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Lifestyle - Performance

À Salon Beyrouth, Ahmed Amer illustre la culpabilité sur les sons de Claudia Khachan

Il est illustrateur et couturier, elle est musicienne et arrangeuse sonore. Le soir du 9 avril, ils ont créé ensemble, en direct, dans l’intimité de Salon Beyrouth, une fantaisie audiovisuelle, lui dessinant devant un projecteur, elle accompagnant de sons le surgissement des formes. Ahmed Amer et Claudia Khachan voulaient explorer la thématique de la culpabilité. Ils ont noué la gorge à tous leurs spectateurs.

À Salon Beyrouth, Ahmed Amer illustre la culpabilité sur les sons de Claudia Khachan

Ahmed Amer et Claudia Khachan durant leur performance à Salon Beyrouth. Photo Ahmed Amer

Au cœur de Hamra, Salon Beyrouth offre son atmosphère chaleureuse à toutes sortes d’expérimentations musicales et artistiques. Dans ce restaurant-whisky bar flotte l’ombre bienveillante de Issam Abdallah, l’un des fondateurs de l’établissement, par ailleurs photographe pour Reuters et qui fut l’une des premières victimes des bombardements israéliens ciblés contre la presse. Ici, les chats de Beyrouth font comme chez eux, et sa faune artistique de même. À Salon Beyrouth, tous les habitués sont plus ou moins engagés. L’esprit est à la liberté d’expression et à la défense des causes humaines.

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Ce n’est donc pas par hasard que l’illustrateur et créateur de mode Ahmed Amer a choisi Salon Beyrouth pour revenir à l’une de ses disciplines préférées : la performance en direct. Dans la pièce intimiste du lieu, sur la célèbre mosaïque noir et blanc du bar à whisky, l’artiste a donné, avec la complicité de la musicienne Claudia Khachan, sa vision graphique du « sentiment de culpabilité ». Une impro à deux qui a laissé le public gorge nouée tant chacun y a trouvé un écho à ses propres entraves. « C’était une belle nuit magique avec de beaux visages et une bonne énergie », a sobrement commenté Ahmed Amer. Cette représentation, le 9 avril, était le coup d’envoi d’une exposition, jusqu’au 30 mai, des sérigraphies en édition limitée d’Ahmed Amer donnant forme à son expérience du sentiment de culpabilité ou Guilt Feel, titre de cette œuvre polymorphe.

« Je me suis senti en sécurité pour m’exprimer hier soir. J’ai retrouvé le sens de la communauté. Un espace où je peux partager mes pensées et vous montrer un aperçu de mon monde. Cela me manquait de me produire en direct, cela me manquait de faire cela », a commenté Ahmed Amer, qui n’a de cesse de mettre son art à contribution pour plaider toutes sortes de cause humanitaire, dont évidemment la cause palestinienne.

Le travail complémentaire d’Ahmed Amer et Claudia Khachan. Photo Ahmed Amer

Le sentiment de culpabilité, de l’adaptation à la fuite

L’exposition et la performance en direct Guilt Feel sont issues de la série d’histoires Instagram d’Ahmed Amer, qui a recueilli les sentiments de la communauté à l’égard de la culpabilité à travers l’option « Question d’Instagram ». À travers cet événement, Amer souhaite approfondir le thème de la culpabilité, en explorant son impact sur les individus et la société. Tous les tirages exposés montrent la relation d’Ahmed avec la culpabilité, de l’adaptation à la fuite en passant par la lutte et le sentiment de flottement. Amer a collaboré avec Claudia Khachan pour donner une nouvelle dimension à l’expression de ce sentiment. La musicienne est également une nouvelle artiste multidisciplinaire. Ahmed Amer l’a choisie pour faire partie de l’expérience, une belle relation s’étant nouée entre eux deux. « Nous sommes confrontés au chaos le plus fort et le plus profond qui soit, à une nouvelle phase de lutte, à une apathie mentale et sociale. Toutes les peurs, les faiblesses, les insécurités et les cicatrices collectives sont de retour, accompagnées de désirs, de fantasmes, d’amour et d’énergies décuplées. Je trouve que Claudia est une personne intense, qui vit l’exploration de ce concept d’une manière unique, et j’aime beaucoup ça. C’est ainsi que notre amitié a commencé, de l’obscurité au plaisir, de la toxicité au confort, des désirs à l’expression », poursuit encore Amer. Et c’est donc ainsi qu’à Salon Beyrouth, les deux artistes ont joué leur numéro improvisé sur le thème de la culpabilité. Ahmed Amer a fait des croquis spontanés bourrés d’émotion, accompagné par Claudia Khachan qui, de son côté, expérimentait des sons déclencheurs d’images.

Méritons-nous d’être heureux ?

« Qu’il s’agisse de poursuivre nos rêves, de faire une pause ou simplement de profiter des petits plaisirs de la vie, la culpabilité a une façon de s’insinuer en nous qui nous pousse à nous interroger sur notre droit d’en jouir. Nous nous sentons coupables de notre envie de voyager, car nous craignons de laisser nos proches derrière nous. Nous nous sentons égoïstes de vouloir nous amuser alors que d’autres sont en difficulté. C’est comme si nous étions constamment en train de nous remettre en question, de nous demander si nous méritons le bonheur », détaille Ahmed Amer, expliquant le moteur de son projet.

Cette exposition de gravures explore les émotions et les expériences complexes liées à la culpabilité, au désir et à l’abandon. Elle se décline en une série de gravures abstraites, monochromes, composées de plusieurs lignes dont le mouvement reproduit le combat entre le désir et la culpabilité. Au fil des lignes, le dessin capture son encre dans les profondeurs de l’expérience humaine, là où l’individu est le plus vulnérable, où l’on se noie, flotte ou s’adapte à la culpabilité.

Une œuvre d’Ahmed Amer exposée à Salon Beyrouth. Photo Ahmed Amer

Ahmad Amer, héraut de Gaza et lauréat du prix Fashion Trust Arabia

Lauréat du prix Fasion Trust Arabia 2023 dans la catégorie prêt-à-porter, Ahmad Amer est venu à la mode par le biais de l’architecture d’intérieur, commençant sa carrière en tant qu’illustrateur, avant de céder à la tentation de voir ses dessins portés de par les rues. Il reçoit sa formation à Creative Space Beirut, une école de mode gratuite fondée à Beyrouth par Sarah Hermez avec l’aide de Caroline Simonelli. Depuis ses débuts, en 2017, il se sert du vêtement et de l’illustration pour créer des collections-manifestes qui dénoncent tantôt la maltraitance infligée à la terre, tantôt la corruption et la malgouvernance qui ont conduit à l’effondrement du Liban.

Son travail du vêtement se base toujours sur des tissus de stocks. Ahmad Amer veille par ailleurs à ne pas cloisonner ses collections dans le binôme masculin/féminin. La guerre à Gaza a ouvert en lui une plaie profonde, le ramenant à sa première passion, l’illustration, mais exprimée en broderies, comme le dicte sa seconde nature de couturier.

La performance et l'exposition sont produites par George Rouhana.

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