Un élève dans une classe vide au Liban. Joseph Eid/Archives AFP
Enseignante dans le même lycée privé où elle a scolarisé ses quatre enfants, âgés de 7 à 15 ans, Sirine*, 40 ans, a été surprise lundi dernier, comme tous les Libanais, de la rapide détérioration de la guerre entre le Hezbollah et Israël, ce dernier déclenchant une opération militaire de grande ampleur au Liban-Sud et dans la Békaa. Une opération qui a plongé cette fois le Liban tout entier dans ce conflit entre les deux belligérants qui dure depuis le 8 octobre 2023, dans le sillage de la guerre de Gaza.
En conséquence, les écoles sont fermées depuis mardi, et le ministre sortant de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Abbas Halabi, a décidé jeudi de prolonger la fermeture des écoles et des universités publiques et privées jusqu’au 7 octobre. Alors, les enfants sont à la maison et « ils recommencent à faire la grasse matinée pendant que je vaque aux travaux ménagers, raconte-t-elle. Puis ils se lèvent pour faire leurs devoirs, en attendant les cours en ligne qui ne commencent que la semaine prochaine ».
Pour éviter qu’ils ne deviennent trop nerveux, la situation se détériorant rapidement, alors que l’armée israélienne a effectué trois frappes cette semaine sur la banlieue sud de Beyrouth, dont un raid vendredi soir particulièrement violent qui a fait s’écrouler quatre bâtiments, fait de nombreux morts et blessés et tué le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, Sirine a tenté de maintenir les activités, qu’elle privilégie désormais à côté de la maison, dans le Metn. « J’essaie de leur garder une bulle pour qu’ils puissent s’échapper », dit-elle. Selon leur âge, ses enfants ont été impactés différemment, notamment le cadet qui est un enfant à besoins spéciaux et dont le quotidien a été chamboulé.
« Déçus »
L’impact sur les enfants est aussi ce qui préoccupe Marielle, la quarantaine, mère de trois filles de 7, 13 et 15 ans. Tout comme Samia*, 38 ans, mère de deux garçons de 7 et 10 ans, ce retour inopiné à la maison est une réminiscence de la période pas si lointaine de la pandémie de Covid-19. « Nous étions tellement heureux de les voir sortir de cette sombre période et retrouver une vie sociale normale que cela fait mal de les revoir suivre des études en ligne », souligne Marielle. Cette spécialiste de la santé publique craint pour la santé mentale des enfants, les siens comme ceux des autres, après des traumatismes successifs dont la pandémie, l’explosion au port de Beyrouth le 4 août 2020 et désormais cette nouvelle guerre.
Samia, une employée dans le secteur publicitaire qui vit à Achrafieh, redoute de nouveau l’enfermement et les interminables heures devant les écrans. Une fois de plus, déplore-t-elle, tout le poids de l’éducation, qui devrait être porté par l’école, doit être assumé par les parents.
Les deux garçons de 10 et 12 ans de Dalia*, 47 ans, n’ont, eux, même pas eu la chance de passer quelques premiers jours à l’école, puisque leur lycée n’ouvrait ses portes que le 24 septembre. « Nous avions tout préparé, les cartables, les livres, même les habits à porter le premier jour. Et puis la nouvelle est tombée. Ils sont très déçus, toute l’excitation du commencement d’une nouvelle année s’est évanouie. »
Pour leur garder un semblant de normalité, Dalia, fonctionnaire, leur a maintenu les activités et les visites chez les amis… tant que c’est proche de la maison, à Baabda. « Ils ont un sentiment diffus que quelque chose ne tourne pas rond, mais mon mari et moi évitons de dramatiser la situation pour maintenir une atmosphère vivable », dit-elle.
Gérer le travail et son propre stress
Même les mères d’enfants en bas âge sont affectées par la situation. Sophie*, la trentaine, mère d’une fillette d’un an et d’un petit garçon de deux ans et demi, a emmené sa petite famille chez ses beaux-parents à la montagne, à Baabdat, dans le Metn. « La petite était généralement gardée par mon mari, qui travaille de la maison pour l’étranger, ou ma belle-mère, avec une aide à la maison. Mais aucun ne peut gérer les deux enfants en même temps, qui sont de véritables tornades, d’où le fait que j’ai dû télétravailler ces derniers jours. »
Employée, Sophie a la possibilité de travailler de chez elle, mais cela ne résout pas tous les problèmes. « J’ai souvent du mal à me concentrer, sans compter que je ne pourrai pas indéfiniment travailler à distance », dit-elle. Le travail de Dalia a déjà été très affecté par cette situation. « Je vais au bureau un jour sur deux, plaçant mes deux enfants chez mes parents dans une région considérée sûre », souligne-t-elle. Mais l’inquiétude ne la quitte pas jusqu’à ce qu’elle passe les prendre. « J’ai toujours peur que les routes ne soient soudain bloquées », indique-t-elle.
La peur de l’avenir
Si Marielle continue de se rendre régulièrement au bureau, elle aborde une question qui taraude tous les parents dans une situation telle que celle-là : la gestion de son propre stress de manière à ne pas affecter ses enfants. « Pour ma part, je suis très croyante et je compte sur la prière pour me donner de la force », dit-elle. Plusieurs de ces femmes assurent ne plus écouter les nouvelles pour limiter l’anxiété et éviter de la communiquer à leur progéniture.
Il n’en demeure pas moins que l’avenir inquiète les parents libanais depuis que les crises successives secouent le pays. « Peut-être que si je n’étais pas liée à l’école par un contrat, j’aurais pensé émigrer », souligne Sirine.
Sophie, qui est une Européenne mariée à un Libanais, dit « adorer ce pays et ne pas avoir envie de vivre ailleurs pour le moment ». Mais elle reconnaît craindre que ses enfants ne revivent continuellement la guerre vécue par son mari dans son enfance.
« L’avenir, je n’ai même pas envie d’y penser », lance Samia. Tout comme elle, Marielle dit « vivre au jour le jour ». Malgré son anxiété, Dalia préfère relativiser. « Si Dieu le veut, ces jours difficiles passeront et les enfants surmonteront cette période, comme ils l’ont fait avant », dit-elle.
*Certains prénoms ont été modifiés et, à la demande des témoins, leurs noms de famille n’ont pas été cités.




On continuera de vivre comme cela tant que nous n’avons pas chasser les usurpateurs vendus de notre pays. Le plus malheureux c’est que les libanais s’en sont accommodés et ne trouvent pas le moment opportun pour le faire. Il y a toujours cet épée au dessus de leur tête qui est la cohésion sociale et le vivre ensemble. Le jour où nous ne ferons qu’un et unique peuple, aucun pays ne pourra nous vaincre. Malheureusement ça n’est pas pour demain ni après de ceux à venir.
15 h 40, le 30 septembre 2024