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Société - Guerre

« Tout ce que je sais, c’est que j’ai peur » : des habitants de Baalbeck témoignent

Ce bastion du Hezbollah est depuis deux jours pris pour cible par l'aviation israélienne. Un mort et de nombreux blessés civils sont à déplorer.

« Tout ce que je sais, c’est que j’ai peur » : des habitants de Baalbeck témoignent

Un homme se tenant à l'entrée d'un immeuble détruit par un raid israélien dans le village de Nabi Chit, dans la Békaa, le 21 août 2024. Photo AFP

« Nous avons l’impression de plus ou moins ressentir ce que les habitants du (Liban) Sud vivent », raconte, au bout du fil, Amine*, gérant d’un restaurant qui vit à Saraïne, l'une des localités ciblées par Israël dans la nuit de mardi à mercredi dans le caza de Baalbeck.

Peu après minuit, mercredi, la région a été secouée par plusieurs frappes : deux dans le village de Nabi Chit, une sur la localité voisine de Saraïne, au sud-ouest de Baalbeck, et une quatrième sur Boday, plus à l'ouest, faisant au moins un mort et une vingtaine de blessés, alors que les bombardements quotidiens entre le Hezbollah et Israël se limitent généralement à la frontière sud depuis le début des affrontements, le 8 octobre, dans le sillage de la guerre de Gaza.

La veille également, la région de Baalbeck a été touchée par des frappes israéliennes, dans une nette escalade de violence qui fait craindre un conflit généralisé au Liban et au Moyen-Orient depuis l'assassinat du chef militaire du Hezbollah Fouad Chokor dans la banlieue sud de Beyrouth le 30 juillet, et du chef du Hamas Ismaïl Haniyé quelques heures plus tard à Téhéran, dans deux attaques attribuée à Israël.

Les violences ont fait à ce jour au moins 584 morts au Liban, majoritairement des combattants du Hezbollah mais également au moins 108 civils, selon le décompte de L'OLJ. En Israël et sur le plateau du Golan syrien occupé, 23 militaires et 26 civils ont été tués, selon les autorités israéliennes.

Saraïne, « une ville-fantôme »

Lorsque la frappe a eu lieu dans la nuit, Amine venait tout juste de rentrer chez lui avec sa famille après une soirée passée chez les voisins. « La frappe était tellement forte que j’ai cru qu’elle avait eu lieu tout près de chez moi. Mes enfants hurlaient de peur, relate-t-il. Directement, nous nous sommes réfugiés dans une pièce de la maison. » Ce mercredi matin, Amine est « anxieux ». « Il n'y a personne sur les routes, c'est une ville-fantôme », décrit le quadragénaire.

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Sidra*, qui tient une supérette dans la même localité, passait la soirée avec son fils et son époux lors de l'attaque. « On a accouru vers une pièce pour se réfugier. Les frappes ont eu lieu autour de nous », raconte-t-elle. « C'est la deuxième fois de suite que nous sommes ciblés... Je ne sais pas ce que ça veut dire. Tout ce que je sais, c’est que j’ai peur », admet-elle. Le lendemain matin, elle s’est réveillée « les nerfs à vif. « Je ne suis toujours pas sortie de la maison, je n’ai même pas ouvert mon commerce », souffle-t-elle.

« Ce n'est toujours pas le Sud »

Dans la localité voisine de Nabi Chit, Mohammad* reste calme. Il fumait le narguilé avec ses amis quand une première explosion a retenti à Boday, avant qu'une seconde ne vise son village. « J'ai vu le missile tomber, mais je n'ai pas eu peur. Quand tu le vois, tu sais que ça ne va pas te toucher... Nous avons l'habitude de la guerre », ajoute le trentenaire. Pour Mohammad, « la situation est habituelle » dans la région de Baalbeck. « Quand c'est chaud dans le Sud, comme ça l'a été ces derniers jours, ou quand la « résistance » donne un gros coup, nous savons que notre tour arrive et qu'il (Israël, NDLR) va venir se défouler ici. Ce n'est toujours pas le Sud », estime-t-il.

Zeinab*, elle, affirme que « c'est un honneur » que son village de Nabi Chit soit bombardé. « L'ambiance est très normale », dit-elle sur un ton défensif. « Nous protégeons le Liban, et nous en sommes fiers. Nous ne l'entraînons pas dans une guerre, comme disent certains traîtres. Après tout, nous avons un chemin à suivre. »

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« Nous sommes en guerre, nous devons supporter ce qui arrive », lâche Hassan Moussaoui, père de trois enfants âgés d'un an et demi à six ans, qui réside dans le même village. La victime de la frappe du 21 août, Ali Moussaoui, était l'un de ses cousins éloignés. « La frappe a eu lieu près d'habitations. Elle était puissante et a fait exploser les vitres. Le martyr se trouvait chez lui à ce moment-là », raconte le quadragénaire. S'il pense que ces bombardements s'inscrivent encore « dans les règles d'engagement », Hassan a toutefois « l'impression que tout monte d’un cran ». « Notre région va être davantage frappée. Mais je ne partirai pas, il n'y a plus un endroit sûr dans le pays », regrette-t-il.

*Les prénoms ont été changés.

« Nous avons l’impression de plus ou moins ressentir ce que les habitants du (Liban) Sud vivent », raconte, au bout du fil, Amine*, gérant d’un restaurant qui vit à Saraïne, l'une des localités ciblées par Israël dans la nuit de mardi à mercredi dans le caza de Baalbeck. Peu après minuit, mercredi, la région a été secouée par plusieurs frappes : deux dans le village de Nabi Chit, une sur la localité voisine de Saraïne, au sud-ouest de Baalbeck, et une quatrième sur Boday, plus à l'ouest, faisant au moins un mort et une vingtaine de blessés, alors que les bombardements quotidiens entre le Hezbollah et Israël se limitent généralement à la frontière sud depuis le début des affrontements, le 8 octobre, dans le sillage de la guerre de Gaza.La veille également, la région de Baalbeck a été touchée par des...
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