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La fièvre des urnes


Encore une palpitante fin de semaine électorale ! Palpitante en effet, même pour les peuples qui n’ont en fait rien à y voir. Qui sont, eux, cruellement boudés par la démocratie et ses rites. Que l’on a immunisés de force contre le redoutable virus des consultations populaires. Et qui en sont réduits à attendre les retombées éventuelles, chez eux, de ce déluge de bulletins de vote s’abattant ailleurs.

Jeudi. En avance sur le sacro-saint week-end, c’est à un grand chambardement que se livre, ce jour-là, le Royaume-Uni. Quatorze ans de pouvoir conservateur ininterrompu, ça use, surtout quand s’y mêlent scandales et luttes intestines. Jouant le tout pour le tout, le Premier ministre sortant, Rishi Sunak, a payé d’une fracassante débâcle le même coup de poker tenté en France par le président Emmanuel Macron. Chargé dès hier par le roi Charles III de former le gouvernement, le leader travailliste Keir Starmer se pose en homme du renouveau, en se gardant bien toutefois de toute promesse excessive. À l’heure où l’extrême droite caracole sur le continent européen, ce modéré de centre gauche ferait pour un peu figure d’anomalie. Il s’engage à réduire les catastrophiques effets socio-économiques du Brexit en œuvrant au rapprochement avec l’Union européenne. Et s’il manque de charisme, s’il passe même pour un pisse-froid, ce juriste de renom qui s’est illustré dans la défense des droits humains se prépare à interdire l’importation de foie gras, déjà impitoyablement banni des tables royales. Cela non point par souci d’austérité, mais pour dénoncer la cruauté frappant les oies et canards gavés à outrance. Loin de tout humour anglais, d’aussi bons et beaux sentiments sont d’excellent augure pour les nombreux sujets de Sa Gracieuse Majesté souffrant désormais de la faim…

Vendredi. Changement de décor : au second tour du scrutin présidentiel en Iran, c’est un duel entre le réformiste Massoud Pezeshkian et l’ultraconservateur Saïd Jalili que sont invités à trancher les électeurs. C’est surtout sur le terrain des rapports avec les puissances occidentales – ouverture et détente ou confrontation permanente – que les deux hommes se sont affrontés durant leur campagne. Quant au reste, ils se sont mutuellement reproché de manquer d’un programme clair et cohérent. Il faut croire que tous deux avaient raison, puisque le seul programme susceptible d’être appliqué est celui que dictera le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. En attendant le verdict des urnes qui sera connu ce samedi, et comme le croient de nombreux Iraniens, comme tous ceux qui s’interrogent sur l’avenir du Hezbollah, le chirurgien Pezeshkian et l’ancien milicien Jalili devenu professeur d’université, ce pourrait fort être, en réalité, blanc turban et turban blanc.

Dimanche. Quel qu’en soit le résultat, c’est une France profondément différente qui émergera sans doute demain du second tour des législatives anticipées : une France déjà fracturée au demeurant, et où l’on a vu la violence faire irruption dans la campagne électorale, avec la multiplication des agressions physiques, menaces et autres actes d’intimidation visant élus et militants des deux bords.

Pour contrer le raz-de-marée d’extrême droite apparu au premier tour, tout tient en somme à l’efficacité escomptée du front républicain idéologiquement disparate qui, en base de désistements réciproques, réunit la droite, le centre droit et la gauche. Si, du fait des abstentions, le Rassemblement national venait quand même à décrocher une majorité absolue, la partie aurait été jouée. Mais même si cette majorité devait être seulement relative, ce sont des situations nouvelles, abondamment évoquées déjà par les politologues de l’Hexagone, qui pourraient se présenter. Elles devraient alors requérir des trésors d’imagination et un exceptionnel sens des responsabilités pour que soit conjuré le spectre de l’instabilité endémique qui avait plombé les IIIe et IVe Républiques.

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La présidentielle américaine n’aura lieu qu’au mois de novembre. Mais l’inventaire de ce week-end furieusement électoral serait incomplet sans le pari potentiellement fou que tenait à son tour hier soir (minuit GMT) le président Joe Biden en acceptant de se prêter à une très particulière interview sur la chaîne de télévision ABC. Car non seulement le chef de la Maison-Blanche affrontait un des journalistes les plus chevronnés et retors, sinon féroces, de la télé, George Stephanopoulos, mais c’est surtout sur ses capacités mentales, mises en grave doute lors de son récent débat avec Donald Trump, qu’il était testé. Un saut éminemment périlleux, sans filet protecteur, sur les flammes des enfers cathodiques.

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com

Encore une palpitante fin de semaine électorale ! Palpitante en effet, même pour les peuples qui n’ont en fait rien à y voir. Qui sont, eux, cruellement boudés par la démocratie et ses rites. Que l’on a immunisés de force contre le redoutable virus des consultations populaires. Et qui en sont réduits à attendre les retombées éventuelles, chez eux, de ce déluge de bulletins de vote s’abattant ailleurs. Jeudi. En avance sur le sacro-saint week-end, c’est à un grand chambardement que se livre, ce jour-là, le Royaume-Uni. Quatorze ans de pouvoir conservateur ininterrompu, ça use, surtout quand s’y mêlent scandales et luttes intestines. Jouant le tout pour le tout, le Premier ministre sortant, Rishi Sunak, a payé d’une fracassante débâcle le même coup de poker tenté en France par le président Emmanuel Macron....