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Nos lecteurs ont la parole

Sidération


« Je suis sidérée par la force des Libanais. » (Catherine Deneuve).

Il m’est franchement difficile de comprendre et de partager votre sidération au moment où je suis moi-même sidéré par le silence et l’avachissement des Libanais face à la violation de leur souveraineté nationale par des milices locales et étrangères qui ont décidé de déclarer unilatéralement la guerre à l’ennemi et qui ont transformé le sud du pays en un champ de batailles et de ruines dans le mépris le plus total de la Constitution et des institutions libanaises.

À vous votre sidération, chère madame, à moi la mienne. Je ne suis malheureusement pas sidéré par la force de mes compatriotes, mais bien plutôt par son contraire puisqu’ils acceptent que leur État soit privé de son droit d’être le seul décideur en matière de guerre et de paix et le seul détenteur de la force légitime armée par son institution militaire.

Je suis sidéré par leur souveraine dépendance générationnelle, par leur aptitude à vivre si longuement sous des occupations étrangères successives : palestinienne, israélienne, syrienne, iranienne… pour ne s’en tenir qu’aux plus récentes.

Je suis sidéré par leur besoin viscéral d’être mentorés, de tirer un semblant de force d’une puissance tutélaire, aujourd’hui iranienne, hier syrienne...

Je suis sidéré par leur mutisme à l’annonce des trois jours de deuil national décrétés pour un président étranger, comme si c’était le leur.

Je suis sidéré par leur confessionnalisme qui les fait se réclamer de leur identité religieuse plutôt que nationale et prêter allégeance aux partis sectaires correspondants.

Je suis sidéré par leur régionalisme et leur communautarisme qui les rend citoyens de leur région, de leur communauté, de leur village ou de leur quartier plutôt que citoyens du Liban.

Je suis sidéré par leur cécité électorale et leur masochisme qui les font reporter au pouvoir (pour la énième fois) des dirigeants qui les ont volés, dépouillés, ruinés, persécutés et écrasés.

Je suis sidéré par leur faculté d’assister, sans broncher, sans s’horrifier, stoïquement, à la décomposition du cadavre sans tête de leur État, au délitement de leurs institutions, au morcellement de leur administration, aux dérives de leur gouvernement qui n’en finit pas de les « expédier » avec les affaires courantes.

Je suis sidéré par leur réputation de bons viveurs et noceurs au milieu des ruines sécuritaires, sociales et économiques ; par leur insouciance qu’on assimile à l’endurance ou à la résilience.

Je suis sidéré par leur servitude volontaire, leur adoration des leaders communautaires érigés en veaux d’or auxquels ils dédient volontiers leur « âme et leur sang » (bel rouh, bel dam…).

Je suis sidéré par la résignation des déposants qui ont accepté la confiscation ou le vol, de leurs épargnes par des banquiers et politiciens, lesquels ont impunément transféré leur rapine à l’étranger.

Je suis sidéré par l’indifférence d’une bonne partie des Libanais et de certains partis d’opposition aux cris de douleur des victimes et sinistrés de l’explosion du port, abandonnés à leur triste sort, qui demandent en vain justice le 4 de chaque mois.

Je suis sidéré par l’oubli des nombreuses victimes d’attentats politiques dont les assassins courent toujours, ou plutôt se promènent parmi nous en nous narguant ! Sidéré par ce peuple oublieux, par cet engloutissant Oblivion !

Je suis sidéré par l’implantation consentie de colonies de réfugiés syriens qui forment plus du tiers de la population locale, sans compter la proportion alarmante de clandestins, ce qui se traduit par l’effritement du tissu social libanais, outre l’accroissement des taux de chômage, de pauvreté, de délinquance et de criminalité.

Je suis sidéré par les frontières carrément ouvertes avec la Syrie, par les nombreux points de passage illégaux par lesquels transitent – dans les deux sens – armements, stupéfiants, trafics et trafiquants de tout acabit et jihadistes de tout poil, et ce au nez et à la barbe des autorités libanaises.

Comme vous pouvez le constater, je n’en finis pas d’être sidéré ! La liste de mes « sidérations » est longue et inépuisable ! Je préfère m’arrêter là pour ne pas vous fatiguer et pour vous laisser cette impression de « force » libanaise, factice et illusoire.

Des peuples se sont soulevés – notamment le peuple français – et ont renversé des régimes pour beaucoup moins que cela à travers l’histoire ! Voilà la force ! Mais que pouvons-nous espérer d’un peuple débilisé et divisé en peuplades confessionnelles ?

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

« Je suis sidérée par la force des Libanais. » (Catherine Deneuve).Il m’est franchement difficile de comprendre et de partager votre sidération au moment où je suis moi-même sidéré par le silence et l’avachissement des Libanais face à la violation de leur souveraineté nationale par des milices locales et étrangères qui ont décidé de déclarer unilatéralement la guerre à l’ennemi et qui ont transformé le sud du pays en un champ de batailles et de ruines dans le mépris le plus total de la Constitution et des institutions libanaises. À vous votre sidération, chère madame, à moi la mienne. Je ne suis malheureusement pas sidéré par la force de mes compatriotes, mais bien plutôt par son contraire puisqu’ils acceptent que leur État soit privé de son droit d’être le seul décideur en matière de...
commentaires (1)

Beau commentaire merci

Eleni Caridopoulou

17 h 49, le 31 mai 2024

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Commentaires (1)

  • Beau commentaire merci

    Eleni Caridopoulou

    17 h 49, le 31 mai 2024

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