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Nos lecteurs ont la parole

Frontières et immigration : histoire d’une violence ordinaire

L’immigration, phénomène intrinsèquement ancré dans l’histoire de l’humanité, est un mouvement naturel et inévitable. Plus qu’une simple réalité sociale, la migration incarne un mandat inscrit dans notre ADN collectif, soulignant la futilité de toute démarche visant à la contenir par des lois strictes.

Chercher à limiter cette dynamique essentielle – contribuant à l’enrichissement culturel, social, mais aussi économique des pays – est une approche qui semble tout aussi absurde et violente que la notion de frontières : des lignes si jeunes, si artificielles, qui nous paraissent pourtant sacrées et immuables.

Avec une frontière, nous ne faisons pas que délimiter des territoires. Nous endossons une charge lourde, celle de cautionner et de soutenir une forme particulière de violence. Car les frontières sont rarement le résultat d’un processus pacifique. Elles sont aussi des cicatrices béantes témoignant de siècles de guerres, d’injustices, ou de compromis entre vainqueurs.

Chaque frontière porte en elle une histoire souvent sombre, marquée par des conflits sanglants et des décisions arbitraires. Elle est le reflet de luttes passées, de conquêtes brutales et de négociations souvent inégales. Une frontière, c’est la narration muette de la violence qui a forgé son existence. C’est ce qui se cache parfois derrière ces belles lignes droites, verticales ou horizontales, tracées par la main de l’homme sur une carte, pour découper et s’accaparer un continent.

La simple reconnaissance d’une frontière implique une adhésion à un récit empreint de violences passées et présentes. Car la frontière, c’est à la fois un produit et un producteur de violence. Au-delà de leur histoire propre, les frontières peuvent être la source de nouvelles tensions. Elles séparent les peuples, engendrent des frictions et alimentent les ressentiments.

Fils d’un émigré libanais, mon arrière-grand-père a vu le jour à New York et a passé ses vieux jours à Saghbine. Mes deux fils ont élu domicile à Paris après avoir grandi au Liban, tandis que mes quatre neveux vivent aux États-Unis et un autre à Toronto. Quant à moi, je soigne les malades dans un hôpital d’Achrafieh, sur une parcelle de France. Le français est la langue de mes songes, l’arabe celle de mes sentiments et l’anglais celle de mes échanges.

Au fil de cette histoire familiale mouvante, qui ressemble à tant d’autres ici au Liban et ailleurs, difficile de délimiter des frontières au tracé propre. N’en déplaise à certains législateurs français…


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

L’immigration, phénomène intrinsèquement ancré dans l’histoire de l’humanité, est un mouvement naturel et inévitable. Plus qu’une simple réalité sociale, la migration incarne un mandat inscrit dans notre ADN collectif, soulignant la futilité de toute démarche visant à la contenir par des lois strictes.Chercher à limiter cette dynamique essentielle – contribuant à l’enrichissement culturel, social, mais aussi économique des pays – est une approche qui semble tout aussi absurde et violente que la notion de frontières : des lignes si jeunes, si artificielles, qui nous paraissent pourtant sacrées et immuables.Avec une frontière, nous ne faisons pas que délimiter des territoires. Nous endossons une charge lourde, celle de cautionner et de soutenir une forme particulière de violence. Car les frontières...
commentaires (2)

Malheureusement ...

Abou Hamad Walid

18 h 38, le 05 janvier 2024

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Commentaires (2)

  • Malheureusement ...

    Abou Hamad Walid

    18 h 38, le 05 janvier 2024

  • Vous avez raison

    Eleni Caridopoulou

    16 h 51, le 05 janvier 2024

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