Tu te réveilles soudain dans une chambre, sans aucun souvenir passé. Regardant autour de toi, tu vois des centaines, voire des milliers d’autres êtres humains qui ont déjà été dans cette chambre avant toi. Certains semblent déjà te vouer une certaine affection. D’autres semblent déjà porter un jugement sur toi, dépendamment de ta couleur de peau, ta condition économique et sociale. Et dès le début, on t’explique déjà qu’un jour on viendra te chercher de cette chambre pour te prendre vers une autre destination inconnue. Le jour du départ est inconnu. Les circonstances aussi. Seul le fait que ce départ arrivera un jour est certain.
Tentant tant bien que mal de t’accommoder à ces nouvelles règles qui régissent cette chambre et à te remettre à peine des émotions qui te submergent face à la violence des informations qui t’ont bombardé, tu t’engages vers un chemin tout tracé, que tous les habitants de cette chambre semblent s’être mis d’accord qu’il était le bon.
Demandant où tu es, ce que tu es et ce qu’est cette chambre, tes voisins semblent certains de leur fait. Ils projettent vers toi leurs certitudes, leurs convictions, leurs us et coutumes et s’attendent à ce que tu t’y plies sans broncher.
Épris par une soudaine prise de conscience alimentée par ton ego d’homme intelligent, tu lèves la tête et explores. Tu fais le ménage dans ta tête et tries ce bombardement d’idées et tentes de démêler le vrai du faux. De déceler des bribes de vérité dans ce bruit assourdissant d’informations et de certitudes. Tu restes, bien sûr, sous l’emprise d’un départ qui te guette, prêt à bondir à tout instant qu’il considérera lui seul opportun.
Ces questions ne semblent pas peser tellement sur tes voisins de chambre. Eux semblent plutôt se préoccuper à leurs activités futiles, sans se soucier tellement des questions qui te taraudent. Certains ne semblent même pas conscients de ces questions et dansent allègrement et aveuglément dans cette chambre, semblant avoir trouvé leur voie. Tentant te révolter contre cette ignorance généralisée, tu cogites, tu cries, tu interpelles. Mais tes actions restent vaines.
Prenant acte de cette indifférence, tu essaies tant bien que mal de te distraire, d’apprécier cette chambre dans laquelle on t’a placé sans que tu n’aies rien demandé et de laquelle on te prendra sans que tu n’aies rien demandé non plus. Tu te joins, non sans rechigner, à cette danse aveugle et sourde. Tu apprends, autant que possible, les us et coutumes de cette chambre. Mais tu restes désespérément seul et incompris. Et tu te poses beaucoup de questions.
alors, certes, tu peux profiter de ton temps dans cette chambre mais ton for intérieur reste désespérément assoiffé de vérités et de sens. Et tu perçois cette chambre comme une absurdité sans queue ni tête. Tu veux savoir. Tu réalises que, malgré tes efforts pour comprendre, tu resteras toujours un étranger dans un monde qui ne te comprend pas et que tu ne comprendras jamais vraiment. La danse aveugle de tes compagnons, loin de t’apporter réconfort ou éclaircissement, ne fait que renforcer ton sentiment de désespoir et d’incompréhension. Tu te résignes à l’idée que ce départ inéluctable est la seule certitude et, avec lui, peut-être, la fin de cette quête vaine.
Cependant, au milieu de cette absurdité, tu restes condamné à trouver des moments de plaisir et de joie. Même si la vie dans cette chambre semble dépourvue de sens profond, chaque instant de bonheur, chaque rire partagé, peut apporter une lueur de positivité. Ces moments fugaces, bien que rares, peuvent rendre cette existence un peu plus supportable et te rappeler que, malgré tout, tu te dois des raisons de savourer la vie.
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