Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole

Il est une terre que même la pluie ignore

Il est une terre

au bord d’une mer calme

où les femmes et les enfants promènent

leurs corps de noyés

emportés au large de la ville

par un tsunami de bombes qui propulsent dans le ciel

et à l’horizon des rues

immeubles et écoles, églises et hôpitaux en dessinant

d’immenses vagues grises aux reflets d’écume sang et or

mixant la terre au feu et la chair au béton

Il est une terre

que même la pluie ignore

où les mères qui dorment avec leurs enfants serrés

dans leurs bras de rivière d’épices

et blottis contre leurs cœurs tumultueux comme la Bésor

ont les membres arrachés de leurs rêves

sous la déflagration de leurs poitrines

écrasées dans le mille-feuille de la nuit effondrée

par le déluge de feu indistinct

de l’armée la plus morale du monde

Il est une terre

trahie par les promesses du soleil

où les femmes apaisent de leurs mains de menthe

leurs enfants brûlés vifs

par la caresse envenimée du phosphore blanc tombé du ciel

comme une malédiction divine sur leur peau de miel

et où elles consolent de leurs mains d’onguents

les moignons encore rougeoyants de la chair de leur chair

amputée court de leur innocence

comme un crime de guerre sur le grand corps de l’humanité

Il est une terre

brisée par la lune des vengeances

où les mères implorent leurs enfants

de ne plus offrir à l’ogre intifada la colère juste du ghetto

de leurs cœurs assoiffés de liberté

de ne plus jeter leur sac de peau et d’osselets gorgé de rage

à la face de l’occupant

de rester près d’elles à jouer à des jeux sages

sans fronde

ni balle dans la tête au bout de l’avenue du jour

Il est une terre

arasée par la haine coloniale

où les femmes pleurent chaque matin les corps

de leurs enfants calmes

alignés comme des offrandes drapées de lumière

sur l’autel de la cour de l’hôpital

que les officines inquisitrices

viennent encore tourmenter jusque dans la tombe

en discutaillant le chiffre exact

du décompte de l’horreur

Il est une terre

barbelée d’oubli occidental

où les mères emmurées dans leur prison de silence et d’azur

voient des bulldozers calmes

ensevelir vivants les ombres allongées

de leurs hommes blessés et de leurs enfants meurtris

dans des charniers bientôt putréfiés par la rancœur

que leurs cris étouffés feront résonner

pour des siècles

et des siècles

Il est une terre

abandonnée des nations

où les femmes, les enfants et les hommes

n’ont plus à manger et à boire que la poussière du chemin d’un nouvel exode

sur lequel le corps martyrisé de tout un peuple avance digne

mais affaibli par les stigmates d’un nouveau génocide

que la chair, le sang, les balles et les missiles

gravent au ciel indélébile de la mémoire humaine

sous un nouveau nom

Palestine

Laurent THINÉS

Poète, neurochirurgien français

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Il est une terreau bord d’une mer calmeoù les femmes et les enfants promènentleurs corps de noyésemportés au large de la villepar un tsunami de bombes qui propulsent dans le cielet à l’horizon des ruesimmeubles et écoles, églises et hôpitaux en dessinantd’immenses vagues grises aux reflets d’écume sang et ormixant la terre au feu et la chair au bétonIl est une terreque même la pluie ignoreoù les mères qui dorment avec leurs enfants serrésdans leurs bras de rivière d’épiceset blottis contre leurs cœurs tumultueux comme la Bésoront les membres arrachés de leurs rêvessous la déflagration de leurs poitrinesécrasées dans le mille-feuille de la nuit effondréepar le déluge de feu indistinctde l’armée la plus morale du mondeIl est une terretrahie par les promesses du soleiloù les femmes apaisent de leurs...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut