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Moyen-Orient - Reportage

En Cisjordanie occupée, la technologie et l'intelligence artificielle scrutent la population

A l'aide d'une application téléphonique, les soldats israéliens photographient les visages de Palestiniens. Confrontés à une base de données, l'app leur indique ensuite si la personne doit être arrêtée ou non.

En Cisjordanie occupée, la technologie et l'intelligence artificielle scrutent la population

Les forces de sécurité israéliennes vérifient une voiture qui aurait été utilisée par un Palestinien pour mener une attaque au bélier contre des troupes positionnées près de la colonie de Kiryat Arba à la périphérie de la ville d'Hébron en Cisjordanie occupée, le 1er février 2024, après avoir tiré sur le suspect et l'avoir arrêté pour l'interroger. Photo HAZEM BADER / AFP

Les caméras rotatives sont positionnées aux quatre coins de son toit-terrasse à Hébron, en Cisjordanie occupée. "Elles suivent tous nos mouvements", assure Oum Nasser pour qui cette surveillance dopée à l'intelligence artificielle est "plus difficile depuis la guerre" entre Israël et le Hamas.

"Je suis fatiguée psychologiquement", explique cette Palestinienne de 55 ans qui vit au-dessus du poste de contrôle Abou Al-Rish, point de violences récurrentes au cœur de la vieille ville où les guérites s'imbriquent inextricablement entre rues palestiniennes et enclaves israéliennes.

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Le quartier abrite le Caveau des Patriarches ou mosquée d'Ibrahim, lieu saint pour les juifs et les musulmans, sous la protection de dizaines de soldats israéliens lourdement armés, et autant de caméras. 

Ces dernières sont pour Oum Nasser une intrusion étouffante. "Nous avons essayé de placer des morceaux de bois ou des tissus autour des caméras, afin de préserver notre intimité, mais à chaque fois, l'armée les a enlevés", assure-t-elle. "Un jour, des soldats sont venus prendre nos cartes d'identité et ont dit qu'ils allaient les utiliser pour un système de reconnaissance faciale", rapporte-t-elle. 

A l'inverse, dit Shai Cohen, colon israélien de 23 ans, les caméras "nous aident beaucoup" à nous sentir en sécurité.

Israël s'est positionné comme une "start-up nation" forte de ses outils de cybersécurité, systèmes de surveillance et armements ultra-modernes. Si plusieurs projets civils utilisent la reconnaissance faciale, l'armée en déploie d'autres dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967.

"Loup bleu" 

Parmi eux, l'application dite "Blue Wolf" (Loup Bleu) par laquelle des soldats photographient les visages de Palestiniens avec leurs téléphones, avant que les images ne soient confrontées à une base de données qui indique si la personne doit être arrêtée ou non.

Ce système s'inscrit dans "la stratégie de l'occupation +sans friction+ de l'armée israélienne", explique à l'AFP Sophia Goodfriend, doctorante spécialisée dans l'intelligence artificielle et les droits humains. Il "s'appuie sur une technologie de surveillance automatisée, souvent basée sur l'intelligence artificielle et censée réduire les interactions" entre soldats et Palestiniens. 

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En 2022, s'est ajouté le système "Red Wolf" (Loup Rouge), un logiciel intégré aux postes de contrôle, documenté en mai dernier par Amnesty International.

"Les soldats savent avant même que j'arrive au checkpoint que je suis +rouge+ (...) donc +une menace+", témoigne Issa Amro, militant des droits humains, qui dénonce "une couche d'humiliation supplémentaire. Les photos ont été prises sans notre consentement, nous ne savons pas comment les données sont utilisées".

L'armée a également indiqué fin 2022 tester une technologie de surveillance appliquée à des "moyens de dispersion" d'une foule, développée par la société Smart Shooter. Le dispositif, qui permet de déclencher des tirs, est contrôlé à distance et n'est pas létal, selon l'armée.

"Créer de l'anxiété"

Interrogée par l'AFP sur cet outil et sur le nombre de colonies et de postes de contrôle équipés des systèmes "Wolf", l'armée n'a pas répondu. L'automatisation fait "gagner en efficacité" ce qui "facilite l'occupation" au prix d'une "déshumanisation" des Palestiniens, relève l'ONG israélienne de vétérans Breaking the silence.

"Le propre du système est de créer de l'anxiété et de la peur. Nos comportements et nos déplacements sont scrutés. Il existe aussi un système qui scanne nos plaques d'immatriculation", dénonce de son côté Abdel, un défenseur des droits humains qui utilise un prénom d'emprunt. 

Il habite Jérusalem-est, où la reconnaissance faciale est notamment appliquée, selon lui, pendant les manifestations. "Un jour, lors d'un contrôle, des pages entières de données sont apparues sur la tablette" que consultaient les soldats, ajoute Adel: "Ils m'ont parlé d'une arrestation vieille de plusieurs années et pour laquelle j'avais été innocenté par la justice".

L'ambiance s'est encore tendue depuis le 7 octobre, date de l'attaque du Hamas sur Israël, qui a entraîné la mort de plus de 1.160 personnes, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP à partir de données officielles israéliennes.

En riposte, Israël a lancé une offensive militaire dans la bande de Gaza qui a fait plus de 27.000 morts, en grande majorité des civils, selon le ministère de la Santé du mouvement islamiste palestinien.

A la mi-novembre, des allégations sur l'usage de la reconnaissance faciale ont émergé à Gaza: des vidéos ont montré une foule de Palestiniens fuyant vers le sud en passant à travers des portiques. L'agence palestinienne Wafa a pour sa part fait mention de caméras "intelligentes" dans la cour de l'hôpital al-Chifa.

L'armée, elle, indique "mener des opérations de sécurité et de renseignements" dans le cadre de la guerre. Par le passé, elle avait déjà évoqué des systèmes autonomes, notamment des drones et des jeeps robotisées pour patrouiller le long de la frontière avec Gaza. C'est justement des caméras et des mitrailleuses actionnables à distance que les commandos du Hamas ont détruit en premier, le 7 octobre.


Les caméras rotatives sont positionnées aux quatre coins de son toit-terrasse à Hébron, en Cisjordanie occupée. "Elles suivent tous nos mouvements", assure Oum Nasser pour qui cette surveillance dopée à l'intelligence artificielle est "plus difficile depuis la guerre" entre Israël et le Hamas.

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Une police vicieuse qui n rien à envier à la Gestapo.

Politiquement incorrect(e)

18 h 41, le 06 février 2024

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Commentaires (1)

  • Une police vicieuse qui n rien à envier à la Gestapo.

    Politiquement incorrect(e)

    18 h 41, le 06 février 2024

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