouth, défigurée, brisée. Ce jour-là, j’ai su que plus rien ne serait jamais pareil : la guerre, la corruption, l’effondrement économique, la souffrance d’un peuple épuisé.

J’ai toujours cru en la force du droit, en la capacité des lois à changer le cours des choses. Mais aujourd’hui, je me rends compte que même les mots les plus justes, même les actions les plus engagées, ne peuvent rien contre la violence brute, contre l’injustice systémique, contre la guerre. Je suis cette avocate des droits de l’homme que j’ai toujours voulu être, mais je n’ai jamais été aussi désarmée.

Aujourd’hui, je suis forcée de reconnaître une vérité amère : les droits de l’homme sont morts. Ils ne servent plus l’humain. Si c’était encore le cas, mon peuple ne serait pas réduit au silence face à cette guerre. Les droits de l’homme, ces grands principes que nous défendons, ne protègent plus ceux qui en ont le plus besoin. Ils se sont transformés en slogans vides, en promesses non tenues. Si ces droits avaient encore du sens, le Liban ne saignerait pas en silence, et son peuple ne serait pas laissé à l’abandon.

Ce qui me manque le plus, c’est l’espoir. Cet espoir que j’avais à 16 ans, quand j’écrivais pour ce journal, pleine d’idées et de rêves. Cet espoir que les choses pouvaient changer, que la justice pouvait l’emporter. Mais aujourd’hui, cet espoir semble si lointain. Je regarde le Liban et je ne vois que la douleur. Un peuple qui lutte pour survivre, pour respirer, pour exister dans un monde qui semble l’avoir oublié.

Je voulais changer le monde. Je voulais que mon travail fasse une différence. Mais aujourd’hui, tout ce que je souhaite, c’est revoir mon pays en paix. Je veux un Liban où l’on ne meurt pas sous les décombres, où l’on ne vit pas dans la peur.

Je suis une avocate des droits de l’homme. Mais parfois, je me demande : à quoi bon être avocate des droits de l’homme, quand on ne peut rien pour son propre peuple ?

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

La dernière fois que je me suis adressée à ce journal et à ses lecteurs, j’avais 16 ans. Une adolescente pleine de rêves, déterminée à devenir avocate des droits de l’homme. À l’époque, je croyais en la puissance de la justice, en un monde où l’équité pouvait triompher. Je voulais être la voix des sans-voix, défendre les opprimés, dénoncer le racisme, lutter pour l’égalité des sexes et protéger les droits fondamentaux de tous.Je me souviens encore de ces premiers textes que j’envoyais à L’Orient-Le Jour, avec l’espoir qu’ils seraient lus, qu’ils inspireraient. Mes mots, à l’époque, étaient ma manière de protester, de me battre, de rêver. Je voulais croire que l’avenir serait meilleur, que le Liban pourrait guérir de ses blessures profondes, que la violence, la corruption, l’injustice...
commentaires (1)

Triste et touchant. Merci pour vos mots

KHL V.

09 h 59, le 15 octobre 2024

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Commentaires (1)

  • Triste et touchant. Merci pour vos mots

    KHL V.

    09 h 59, le 15 octobre 2024

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