La plage publique de Kfar Abida est un endroit paradisiaque très populaire auprès des nageurs. João Sousa/L’Orient Today
Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux mardi, et devenue virale depuis, un internaute a choisi d’alerter sur la fermeture de la plage publique de Fadous, à Kfar Abida (Batroun), par un grillage en fer verrouillé. « Comme vous pouvez le voir, ils ont mis un portail sur la plage », décrit-il. La plage est normalement accessible par un chemin entre deux propriétés, tandis que l’autre point d’entrée de la plage a également été fermé. Selon des résidents ayant commenté cette vidéo, le portail y aurait été installé il y a deux semaines.
Pour des militants et autres utilisateurs des réseaux sociaux, une des propriétés Airbnb à proximité promettait un accès fermé à une plage privée à Kfar Abida, sans en mentionner le nom. La possibilité qu’une plage publique ait été soudainement fermée pour un usage privé a irrité les militants et les résidents, qui ont exprimé leurs préoccupations sur X (ex-Twitter). « C’est ainsi que sur la planète Liban, vous pouvez transformer une plage publique en chalet privé », a écrit l’activiste Abbas Tfaïly.
L’Orient Today n’a pas pu trouver cette annonce spécifique sur le site Airbnb offrant un accès privé à la plage, mais est tombé sur des dizaines de propriétés Airbnb le long de la côte de Kfar Abida prétendant avoir accès à une plage. Parmi les propriétaires contactés, aucun n’a voulu commenter la question. Quant à la municipalité de Kfar Abida, le moukhtar et des résidents, tous ont insisté sur le fait qu’ils ne savaient pas qui avait installé ce portail et verrouillé l’entrée de la plage.
« Nous ne sommes pas ceux qui ont fermé la plage, et personne ne s’est encore plaint auprès de la municipalité, donc nous restons en dehors de cela pour le moment », a déclaré un représentant de la municipalité, souhaitant rester anonyme. Le maire n’a lui pas répondu à nos appels, alors que l’opérateur téléphonique de la municipalité a refusé de transférer l’appel, insistant sur le fait « qu’il ne commentera pas la question car ce n’est pas la municipalité qui a fermé la plage ».
Des violations signalées dans la région
Des violations similaires ont eu lieu dans d’autres parties de Batroun et à travers le pays, dans des zones côtières comme Jiyé, Jbeil et Jounieh. Des empiétements qui violent la loi n° 444 sur la protection de l’environnement car ils impliquent d’obstruer la vue et l’accès à la plage. Selon un décret légalement contraignant émis en 1925, toute construction permanente sur le domaine public et la section du littoral libanais est interdite. Plus tôt en juillet, une villa appartenant à Raghida Dergham, une journaliste libano-américaine de renom, sur la côte de Kfar Abida, a conduit à un différend juridique avec des militants cherchant à protéger l’accès public à la mer.
À Kfar Abida et dans la commune voisine de Thoum, environ une demi-douzaine de projets de construction similaires ont été réalisés ces dernières années sans permis, réduisant ainsi le littoral public. Nahnoo, une plateforme de plaidoyer pour le développement participatif des politiques publiques, appelle régulièrement à la protection des espaces publics et des plages au Liban. Elle est l’une des huit ONG de la coalition Coast for All qui organise régulièrement des manifestations et des conférences de presse contre la privatisation des plages publiques.
L’année dernière, la coalition a organisé plusieurs manifestations sur la plage publique d’Abou Ali, à Kfar Abida, lorsqu’un homme d’affaires a commencé à y construire une maison et tenté de couper l’accès public à la plage. La construction de la villa a été arrêtée mais l’affaire n’est pas complètement réglée. Début avril, les militants de la campagne Coast for All ont soumis une demande au ministère des Travaux publics dans l’espoir de rétablir pleinement l’accès public à la plage et de faire démolir la maison.



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18 h 09, le 15 juillet 2024