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Campus - DISTINCTION

Une étudiante de l’ALBA-Université de Balamand remporte le Grand Prix du film d’école méditerranéen

« Happy Hours », le court-métrage de master de Yara Gebara, qui exprime les tourments de la jeunesse libanaise d’aujourd’hui, fera partie de la Collection APV-TV5Monde pour le catalogue Marché du Short Film Corner lors du Festival de Cannes.

Une étudiante de l’ALBA-Université de Balamand remporte le Grand Prix du film d’école méditerranéen

Lauréate du Grand Prix « À première vue » – TV5Monde, Yara Gebara sera invitée à participer à la prochaine édition du FIDCampus, une résidence d’une semaine comprenant des ateliers et masters classes, donnés par des professionnels, pendant le FIDMarseille, et ce grâce à la dotation de TV5Monde. Photo DR

Lancée par la Conférence permanente de l’audiovisuel méditerranéen (Copeam), la 3e édition du Prix méditerranéen du film d’école a récompensé, le 3 mai, de jeunes cinéastes venant d’écoles de cinéma et de réalisation du Liban, de la Tunisie, du Maroc et de l’Algérie. Cette compétition a été organisée en partenariat avec TV5Monde, Rai Cinéma, FIDMarseille, le Mucem, la Mostra de València et la Cinémathèque de Tanger.Lorsque son film a été sélectionné pour participer à la compétition aux côtés de 17 autres courts-métrages, Yara Gebara, 24 ans, ne s’attendait pas à remporter le Grand Prix « À première vue » – TV5Monde (ex aequo avec Generous Bodies de Achref Toumi de l’ESAC-Tunisie). « J’ai été surprise à l’annonce du résultat. Mon film a une identité libanaise et relate des détails auxquels il m’a semblé que seuls les Libanais pouvaient s’identifier. Mais je me suis rendu compte qu’il a pu toucher des personnes de différentes nationalités. Et pour moi, c’est ça le vrai succès du film », se réjouit Yara Gebara. Réalisé dans le cadre de son master en réalisation cinéma à l’École de cinéma et de réalisation audiovisuelle de l’Académie libanaise des beaux-arts (ALBA)-Université de Balamand, en 2023, son court-métrage Happy Hours relate les déambulations nocturnes d’un jeune homme entre les bars de Beyrouth, révélant un malaise qui le fait se noyer dans une addiction à l’alcool. Au-delà de l’histoire de son protagoniste, Yara Gebara tente d’exprimer le paradoxe vécu par une partie de sa génération et de révéler ce qui se cache parfois derrière l’envie frénétique qu’ont certains jeunes de faire la fête. La lauréate explique que son drame social tourne autour de trois thématiques principales : le spleen, l’alcool et le temps. « Le spleen baudelairien m’inspire énormément. Durant la phase de crise qui s’est installée au Liban, je voyais comment la jeune génération avait recours aux diverses substances comme échappatoire. J’ai eu envie d’explorer la dynamique entre le spleen et l’addiction à l’alcool. Et j’ai trouvé que « le mal du siècle » de Musset est en fait aussi une thématique qu’on retrouve, à Beyrouth, depuis 2019 », affirme Yara Gebara. D’ailleurs, elle confie que ce qui l’a poussée à réaliser ce film, c’est ce que cachaient les jeunes qu’elle fréquentait ou qu’elle rencontrait, derrière leurs sorties festives bien arrosées. En pleine crise, ils étaient « de plus en plus nostalgiques et mélancoliques », avoue la réalisatrice.

