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Nos lecteurs ont la parole

Nadine Labaki et Fanny Ardant dans « Back to Alexandria » de Tamer Ruggli

Un film qui touche le spectateur au plus profond de lui-même et l’oblige à faire face à son passé et aux conflits qui ont perturbé son enfance et façonné sa personnalité.

Ces conflits du passé resurgissent avec violence et intensité, quand Sue (Nadine Labaki) affronte deux situations difficiles : le retour à son pays natal qu’elle avait fui depuis des années et l’annonce de la grave maladie de sa mère (Fanny Ardant).

Et quelle mère ! Le film la dépeint comme un monstre égoïste qui a rejeté sa fille, l’a privée de son affection, lui a reproché de ne pas être le garçon tant désiré et l’a même empêchée de se lier à celui qu’elle aime sous prétexte qu’il n’appartient pas au même milieu social.

Ce petit garçon que la mère aurait tant aimé avoir apparaît dans le film comme un rival qui a toujours obsédé Sue, qui la suit partout et ne la quitte jamais. Il représente son alter ego qui plaît à sa mère et qui lui a volé son amour et son affection.

La personnalité de la mère obsédante resurgit avec tous les souvenirs du passé dans lesquels Sue revit les scènes qui l’ont déchirée et marquée à jamais.

La reviviscence de ces scènes constitue le point fort du film où le spectateur vit de beaux moments avec les apparitions de la mère, des autres femmes de la famille et de leurs fidèles serviteurs, dans le décor fastueux de la bourgeoisie égyptienne appartenant à un passé à jamais révolu. Le film offre une véritable fresque de cette société avec ses fastes, sa mentalité et ses interdits…

Ce film structuré et bien construit fournit tous les détails nécessaires pour expliquer et justifier le conflit entre Sue et sa mère. Il décrit avec précision la façon dont il resurgit et comment il est vécu par Sue à son retour en Égypte.

Comment le film va-t-il tenter de résoudre ce conflit à l’annonce de la mort éventuelle de la mère ?

Et c’est là que se révèle l’intelligence et l’habileté du scénario qui va respecter dans leur subtilité les trois étapes essentielles de la résolution du conflit entre la mère et la fille.

La première étape consiste à comprendre la cause de ce conflit. Dans les dizaines de scènes, elle apparaît pour s’exprimer et se justifier en exposant les problèmes qu’elle a vécus ! Il s’agit ici de comprendre ce qui l’a poussée à rejeter sa fille.

La deuxième étape consiste à pardonner à la mère après avoir compris les raisons de son comportement envers sa fille. Et là, Sue dit à sa mère qu’elle lui pardonne.

La troisième étape devrait être, en principe, celle de la « restauration du lien affectif » entre la mère et la fille. Et là, dans la scène de l’affrontement de la mère et de la fille au milieu du désert, le film montre le désert affectif dans lequel a vécu Sue dans son enfance, rejetée par sa mère et privée de son amour. Et dans sa réplique, Sue crie : « Je te pardonne mais je ne t’aime pas. » Le lien affectif est à jamais détruit et ne peut être rétabli.

On peut comprendre le monstre et lui pardonner mais on ne peut s’obliger à l’aimer !

Et, dans cette scène, on voit le petit garçon quitter Sue pour suivre sa mère, lui qui a toujours été accepté par elle et qui n’a pas été privé de son amour.

Si la confrontation de Sue avec sa mère n’est pas parvenue à restaurer leur relation, elle a néanmoins réussi à réconcilier Sue avec son passé et avec elle-même. En effet, si au début du film elle se montre très hostile envers le petit garçon, cet alter ego que sa mère lui imposait, vers la fin du film elle le couve dans son lit pour sceller sa réconciliation avec son passé. Elle l’accompagne même dans sa danse dans une scène onirique à l’issue de laquelle il disparaît pour toujours.

Par ailleurs, ce film offre au spectateur un peu de tourisme à travers les rues bondées du Caire et le trajet jusqu’à la ville d’Alexandrie dans l’ancienne Desoto décapotable de la mère, symbole de la bourgeoisie et élément que le metteur en scène utilise pour remonter vers le passé.

Le jeu des acteurs et surtout des deux grandes actrices est d’un professionnalisme mêlant authenticité et sincérité. En effet, Fanny Ardant est magistrale dans ses apparitions. Et que dire de Nadine Labaki qui, dans l’un de ses meilleurs rôles, supporte tout le poids du film.

Enfin Tamer Ruggli, le metteur en scène, a su créer des scènes qui confèrent à ce film un aspect surréaliste d’une esthétique inégalable.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Un film qui touche le spectateur au plus profond de lui-même et l’oblige à faire face à son passé et aux conflits qui ont perturbé son enfance et façonné sa personnalité.Ces conflits du passé resurgissent avec violence et intensité, quand Sue (Nadine Labaki) affronte deux situations difficiles : le retour à son pays natal qu’elle avait fui depuis des années et l’annonce de la grave maladie de sa mère (Fanny Ardant).Et quelle mère ! Le film la dépeint comme un monstre égoïste qui a rejeté sa fille, l’a privée de son affection, lui a reproché de ne pas être le garçon tant désiré et l’a même empêchée de se lier à celui qu’elle aime sous prétexte qu’il n’appartient pas au même milieu social. Ce petit garçon que la mère aurait tant aimé avoir apparaît dans le film comme un rival qui a...
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