Un portrait du chef du Hezbollah Hassan Nasrallah porté par une femme lors d'une cérémonie dans la banlieue sud de Beyrouth, le 16 février 2024. Photo Reuters / Mohamed Azakir
« C'est notre combat ». C'est ce qu'aurait affirmé en février le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, au chef de la force al-Quds des Gardiens de la révolution iraniens, Esmaïl Qaani, lors d'une réunion, la troisième entre les deux hommes depuis le début de la guerre de Gaza en octobre dernier.
Pour cet article, l'agence Reuters s'est entretenu avec quatre sources iraniennes et deux sources régionales, ainsi qu'avec une source libanaise qui a confirmé l'importance de la réunion entre le chef du parti chiite et le haut-gradé iranien. Deux sources américaines et une source israélienne ont affirmé que l'Iran voulait éviter les répercussions d'une guerre entre Israël et le Hezbollah. Toutes ont requis l'anonymat pour discuter de sujets sensibles. Le département d'État américain, le gouvernement israélien, Téhéran et le Hezbollah n'ont, eux, pas répondu aux demandes de commentaires.
Lors de cette rencontre, Hassan Nasrallah a assuré à M. Qaani qu'il ne voulait pas que l'Iran soit entraîné dans une guerre avec Israël ou les États-Unis et que le Hezbollah se battrait seul, selon plusieurs sources contactées par Reuters. La conversation a porté sur la possibilité d'une offensive israélienne totale au Liban. Une telle escalade pourrait non seulement nuire au parti chiite, mais aussi pousser l'Iran à réagir plus vigoureusement qu'il ne l'a fait jusqu'à présent depuis le 7 octobre, ont déclaré trois des sources, des Iraniens appartenant au cercle intérieur du pouvoir. Selon sept des sources de Reuters, une offensive au Liban pourrait gravement nuire au Hezbollah. L'Iran et son allié libanais sont conscients de ces dangers d'une guerre plus étendue au Liban, ont déclaré deux des sources alignées sur les vues du gouvernement de Téhéran, notamment le risque qu'elle s'étende dans la région et conduise à des frappes sur les installations nucléaires de l'Iran.
Au cours des cinq derniers mois, le Hezbollah, ennemi juré d'Israël, a manifesté son soutien au mouvement palestinien Hamas sous la forme de volées limitées de roquettes tirées à travers la frontière nord d'Israël. Calibrés pour éviter une escalade majeure, ces accrochages ont néanmoins poussé des dizaines de milliers de personnes à quitter leurs habitations de part et d'autre de la frontière. Les frappes israéliennes ont tué plus de 200 miliciens du Hezbollah et une cinquantaine de civils au Liban, tandis que les attaques à partir du Liban contre Israël ont tué une douzaine de soldats israéliens et six civils.
Ces derniers jours, les contre-attaques israéliennes ont gagné en intensité et en portée, alimentant les craintes que la violence ne devienne incontrôlable même si les négociateurs parviennent à une trêve temporaire à Gaza. Des sources de sécurité israéliennes ont souligné précédemment qu'Israël ne cherchait pas à étendre les hostilités, tout en ajoutant que le pays était prêt à se battre sur de nouveaux fronts si nécessaire. Une guerre totale à la frontière nord du pays mettrait à rude épreuve les ressources militaires d'Israël.
« Deux écoles de pensée » en Israël
Selon des analystes, la réunion de Beyrouth met en évidence les tensions qui pèsent sur la stratégie iranienne consistant à éviter une escalade majeure dans la région tout en projetant sa force et son soutien à Gaza dans tout le Moyen-Orient par l'intermédiaire de groupes armés alliés en Irak, en Syrie et au Yémen.
Qaani et Nasrallah « veulent isoler davantage l'Iran des conséquences du soutien qu'il apporte à toute une série de proxies au Moyen-Orient », a déclaré Jon Alterman, du Centre d'études stratégiques et internationales de Washington, en réponse à une question sur la réunion. « Probablement parce qu'ils estiment que la possibilité d'une action militaire au Liban augmente ».
Alors que le Hezbollah a publiquement souligné qu'il cesserait ses attaques contre Israël lorsque l'offensive israélienne à Gaza prendrait fin, l'envoyé spécial américain Amos Hochstein a indiqué la semaine dernière qu'une trêve à Gaza n'entraînerait pas automatiquement un retour au calme dans le sud du Liban. Des diplomates arabes et occidentaux rapportent qu'Israël a exprimé sa ferme détermination à ne plus permettre la présence des combattants du Hezbollah le long de la frontière, craignant une attaque similaire à celle du Hamas.
