En réponse au député FL Pierre Bou Assi qui a eu l’amabilité de répondre le 29 novembre dans « L’OLJ » à mon texte du 8 novembre 2023 publié également dans la « L’OLJ », « Pourquoi les FL devraient changer de nom ».
La réponse du député FL Pierre Bou Assi promeut l’amorce d’un débat démocratique respectueux et enrichissant pour nos concitoyens et observateurs internationaux. À cet effet, je tiens à le remercier et le féliciter pour la tonalité et la forme.
Aborder cette thématique du nom pour un parti politique est un des éléments d’une stratégie de moyens pour servir une vision politique d’ensemble et mettre en œuvre un modèle cible tant politique que socio-économique.
Samir Geagea reconnaît que les FL, fussent-elles le groupe actuel le plus important à l’Assemblée, éprouvent un besoin résolu et pressant de s’ouvrir et de mutualiser les efforts avec des indépendants, des membres de la contestation d’octobre 2019 et d’autres formations politiques. Il l’exprime clairement dans son échange avec François-Xavier Bellamy, député PPE de l’Union européenne, membre du parti Les Républicains de France. Ce débat fut animé et restitué par une brillante Maya Khadra, sympathisante FL, femme de lettres, spécialisée en psychanalyse et narratologie. L’ouvrage met en lumière le diagnostic et les axes de réflexion du responsable des FL affirmant l’impuissance d’appliquer un programme et une feuille de route à travers un Parlement fragmenté et disparate. D’où la nécessité de rassembler pour engager les réformes indispensables. Il est à noter que le PPE est le Parti populaire européen, positionné à droite, ayant noué un partenariat avec les FL, ce qui est un atout pour le parti souverainiste libanais. FX Bellamy est issu de la sensibilité souverainiste du parti des Républicains de France qui comporte plusieurs composantes, notamment des socio-gaullistes, des orléanistes, des bonapartistes, des chrétiens-démocrates, et une frange de libéraux et des « souverainistes compatibles ».
Je fus agréablement surpris par les références de Samir Geagea relatives au grand écrivain Bernanos, le philosophe Hegel et le psychanalyste Jung, ainsi que le sens du sacrifice en adhérence avec l’école de pensée du stoïcisme dans son chemin de croix lors d’un supplice dans les geôles ayant duré 11 ans.
Fort de ce constat, je serais coi si ce même Samir Geagea n’était pas disposé à étudier sereinement cette proposition de changement de nom des FL sans en changer le contenu de la bannière pour fédérer le plus grand nombre et se donner une puissance de propulsion politique visant à terrasser le Hezbollah et ses alliés dans l’hémicycle et le jeu d’influence en démocratie. Un atelier de réflexion à architecture ouverte pourrait être le fruit d’une belle initiative pour un adoucissement du nom du parti et de sa signification en phase avec les mécanismes de la démocratie et en résonance avec des nations respectables au régime parlementaire, présidentiel ou de monarchie constitutionnelle où la liberté est un pilier cardinal. Il a été affirmé par M. Bou Assi que ces propositions provenaient de personnes qui ne sont pas partisanes ou membres FL, subodorant un discrédit à ces idées. Je m’autorise à exprimer précisément le contraire. Il est de meilleure pratique pour l’effervescence des préconisations à valeur ajoutée d’émaner de l’extérieur pour éviter l’entre-soi hermétique où l’ambition personnelle ou électorale pourrait obscurcir une vision plus large et inclusive. Le repli sur soi est mortifère en politique. L’objectif est de surmonter donc l’hubris du sectarisme, il suffit d’étudier les parcours des mouvements politiques les plus lumineux et de s’en inspirer.
