La diaspora libanaise, déchirée entre l’amour de notre patrie et les dures réalités de l’exil, subit un lourd fardeau émotionnel. Cette douleur est exacerbée par le conflit en cours et le sentiment d’impuissance face à la violence sans précédent contre notre terre.
J’ai immigré au Canada en août 2014, à l’âge de 13 ans. Montréal, avec ses coutumes et ses paysages si différents, m’a donné l’impression d’être sur une autre planète, me laissant entièrement dépourvue, dépaysée et perdue. Les sentiers vibrants et chaotiques de Beyrouth ont été remplacés par les rues calmes et ordonnées d’une ville étrangère. La chaleur et l’amour de ma famille ont été remplacés par la politesse distante de nouvelles connaissances. Les sons des conversations arabes et des commérages ont été remplacés par le rythme inconnu des conversations québécoises. Depuis lors, je n’ai pas eu la relation la plus simple avec mon pays. Je lui en voulais de m’avoir forcée à l’abandonner, de m’avoir fait vivre dans un pays étranger où tout était si différent et étranger pour moi. En grandissant, je me suis sentie de plus en plus déconnectée de ma culture, de mes amis et de leur mode de vie, m’éloignant progressivement de nos traditions. Je fantasmais souvent sur une réalité parallèle où je n’aurais jamais quitté le Liban. Je m’imaginais étudiante à l’ALBA ou à l’AUB, passant des dimanches paisibles avec mes grands-parents autour d’une sobhiyé et explorant les richesses de mon pays. Je me demande souvent comment ma vie aurait été différente alors.
Au lieu de cela, en raison de la cupidité et de l’avarice de politiciens corrompus, j’ai été privée, comme de nombreux Libanais et Libanaises, d’un avenir sur ma terre. Mon sort est partagé par d’innombrables Libanais de la diaspora, qui ont été exilés de leur patrie par les décisions de dirigeants de milices qui ont vendu notre pays pour leur profit personnel. Notre avenir est encore plus compromis par, qui, depuis sa création, méprise notre souveraineté et envahit notre nation.
Ces dernières semaines, Israël a programmé plus de 5 000 bipeurs et dispositifs de communication explosifs, tuant quelques dizaines et blessant des milliers, dont des civils. Depuis lors, les attaques sur le Sud, la Békaa et Beyrouth ont été incessantes, démontrant le mépris total d’Israël pour la vie des Libanais. Ils utilisent les mêmes discours et la même propagande pour justifier leurs atrocités à Gaza. La fin justifie les moyens, même si cela signifie tuer d’innombrables Libanais pour éliminer un plus grand mal.
Alors que ces événements se déroulent, les membres de la diaspora ne peuvent vivre, respirer, manger ou dormir sans penser au sort de notre pays et de notre peuple. La culpabilité que nous ressentons est écrasante. Cela me rappelle la douleur que nous avons collectivement ressentie lors de l’explosion de Beyrouth du 4-Août. C’était comme si une partie de notre chair avait été arrachée, détruite par les éclats des bombes que nous pouvions sentir à des milliers de kilomètres de là. Nos téléphones sont devenus un barrage incessant de mises à jour pénibles, une fenêtre maudite sur l’enfer qui se déroule au Liban. Nous regardons avec horreur nos compatriotes déchirés par les griffes impitoyables d’Israël, leur vie suspendue à un fil. Pourtant, on attend de nous que nous maintenions une façade de normalité, en nous engageant dans les rituels insignifiants de la vie quotidienne. La dissonance cognitive est un poids suffocant, le contraste entre la joie superficielle et la prospérité que nous voyons autour de nous, et le désespoir déchirant et la souffrance à la maison, une source constante de tourments.
En marchant dans les rues de Montréal, une ville qui semble si éloignée du chaos du Liban, je ressens une vague de colère et de frustration. Le rire et les bavardages insouciants des gens autour de moi sont un contraste saisissant avec la douleur et la souffrance à la maison. J’ai envie de crier, de laisser le monde entendre mon angoisse, de leur faire comprendre le poids de la douleur de mon pays, incarné dans ma propre âme meurtrie. Au lieu de cela, je continue à vivre la vie, à sortir dîner et à rire à des blagues pendant que mes compatriotes souffrent, et ma culpabilité grandit chaque seconde.
Au peuple du Liban, la diaspora se bat pour vous. Nous ne laisserons pas votre douleur devenir invisible à la communauté internationale. Nous ne vous laisserons pas tomber dans l’oubli. Du sud au nord, nous sommes un seul Liban, une seule nation. Le Liban renaîtra de ses cendres plus fort que jamais. Je rêve d’une réalité où la diaspora retourne, où nous construisons ensemble un Liban meilleur, démocratique et libre, un Liban pour tous, où nous sommes unis, et où nous nous battons pour notre drapeau.
Libano-Canadienne, Montréal
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