Comment définir la vérité ? Comment la décrire ? Comment déterminer sa portée et ses contours ? Paradoxalement, la vérité peut-elle avoir plusieurs facettes et plusieurs versions ?
Est-il possible de cerner ce concept de la vérité en parlant de son contraire, le mensonge ? La définition de la vérité n’est certes pas des plus aisées. Pour la simple raison que plusieurs paramètres s’impliquent et s’imbriquent. Plusieurs facteurs, plusieurs éléments s’enchevêtrent et s’entremêlent. Ce qui rend les choses beaucoup plus compliquées et beaucoup plus complexes.
Le plus simplement et le plus succinctement possible, la vérité est ce qui est le plus en conformité avec la réalité. Ce qui correspond le plus à l’évidence.
Pour revenir au mensonge, ce dernier peut être défini comme étant tout changement intentionnel de la réalité afin de tromper, dans le but d’obtenir l’adhésion de l’interlocuteur à un point de vue que l’on sait à l’avance faux. Déguiser donc la réalité d’un fait pour duper et induire en erreur.
La plus grande sanction du menteur, c’est qu’il finit très souvent par prendre ses propres contre-vérités (sont-elles tellement propres ?), ses propres allégations mensongères, comme paroles d’Évangile (ce qui peut paraître à la fois bizarre et paradoxal). L’expression ici prend tout son sens puisqu’il n’y a plus de place au doute...
En fait, si on y pense vraiment, tous les conflits du monde sont des batailles entre la vérité et l’erreur. Et quand on parle de vérité et d’erreur, ça nous fait nécessairement rentrer dans la notion du bien et du mal. Ceci a également rapport avec le doute cartésien, contrairement à la certitude absolue. Faut-il accepter tout ce qu’on reçoit comme idées préconçues ou comme nouveautés, sans s’interroger et mettre en doute les croyances et les vérités couramment admises ? Et d’un autre côté, peut-on, par un revers de main, balayer connaissances, principes et théories, acquis au fil des ans, dans le déroulement de la vie ? Ce que l’éducation, l’enseignement académique (qu’il soit scolaire ou universitaire), l’expérience, les épreuves de la vie, les joies, les peines, les réalisations, les défaites, les défis... ont ajouté à notre personnalité, à notre « moi » intérieur... Paradoxalement, y a-t-il plusieurs versions de la vérité, plusieurs vérités sur la vérité ?
Surtout que chez nous, l’inconscient populaire (ou même le conscient) est très impliqué dans les affaires religieuses et très imprégné par ses préceptes. La religion (parfois de façade) tient une place prépondérante dans la vie quotidienne et nombreux sont ceux qui considèrent les livres saints comme la référence des références. Bien que d’autres trouvent que notre société contemporaine ne voit plus les livres sacrés comme une sorte de mesure ou de critère fiable pour faire une évaluation valable de la vérité. Pour eux, ces recueils, datant de plusieurs siècles, ne constituent plus des repères acceptables pour la vie des femmes et des hommes de notre temps. Un avis certes discutable et sujet à caution, mais qui existe quand même, qu’on le veuille ou pas.
Que de fois nous avons entendu que pour émettre un jugement de valeur, il ne fallait surtout pas se précipiter et prendre des décisions à la va-vite. Bien réfléchir et se garder de la hâte. Qu’il fallait éviter les préjugés, les idées arrêtées et peser le pour et le contre. Garder son sang-froid, la tête sur les épaules et les pieds sur terre. Des conseils qui nous ont été donnés depuis notre tendre enfance pour être dans le conformisme, « le bien-pensant » et le politiquement correct.
C’était des vérités absolues qu’il ne fallait surtout pas transgresser ou mettre en doute. C’est à se demander aujourd’hui si ces recommandations sont encore valables, si ces directives sont encore acceptables et plausibles. Surtout avec la croissance effrénée des réseaux sociaux qui offrent mille et une « vérités » (ou très souvent fausses vérités).
Il y a aussi un point important qu’il ne faut surtout pas minimiser. Un élément qui mérite d’être pris en compte dans cette recherche de la vérité. C’est notre subjectivité et nos états d’âme. Ce mélange d’émotions et de pensées qui crée notre « individuel particulier » qui nous distingue et qui nous colle généralement à la peau. La présence donc des sentiments, des caractères, des penchants, des intérêts et des préférences... qui, à tort ou à raison, entrent en jeu, très souvent. Sans parler de deux données très à la mode actuellement, le manque de transparence et la mauvaise foi, qui font largement obstacle à toute recherche sincère de vérité.
L’idéal pour approcher la vérité, au niveau comportemental, serait de rester, autant que possible, authentique, crédible et cohérent. De rester, autant que faire se peut, en accord avec les principes qu’on s’est volontairement fixés. Que nos réactions reflètent, dans la mesure du possible, nos convictions et nos valeurs.
Il suffit de penser combien l’incohérence, le factice, l’apocryphe et l’inconséquence font perdre en fiabilité et en crédibilité au niveau personnel, au niveau relationnel, au niveau professionnel, au niveau financier et surtout au niveau national et politique... Nous sommes nous, les Libanais, les mieux placés, hélas, pour le savoir et le toucher du doigt.
Il paraît que si la vérité blesse, le mensonge tue. Et qu’une goutte de mensonge peut contaminer un océan de confiance. Que le temps a cette faculté de découvrir les mensonges les plus cachés, les raisons les plus justes et les personnes les plus fausses.
Michel Antoine AZAR
Avocat à la Cour
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