Bâtir un argument émanant d’un raisonnement par pure analogie compromet la rigueur du débat. Se référer aux noms intemporels des partis américains depuis leurs fonts baptismaux ne constitue pas un argument sagace et judicieux, avec tout le respect que j’ai pour un élu FL du peuple. Pourquoi ? Le problème des noms du parti Les Républicains ou du Parti démocrate des États-Unis ne se pose même pas, il n’est donc pas nécessaire de les amender. Leur sémantique et leur portée lexicale sont consubstantielles aux mécanismes démocratiques et sont compatibles avec les principes fondamentaux de gouvernance et d’équilibre des pouvoirs. Contrairement à « forces » ou « front », le signifiant lacanien de républicains et de démocrates ou bien, au Royaume-Uni, de conservateurs et travaillistes n’a aucune connotation d’affrontement, de guerre ou de violence, il est caractérisé par la neutralité au service du droit, œuvrant au bien public et à la raison d’État.
Bien plus encore, le nom « forces »... ou « front »... nous renvoie une image d’archaïsme et d’autocraties rétrogrades, et non pas de bienséance ou de délicatesse dans une vraie démocratie. Les philosophes grecs de l’Antiquité chers au leader des FL prônaient déjà la puissance de la douceur pour un fonctionnement sain d’une civilisation d’échanges et de respect. Ces vocables évoquant la ou les forces ainsi que le front sont donc incompatibles avec l’esprit du débat, de la démarche de persuasion, d’échanges, de fertilisation croisée et de la physique des arguments. Les FL risqueraient sinon d’être considérées comme ces mouvements issus de la tyrannie de la force au lieu du droit et s’amalgameront dans la perception occidentale comme c’est parfois le cas avec des formations fanatiques ou d’ultradroite.
Dans l’hyperpuissant Empire romain, créateur des sciences militaires les plus sophistiquées, mais aussi des principes du droit et de la république, l’illustre sénateur Cicéron, une référence pour Churchill qui le consultait à chaque décision névralgique à prendre, répondait contre Pison : « Le glaive doit céder le pas à la toge. » Un poème dans cet esprit fut même rédigé en hommage au décès de Cicéron.
Je crains que vous ayez mal saisi ma pensée, Monsieur le Député, je n’ai pas stipulé comme postulat que changer de nom pour un parti est un gage de réussite. Je formulais que pour certains noms dont les signifiants n’appellent pas au droit et à la démocratie, il convenait d’étudier et d’évaluer la possibilité de modifier de nom.
Exhiber et pavoiser l’oriflamme des FL et chamarrer les drapeaux avec les écriteaux FL immuables et éternels serait très bien accueilli et approprié lors des commémorations ou célébrations mémorielles. Le sigle demeurera impérissable et insubmersible dans sa dimension symbolique et patriotique. C’est uniquement dans le champ politique que le nouveau nom paisible devrait retentir et se faire apprivoiser.
En conclusion, cette humble préconisation de changer de nom mériterait d’être soumise à la lucidité et au discernement du conseil politique des FL et à leur chef Samir Geagea. Il s’agit d’un prérequis, d’une condition nécessaire mais certainement pas suffisante. Pour reprendre votre belle allégorie florale, les racines de l’arbre peuvent être renforcées et enrichies sans être sciées ou dénigrées, c’est un savoir-faire séculaire japonais qui s’étend jusqu’à la composition des fleurs et leur arrangement harmonieux. Le jardinier de Voltaire dans son Candide représente bien la nécessité de cultiver les plantations à l’infini. Enfin, cette intervention il y a quelques années d’Amin Maalouf est éclatante de vérité : « On peut avoir des racines, mais pas forcément dans le sens végétatif du terme. »
Par conséquent, les FL éviteraient de buter sur le plafond de verre ou d’être englouties dans le tonneau des Danaïdes.
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Ce n’est peut être pas tant le nom des Forces Libanaises que leur caractère confessionnel qui les empêche de rassembler. Avant de changer de nom, ils ont besoin de changer de programme et de leader pour espérer séduire autrement que par la peur sectaire existentielle qui alimente traditionnellement leur popularité .
11 h 09, le 30 décembre 2023