Après mûre réflexion, il faut admettre que le plus grand courage n’est pas nécessairement le fait de braver un danger quelconque, mais plutôt de savoir reconnaître un tort et, par la suite, présenter les excuses qui conviennent. Ces excuses, qui sont dues et qui représentent, après tout, les formules de politesse les plus élémentaires.
Pour certains, braver un péril imminent est beaucoup plus aisé que d’exprimer un sentiment de regret ou de repentir.
Soit dit en passant, il arrive même, comble de l’ingratitude, que certains individus trouvent du mal à dire merci. Un simple merci, même expéditif, peut, pour eux, requérir un effort insurmontable.
Maintenant, lorsque le tort injuste et injustifié vise notre chanteuse nationale Majida el-Roumi, ça devient non pas un tort, mais un affront qui touche la nation dans son ensemble, dans sa grandeur et son honneur (grandeur et honneur, pour le peu qui nous reste ces derniers temps, à part la bonne nouvelle de la nomination de M. Nawaf Salam, à la tête de la Cour internationale de justice, qui nous a fortement fait chaud au cœur).
Il a fallu que notre diva nationale dise, à raison, en début de spectacle, à Abou Dhabi, que « nous vivons au Liban les pires cauchemars de notre histoire, à cause de Libanais qui en fait ne le sont pas », pour qu’elle soit traitée de tous les noms par une horde d’armées électroniques, rien de plus malfaisantes.
Un outrage qui provient clairement de ceux bien connus, qui se cachent derrière des comptes fictifs (fake accounts), qui constituent, sur les réseaux sociaux, ces irréductibles « mouches électroniques ». Mouches donc et qui, de surcroît, portent bien leur nom.
Une offense qui n’a pour but que de calomnier à l’encontre de cette dame respectable qui a chanté le Liban dans les quatre coins du globe et qui représente, sans aucun doute, une des fiertés de notre pays, et de la discréditer par le biais du matraquage d’une armada électronique.
Il faut sûrement faire preuve d’empathie envers les autres, mais plus de courage et surtout d’humilité, pour présenter des excuses, faire son mea-culpa et reconnaître ses torts. Sauf si, comme toujours, au regard du contexte actuel d’impunité en vigueur, nous prenons conscience que nous sommes, face à une lâcheté morale croissante.
Nous nous retrouvons, en fin de compte, en train de nous leurrer davantage en nous mettant, encore plus, un doigt dans l’œil, en croyant que le temps des regrets et des excuses reste toujours de rigueur, en cours de validité. La noblesse et la grandeur du repentir et de la contrition sont, en politique, à jamais révolues.
Majida el-Roumi, vous représentez indéniablement pour nous la gloire et la respectabilité. Tandis que pour un insecte insignifiant et fuyant et de surcroît, au bourdonnement répugnant, ça ne peut être que honte, décadence et pauvreté de l’âme.
Michel Antoine AZAR
Avocat à la Cour
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