« Happy Hours » relate les déambulations nocturnes d’un jeune homme entre les bars de Beyrouth, révélant un malaise qui le noie dans une addiction à l’alcool. Capture d’écran

Sentiments contradictoires

Yara Gebara évoque également les sentiments contradictoires qui déchirent les jeunes, comme le spleen ou l’envie de quitter le pays, d’une part, et le besoin de croquer la vie à pleine dents et de rester au Liban, de l’autre. « Cette dualité nous fatigue, en tant que jeunes. Il y a toujours un « mais ». On a envie de rester mais, en même temps, les incidents nous poussent à quitter. La dualité nous tiraille constamment, ce qui nous plonge dans un sentiment d’instabilité », révèle-t-elle. Son personnage principal reflète d’ailleurs cette dualité. Il refuse de quitter Beyrouth comme l’ont fait ses amis, tout en étant incapable de se réconcilier avec cette nouvelle ville et de s’adapter aux changements qui y ont eu lieu. « J’ai voulu montrer la relation toxique entre lui et la ville qu’il aime tellement, mais dans laquelle il n’arrive pas à se retrouver et de laquelle il n’arrive pas à sortir. » Avec comme toile de fond une ambiance festive, Happy Hours explore également la solitude. « Plus le personnage principal s’entourait de gens, plus il se sentait seul. Je voulais ainsi créer ce paradoxe entre le monde extérieur qui l’entoure et son monde intérieur. C’est quelqu’un qui a été abattu par les pertes qu’il a subies à cause de la situation et qui s’est retrouvé non seulement seul, mais aussi non entendu et non vu. » Il s’adonne, par conséquent, à l’alcool, y retrouve la solution pour combler son vide et finit par être piégé dans un cercle vicieux. En fin de compte, la Happy Hour finit par durer toute une nuit, toute une vie, sans pour autant mener vraiment le protagoniste sur le chemin de la joie. Yara Gebara rappelle que sa génération, qui a été la plus active lors de la révolte de 2019, a eu du mal à accepter l’amertume de la désillusion, à s’intégrer à la société, à survivre aux diverses difficultés propres aux crises du pays, difficultés auxquelles elle n’y était pas préparée, et ce malgré la pulsion de vie qui l’anime. À travers son film, elle pose un regard noir sur la vie.

Au Liban, « Happy Hours » a été projeté le 14 mai au musée Sursock, dans le cadre du Festival du court-métrage arabe. Affiche du film

« J’essaie de refléter ma vision de la ville : il y a un dégoût, un ras-le-bol, mais, en parallèle, une envie de faire la fête et d’effectuer de nouvelles rencontres tout aussi intrigantes qu’enrichissantes. » Le film se referme, d’ailleurs, sur une note qu’elle a voulue noire. « Il n’y a pas un message d’espoir. Je reflète une réalité qui s’est installée il y a trois ans et qui dure encore jusqu’à maintenant. Je ne pense pas qu’il y aura un changement. C’est plus un cri d’affirmation pour dire qu’on est là, pour partager ce qui se passe avec nous, que j’adresse même à la génération de nos parents qui ne sont pas forcément au courant de ce que nous vivons », affirme la réalisatrice. Celle qui avait réalisé en 2021, Exil, un documentaire à travers lequel elle exprime sa volonté de rester au Liban, a fini par se résoudre à la réalité et s’apprête à quitter pour Paris pour entamer un second master. « On n’a pas le temps d’attendre. On est une génération qui essaie de lutter, de réagir, mais on a le droit de vivre et pas uniquement de survivre », lance-t-elle. Lauréate du Grand Prix « À première vue » – TV5Monde, elle sera invitée à participer à la prochaine édition du FIDCampus, une résidence d’une semaine comprenant des ateliers et masters classes, donnés par des professionnels, pendant le FIDMarseille, et ce grâce à la dotation de TV5Monde. Au Liban, Happy Hours a été projeté le 14 mai au musée Sursock, dans le cadre du Festival du court-métrage arabe.

Lancée par la Conférence permanente de l’audiovisuel méditerranéen (Copeam), la 3e édition du Prix méditerranéen du film d’école a récompensé, le 3 mai, de jeunes cinéastes venant d’écoles de cinéma et de réalisation du Liban, de la Tunisie, du Maroc et de l’Algérie. Cette compétition a été organisée en partenariat avec TV5Monde, Rai Cinéma, FIDMarseille, le Mucem, la...
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