« S'il y a un cessez-le-feu à Gaza, il y a deux écoles de pensée en Israël et j'ai l'impression que celle qui recommanderait de poursuivre la guerre à la frontière avec le Hezbollah est la plus forte », a estimé Sima Shine, un ancien responsable des services de renseignement israéliens qui dirige actuellement le programme sur l'Iran à l'Institut d'études de sécurité nationale.
Un haut fonctionnaire israélien a, de son côté, reconnu que l'Iran ne cherchait pas à déclencher une guerre totale, notant la réaction modérée de Téhéran à l'offensive israélienne contre le Hamas.
« Première ligne de défense »
Une guerre au Liban qui dégraderait sérieusement le Hezbollah serait un coup dur pour l'Iran, qui s'appuie sur le groupe fondé avec son soutien en 1982 comme rempart contre Israël et pour renforcer ses intérêts dans la région au sens large, ont déclaré deux sources régionales. « Le Hezbollah est en fait la première ligne de défense de l'Iran », selon Abdulghani Al-Iryani, chercheur principal au Centre d'études stratégiques de Sanaa, un groupe de réflexion au Yémen.
Si Israël devait lancer une action militaire d'envergure contre le Hezbollah, Téhéran pourrait se voir contraint d'intensifier sa guerre par procuration, selon les sources iraniennes au sein du cercle restreint du pouvoir. Un responsable iranien de la sécurité a toutefois reconnu que le coût d'une telle escalade pourrait être prohibitif pour les groupes alliés de l'Iran. Une implication directe de l'Iran, a-t-il ajouté, pourrait servir les intérêts d'Israël et justifier le maintien des troupes américaines dans la région.
Compte tenu des liens étroits que Téhéran entretient depuis des décennies avec le Hezbollah, il serait difficile, voire impossible, de mettre de la distance entre eux, a déclaré un responsable américain.
Depuis l'attaque du Hamas contre Israël, l'Iran a approuvé des actions de soutien à son allié à Gaza, y compris des attaques de groupes irakiens contre des intérêts américains. Il a également fourni des renseignements et des armes pour les opérations des rebelles yéménites houthis contre la navigation en mer Rouge. Mais il est resté bien en deçà d'une guerre sans entrave sur plusieurs fronts contre Israël que, selon trois sources palestiniennes, le Hamas s'attendait à ce que l'Iran soutienne après le 7 octobre.
Réunion en Iran avec les commandants des milices
Avant la rencontre de Beyrouth avec Nasrallah, Qaani a présidé une réunion de deux jours en Iran au début du mois de février avec les commandants des milices qui mènent des opérations au Yémen, en Irak et en Syrie, trois représentants du Hezbollah et une délégation des houthis, a affirmé un responsable iranien. Le commandant en chef des Gardiens de la révolution, le général de division Hossein Salami, était également présent. Le Hamas n'était pas présent. « À la fin, tous les participants ont convenu qu'Israël voulait étendre la guerre et qu'il fallait éviter de tomber dans ce piège, car cela justifierait la présence de troupes américaines supplémentaires dans la région », a déclaré le responsable.
Peu après, Qaani a provoqué une pause dans les attaques des groupes irakiens. Au Liban, le Hezbollah a maintenu ses ripostes dans le cadre de ce que les observateurs appellent les règles implicites d'engagement.
Malgré des décennies de conflits par procuration depuis la révolution iranienne de 1979, la République islamique n'a jamais directement combattu Israël, et les quatre sources iraniennes ont fait valoir qu'il n'y avait pas d'intérêt à ce que cela change.
Selon une des sources iraniennes, le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, n'est pas enclin à voir une guerre se dérouler en Iran, où le mécontentement national à l'égard du système au pouvoir a débouché en 2023 sur des manifestations de masse. « Les Iraniens sont pragmatiques et ils ont peur de l'extension de la guerre », a souligné M. Iryani. « Si Israël était seul, ils se battraient, mais ils savent que si la guerre s'étend, les États-Unis seront impliqués ».
Cet article est une version traduite par L'Orient-Le Jour d'un article publié en anglais par l'agence Reuters.




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12 h 11, le 16 mars 2024