De g. à d., Khalil Khalil, Jean et Mohammad Jarkas, les trois enfants syriens tués mardi 16 juillet 2024 des suites d'un raid israélien sur la localité d'Oum el-Tout. Photo DR
La journée de mardi aura encore été particulièrement sanglante au Liban-Sud : trois enfants syriens ont été tués dans une frappe israélienne ayant visé des terres agricoles dans la localité d’Oum el-Tout, près du village frontalier de Boustane (caza de Tyr), alors qu'ils jouaient à proximité de la zone ciblée.
D’après un communiqué publié dans la foulée par la municipalité de Boustane, Mohammad Jarkas, Jean Jarkas et Khalil Khalil étaient respectivement âgés de 7, 10 et 12 ans. « Comme chaque jour depuis le début de la guerre, mes enfants passaient leur journée à jouer dans une aire de jeux, tandis que je travaillais dans un champ », a déclaré à l'AFP Chahine Jarkas, le père de deux des victimes.
Employé dans une exploitation de pastèques, cet agriculteur de 55 ans originaire d'Afrine a fui avec sa famille la guerre faisant rage dans cette région du nord-ouest de la Syrie, à forte majorité kurde, en se réfugiant au Liban. « Je travaillais quand j'ai entendu le bruit du missile. Lorsqu'on m'a confirmé que l'endroit ciblé était proche du terrain de jeu, j'ai couru vers les lieux et j'ai vu mes enfants couverts de sang », ajoute-t-il, en blâmant le « gouvernement israélien ».
Selon des sources locales citées par notre correspondant Mountasser Abdallah, les corps ont été transportés à l’hôpital de Jabal Amel, près de la ville de Tyr. Déposés sur des civières et enveloppés de couvertures, ils ont été reçus par leurs proches aux côtés de la famille du propriétaire du champ où travaillent les parents endeuillés, au milieu des autres habitants d'Oum el-Tout.
« Nous avions refusé de partir depuis le début de la guerre », a également confié Mohamed Khalil, ce réfugié de 58 ans, père du défunt Khalil. « On a été déplacés de Syrie pour protéger nos enfants de la guerre... mais au final, on les a tués ». L'Unicef a réagi à ce drame sur le réseau social X en le qualifiant de « meurtre horrible ». De son côté, l'armée israélienne affirme que son aviation avait ciblé « une cellule terroriste du Hezbollah » dans la région de Yarine, près d'Oum el-Tout.
Mercredi, dans le cadre d'un discours prononcé à l'occasion des célébrations d'Achoura, le secrétaire général du parti chiite Hassan Nasrallah a menacé Israël de s'en prendre à de « nouvelles villes » sur son territoire si l'État hébreu « continue de tuer des civils » au Liban.
Neuf ressortissants syriens tués
La mort de ces trois enfants porte à neuf le nombre de ressortissants syriens ayant été tués au Liban, sans compter les blessés, depuis le début des affrontements entre le Hezbollah et l'armée israélienne le 8 octobre dernier, au lendemain du déclenchement de la guerre de Gaza. Ce n’est pas non plus la première fois que des enfants syriens payent de leur vie le prix de ces combats quotidiens : le 17 mai dernier, à Najjariyé, dans la région de Zahrani (caza de Saïda), deux frères âgés de 10 et 13 ans avaient succombé à leurs blessures alors qu’ils se trouvaient à proximité d’un hangar qualifié de « dépôt d’armes » du Hezbollah par l’armée israélienne.
Quelques heures avant le drame d’Oum el-Tout, survenu peu avant 18h mardi, deux autres Syriens, Abdelmoutaleb Nanis et Hamza Chaaban, ont également péri des suites d’un tir de drone israélien alors qu’ils circulaient à mobylette près d’Arnoun (caza de Nabatiyé). Deux semaines plus tôt, deux ouvriers syriens, employés dans des champs de blé également situé à proximité de Boustane, avaient été touchés par un raid israélien ayant coûté la vie à un autre civil libanais, Mohieddine Abou Dellé.
Selon notre décompte, la guerre a jusqu'à présent fait 500 morts au Liban, dont 83 civils.



Aucun enfant ne mérite cette fin. Pauvres petits, qu'ils reposent en paix.
12 h 42, le 18 juillet 2024