Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole

Aigre-douce

« Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire. »

A. Einstein

Chers amis d’ailleurs,

Merci infiniment de prendre de mes nouvelles. De me demander si je tiens – une fois de plus – le coup. Merci de vous enquérir de ma santé et de celle de ma famille. De l’évolution de ma grossesse. De m’inciter à voyager rapidement pour accoucher en toute sécurité, ailleurs, dans un pays en paix. De m’accueillir chaleureusement dans vos maisons en cas de besoin. Merci de me demander si ma fille C.C. n’est pas traumatisée par les avions israéliens qui survolent Beyrouth en franchissant le mur du son. De me conseiller de lui dire, pour la rassurer, qu’il s’agit du tonnerre qui gronde, alors que le soleil brille au zénith. Merci de vous soucier de savoir si mes poumons ne sont pas abîmés par le phosphore blanc qu’utilise Israël dans ses frappes sur mon pays. Merci de compatir avec la tristesse et la misère infinies du peuple libanais. Merci de soutenir la cause, perdue semble-t-il, du Liban. Vos paroles me vont droit au cœur, vos mots me touchent et me font du bien. Votre compassion m’apaise car je me sens moins seule, épaulée, soutenue au-dessus de ce gouffre… Les Libanais ne souffrent jamais seuls, c’est incontestable. Et pourtant ! Je suis aigre-douce. Une douleur au ventre ne me quitte plus depuis plusieurs jours. Et il ne s’agit pas du petit bonhomme qui grandit en moi. Malgré la gratitude que j’éprouve d’être submergée par tant d’amour et de bienveillance, je ne peux m’empêcher de ressentir un dard m’éperonner. La honte et l’impuissance m’empoisonnent au quotidien.

Depuis 2019, nous sommes devenus « les pauvres Libanais », peuple maudit, sans défense, opprimé, passif, soumis, dominé, vaincu. Nous sommes le peuple à qui on assène des coups de plus en plus violents et qui continue de se relever. « Ya haram, pauvre enfant, elle apprend à être libanaise », m’a-t-on dit récemment au sujet de ma fille. Comme si être libanais était une tare, un maléfice qu’on nous a jeté à la naissance et qu’il faille apprendre à vivre avec ce mauvais sort.

Chers amis d’ailleurs, n’ayez jamais pitié de nous ! Seuls les faibles ont besoin de pitié et le Libanais à qui je ressemble n’est pas faible. Le Libanais dont je parle souffre, mais il est résistant. Il endure l’inimaginable, mais il est fort. Il subit la pire catastrophe, mais il est combattif. Il est pris en otage, mais il est débrouillard et se sort des problèmes. Il est intelligent, fier, instruit, généreux, altruiste, résilient et tenace.

Oui, il suffoque depuis 2019. Il est volé, dupé, écrasé, étouffé, assassiné, humilié. Pourtant, il est toujours debout ! Épuisé, mais bien droit. Assombri, mais brillant de lumière. Ce qui fait pitié en revanche, c’est la lâcheté de la communauté internationale qui assiste sans intervenir à tout ce qui est petit et minable chez l’être humain ; qui accepte en pleine conscience que l’on démolisse à nouveau le pays du Cèdre tant convoité sans s’y opposer véritablement. Ce qui est pathétique, ce sont ces grands dirigeants de la planète qui assistent au meurtre et à la famine de milliers d’enfants et d’innocents sans intervenir. Ces mêmes qui financent et fournissent l’armement en exhortant à des

cessez-le-feu ! Ce qui fait pitié, c’est l’échec monumental des Nations unies dont la mission ultime est de maintenir la paix dans le monde. Ce qui est déplorable, ce sont ces simagrées de la part de certains de nos dirigeants, les mêmes qui mangent avec les loups et font mine de pleurer avec les bergers, face à une milice armée qui nous a plongés dans une guerre dont personne ne voulait. Ce qui fait de la peine, ce sont ces promesses vides émanant de nations « sœurs » au Liban, et ce dès le lendemain de l’explosion au port. Ces pays qui envoient leurs « boucs d’émissaires » de temps en temps pour parader devant la population suspendue à leurs discours et comptes-rendus. Ce qui est à vomir, c’est l’hypocrisie du monde, les voleurs d’avenir immoraux et la sournoiserie de notre époque.

Caroline TORBEY

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

« Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire. » A. EinsteinChers amis d’ailleurs,Merci infiniment de prendre de mes nouvelles. De me demander si je tiens – une fois de plus – le coup. Merci de vous enquérir de ma santé et de celle de ma famille. De l’évolution de ma grossesse. De m’inciter à voyager rapidement pour accoucher en toute sécurité, ailleurs, dans un pays en paix. De m’accueillir chaleureusement dans vos maisons en cas de besoin. Merci de me demander si ma fille C.C. n’est pas traumatisée par les avions israéliens qui survolent Beyrouth en franchissant le mur du son. De me conseiller de lui dire, pour la rassurer, qu’il s’agit du tonnerre qui gronde, alors que le soleil brille au zénith. Merci de vous soucier de savoir si mes...
commentaires (1)

Excellent madame , le Liban est aussi mentionné dans la bible , l’ancien et le nouveau testament

Eleni Caridopoulou

01 h 54, le 01 octobre 2024

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • Excellent madame , le Liban est aussi mentionné dans la bible , l’ancien et le nouveau testament

    Eleni Caridopoulou

    01 h 54, le 01 octobre 2024

Retour en haut