Comment célébrer comme il convient le centenaire d’un journal sans s’arrêter un instant sur ce qui fut sa vitrine et le demeure aujourd’hui, du moins dans sa version papier ? Créer la « une » d’un quotidien d’information représente sans nul doute l’apothéose de la carrière d’un(e) journaliste. Mais pas seulement : c’est aussi faire œuvre d’historien sachant donner du sens aux dates, d’archiviste méticuleux, de fin psychologue, de vendeur avisé et d’observateur visionnaire. En résumé, une personne capable d’emblée, face à un événement, d’embrasser à la fois son passé, son présent et son futur. Le passé pour le poids qu’il attribue (ou pas) à la matière, le présent pour l’enveloppe qu’il lui procure et le futur pour la portée et les conséquences qu’il laisse entrevoir.
1924-2024 : aucun siècle n’est banal, mais celui de L’Orient-Le Jour l’est encore moins. Du triomphe des idéologies meurtrières à celui de l’intelligence artificielle, la tendance de l’histoire est à la déconstruction accélérée :
– Celle du monde d’abord, avec le déclin désormais patent de la civilisation occidentale, malgré son extension spatiale : la crise des démocraties s’aggrave, la disparition des repères traditionnels y rejette des masses entières dans le populisme, pendant que ce qu’on appelle un peu facilement le Sud global se fournit de plus en plus aux enseignes les moins reluisantes de cette civilisation.
– Celle du Proche-Orient ensuite. Un siècle après le démantèlement de l’Empire ottoman, le bilan est, pour le moins, médiocre. Dire que les entités nées de cette déconstruction ne sont pas des réussites est un euphémisme, et pourtant peu osent en dresser le constat, ou alors ils se perdent en conjectures, certains continuant à situer la source de tous les maux dans le colonialisme.
– Enfin, celle du Liban, incluse bien sûr dans la catégorie précédente, et dont la trajectoire s’apparente clairement à une interminable descente aux enfers.
Mais ce tableau apocalyptique n’ôte pas les beautés qui ont jalonné le siècle écoulé, ni les raisons d’espérer. À travers leurs « unes », L’Orient, Le Jour, puis L’Orient-le Jour se sont constamment efforcés d’en rendre compte, tout en accompagnant aussi fidèlement que possible l’actualité, déprimante ou pas.
Sélectionner 100 « unes » pour marquer notre centenaire n’a pas été chose aisée. C’est le genre d’entreprise qu’on entame avec beaucoup d’enthousiasme, en croyant qu’on va pouvoir répondre équitablement à tous les paramètres requis, mais qu’on termine dans l’arbitraire le plus total, pour mille et une raisons… Puisse ce florilège éclairer un tout petit peu l’histoire de notre journal, tout en faisant un clin d’œil à ceux qui y ont contribué, signatures prestigieuses ou journalistes anonymes.

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