Une image tirée de l'exposition photographique issue des archives de la collecte de l’Album de famille des Aixois et des archives de familles libanaises collectées par l’artiste Chaza Charafeddine. Avec l'aimable autorisation de la Biennale d'Aix-en-Provence
Spectacles vivants, arts numériques, performances, expositions, le second volet de la Biennale d’Aix offre une programmation riche et plurielle, aux couleurs libanaises. Stéphanie Le Louarn, responsable de la biennale, explique avec conviction le choix d’inviter le Liban pour cette seconde édition du projet. « La maire de la ville, Sophie Joussains, avait très envie d’inviter le Liban. Aix-en-Provence a un accord de coopération décentralisée avec la ville de Baalbeck, avec laquelle différents projets culturels sont mis en place. Quand nous avons évoqué cette possibilité avec nos différents partenaires culturels, ils ont répondu qu’ils avaient déjà des liens avec des structures libanaises et différents artistes. On a ressenti une forte envie de travailler en lien avec le Liban, du fait de sa vitalité artistique », précise-t-elle. En raison de la situation très instable du pays, la coopération avec la ville de Baalbeck a été impossible, et certaines résidences prévues au Liban ont dû être annulées. « Néanmoins, nous sommes venus au Liban à plusieurs reprises et avons rencontré différents artistes et des structures variées, en étroite coopération avec l’Institut français. L’équipe de l’institut a fait partie du jury au moment de l’appel à projets que nous avons lancé pour la programmation libanaise », poursuit Mme Le Louarn.
Philippe Boronad invite Racha Baroud, Kinda Hassan, Caroline Hatem, Alain Béhar et Pascal Charrier dans « Chroniques des mondes incertains ». Avec l'aimable autorisation de la Biennale d'Aix-en-Provence
Parmi les structures libanaises engagées dans la biennale, la Maison des écrivains de Charif Majdalani. Du 27 au 30 novembre, dans le cadre des Promesses de l’aube et dans différents lieux seront organisés rencontres, performances, concert-dessiné, lectures musicales et sorties de résidence avec différents écrivains, dont Omar Abi Azar, Camille Ammoun, François Beaune, Charles Berberian, Charif Majdalani, Lena Merhej, Hyam Yared, Maylis de Kerangal. « L’idée est de croiser la littérature avec l’illustration, la musique. Le Café Badaro proposera le 28 novembre une collaboration entre Majdalani et le musicien Albin de la Simone. Camille Ammoun et Maylis de Kerangal feront résonner leurs textes respectifs. Et l’ouvrage de Berberian, Une éducation orientale, donnera lieu à un concert-dessiné », annonce la responsable de la Biennale d’Aix.
L’Académie libanaise des beaux-arts est également bien représentée dans l’événement provençal, notamment en lien avec les rencontres du neuvième art. De jeunes artistes libanais en illustration ont participé à un journal, qui a été édité et distribué à Aix et à Beyrouth.
« L’exigence et la qualité de la scène artistique libanaise »
Le premier volet de la biennale, qui a eu lieu entre avril et juin, a attiré beaucoup de monde, près de 120 000 personnes. « On a vécu des moments très forts avec des artistes libanais notamment, et on a ressenti beaucoup de curiosité sur l’histoire du Liban et de l’émotion. Mayssa Jallad avait présenté un solo en juin, elle est restée en résidence et présentera une pièce plus développée le 13 décembre, avec ses autres musiciennes et une création visuelle sur son projet The Battle of the Hotels. Ce premier album est très intéressant et rend compte de la pluridisciplinarité de l’artiste, à la fois compositrice, musicienne et architecte », poursuit Stéphanie Le Louarn.
Chaza Charafeddine et Hyam Yared échangeront expériences, points de vue, réflexions sur la question des femmes au Liban, des années 50-60 jusqu’à nos jours. Photos DR
Parmi les autres spectacles dans le prolongement d’une résidence, Les Chroniques des mondes incertains, au théâtre du bois de l’aune, avec Racha Baroud, Caroline Hatem, Kinda Hassan, mais aussi Alain Béhar et Pascal Charrier. Valérie Cachard et Hadi Deaibes ont également réalisé une résidence de trois semaines afin de poursuivre leur projet Paroles de femmes, entamé en 2020 pendant la pandémie du Covid au Liban. Les 18 et 19 octobre, au couvent des prêcheurs, se feront entendre des voix féminines, libanaises et aixoises. Chez les premières, l’idée d’une nécessité de se ranger et de vivre avec ce qui nous échappe. Chez les secondes, la question d’habiter sa ville, son corps, sa place…
Dans le cadre de Chroniques, la Biennale des imaginaires numériques, s’inscrit le projet Akwan, de Youmna Saba, les 9 et 10 novembre au musée des tapisseries. La nouvelle création de l’artiste s’intéresse aux relations entre la voix, la langue arabe chantée et les espaces acoustiques. « À la chapelle Venel, les 18 et 19 octobre, c’est une proposition intéressante de la graphiste et illustratrice Joan Baz qui sera partagée, autour de la création d’un zine, Malaab, qu’elle a conçu de manière artisanale avec sa riso rapportée du Liban, en lien avec d’autres artistes libanais, Rafaat Majzoub, Nasri Sayegh, Ayman Hassan », enchaîne Madame Le Louarn.
Outre le souci de croiser la richesse du patrimoine aixois avec la création contemporaine, il y a une volonté prononcée de s’adresser aux jeunes. « La plupart des événements sont en accès libre et l’éventail des styles est vaste. Lors du bal méditerranéen du 22 septembre, il y avait notamment le DJ Hadi Zeidan ainsi que Yuksek, qui avait composé un album en hommage à la ville de Beyrouth au moment des explosions au port en 2020. Il présente également une exposition photographique à la chapelle des Andrettes », souligne-t-elle.
Bruno Bonomo et Pascal Rozand feront une lecture de l'ouvrage de Charif Majdalani « Beyrouth 2020, journal d'un effondrement ». Avec l'aimable autorisation de la Biennale d'Aix-en-Provence
À la cité des mille fontaines, il sera également possible de découvrir la couture de Rabih Kayrouz sous un angle différent. Une carte blanche lui a été proposée au théâtre de l’archevêché, où il présentera ses dessins, sous forme de leporellos. Le public pourra découvrir sa dernière collection par des vidéos de Nicolas Clauss, Accords plissés. Au cloître du lycée Vauvenargues seront exposées les photographies de Chaza Charafeddine, également affichées sur les murs de la ville d’Aix. « Par l’intermédiaire de Brigitte Manoukian, de l’association La Fontaine obscure, nous avons découvert le travail de la photographe libanaise, qui travaille depuis quelques années sur le motif de l’album de famille, aussi bien au Liban qu’à Aix », explique la responsable de la biennale.
Les autres réjouissances sont légion : un spectacle de dabké, des dialogues pluridisciplinaires autour de la ville de Beyrouth, des rencontres entre artisans-designers français et libanais, des échanges poétiques, des spectacles de contes, dont Manal et l’ogre, de Dominique Eddé. Sans oublier les spectacles du danseur et chorégraphe Omar Rajjeh, du collectif Kahraba, et bien d’autres surprises. Stéphanie Le Louarn ne compte pas s’arrêter là. « Je n’étais jamais allée au Liban avant l’année passée, et j’ai été épatée par l’effervescence, la qualité et l’exigence de la scène artistique libanaise, et j’ai l’intention de poursuivre nos collaborations avec tous ces artistes ! » espère-t-elle.
Le programme des activités relatives au Liban à retrouver ici.



Ouf! Ça fait du bien.
09 h 08, le 25 septembre 2024