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Culture - Événement

À Paris, Adab, un festival consacré à la littérature arabe contemporaine

Entre le 8 et le 10 décembre, à Paris, se tiendra le festival littéraire Adab, organisé par l’iReMMO (Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient), dédié aux nouvelles écritures arabes, à la Maison de la poésie. L’occasion de découvrir des auteurs émergents aussi variés que stimulants.

À Paris, Adab, un festival consacré à la littérature arabe contemporaine

L'affiche du festival Adab. DR

Entretiens, ateliers d’écriture, lectures, projections cinématographiques, la programmation du festival Adab qui se déroule du 8 au 10 décembre à Paris est prometteuse pour une première édition. « Les années précédentes, nous avons participé au Maghreb-Orient des livres qui était un Salon du livre, cette année nous avons lancé notre propre événement, qui met à l’honneur les littératures arabes contemporaines, depuis les révolutions », précise Martine Gillet, en charge de la programmation de cet événement organisé à la Maison de la poésie par l’iReMMO (Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient). «L’idée est de mettre en lumière des artistes peu connus en France, comme Souhaib Ayoub, qui vit en France depuis des années mais dont le travail est peu visible car ses textes sont rédigés en arabe. L’objectif serait qu’il puisse être traduit, ses textes sont magnifiques », surenchérit Anne Millet, qui a coordonné l’organisation de l’événement, soucieuse de placer la littérature arabe au cœur de la ville, dans un endroit prestigieux.

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Au programme, des rencontres attendues, comme celle avec les romancières Iman Mersal et Adania Shibli. «Leur entretien concernera avant tout la question de la langue, toutes deux vivent en Occident depuis plusieurs années mais elles continuent à écrire en arabe, et il s’agira de s’articuler les notions de langue et d’exil. Iman est une romancière très connue en Égypte, la traduction de son roman Sur les traces d’Enayat Zayyat par Richard Jaquemond a d’ailleurs été primée en 2021. Deux des romans de l’auteure palestinienne Adania Shibli ont été traduits en français dans la collection Sindbad, notamment Un détail mineur », ajoute Anne Millet, en évoquant l’ouvrage pour lequel la romancière devait recevoir un prix à Francfort mais qui a été annulé. « Cette décision est liée au contexte politique du Moyen-Orient, il y a beaucoup de censure en Allemagne pour ce qui concerne la Palestine. Le roman raconte l’histoire d’une femme palestinienne bédouine qui est violée par des soldas israéliens en 1947, puis celle d’une jeune femme qui enquête sur les faits. Cet événement s’inspire d’une histoire vraie, documentée par des historiens. Ce texte court est très bien écrit », ajoute la coordinatrice d’Adab. 

Si la langue et l’exil sont des fils conducteurs essentiels, la guerre est également de la partie, avec un entretien, dimanche 10 décembre à 18 heures entre deux écrivains, dont les ouvrages récents évoquent leur expérience libanaise. « Selim Nassib et Olivier Rohe écrivent en français et sont plus accessibles ici, ils proposent deux angles différents sur la guerre du Liban. Dans Le tumulte, Nassib relate sa couverture des événements pour Libération, lui qui revient dans le pays où il a passé son enfance et une partie de sa jeunesse. Dans Chant balnéaire, Olivier Rohe revient sur une période troublée où lui et sa mère se sont réfugiés dans une station balnéaire », précise Anne Millet.

Souhaib Ayoub, journaliste, écrivain, peintre et artiste libanais à la voix singulière. Photo Nora Rupp

Tripoli, sa robe de satin et ses minorités 

Souhaib Ayoub interviendra à plusieurs reprises au cours du festival, il animera un atelier d’écriture et un autre adressé à la jeunesse, puis, le samedi 9 décembre, il proposera la lecture de l’un de ses textes, récemment mis en scène par Rabih Mroué et Lina Majdalanie, sous le titre Hartaqat, autour de l’expérience insolite d’être habité par un lieu plutôt que de l’habiter, dans la double perspective qu’offre l’exil. Le public pourra ensuite s’entretenir avec le journaliste, écrivain, peintre et artiste dont la voix est singulière. Son premier roman, L’homme de satin (Hachette Antoine, 2019) n’a pas été traduit en français. « Mon personnage est homosexuel et se fait tuer en 2014, son histoire est intimement liée à celle de sa ville, Tripoli, pleine de contradictions, et en proie à de vives transformations sociales et politiques, de 1947 à nos jours », précise l’écrivain avec ferveur. « Il s’agit d’un personnage marginalisé et, à travers lui, se profilent les entités minoritaires dans ce tissu urbain, les juifs, les chrétiens, les alaouites… La galerie de personnages est vaste, pas moins d’une quarantaine », confie-t-il en souriant. Le texte est fluide et les scènes de la vie quotidienne truculentes, avec des dialogues dans une langue orale qui reprend les tournures syntaxiques du Nord. L’enjeu majeur n’est pas l’homosexualité, mais plutôt la trajectoire tragique d’un homme qui n’a pas réussi à trouver sa place dans un Orient discriminatoire.

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Il sera également question du deuxième roman de l’auteur, à paraître prochainement, Les loups de la famille. « Un garçon de douze ans parle de l’immeuble où il habite et où se déroulent des crimes mystérieux. Le texte a reçu le prix Production Awards 2021, de l’organisme Mawred », ajoute l’artiste aux cheveux fous, qui a commencé à écrire dans sa ville natale, où il organisait des ateliers d’écriture. Souhaib Ayoub voyage au gré des résidences littéraires, des performances, des ateliers d’écriture qu’il anime et des performances qu’il propose, mais la ville de Tripoli ne le quitte pas. « J’ai commencé mon troisième roman, Le Lac de la douleur, c’est un homme d’une cinquantaine d’années qui arrive en France, et qui est à la recherche d’une mystérieuse photo, prise à Tripoli. En filigrane, c’est l’histoire des orthodoxes de la ville qui se dessine », annonce l’écrivain, qui rédige en parallèle un texte théâtral, dont le titre peut laisser imaginer tous les scénarios, Thérèse… Un autre de ses écrits romanesques est en cours, le parcours d’un transsexuel dans le milieu des travailleurs du sexe des années 30, intitulé Dolce Vita. Nous ne révélerons pas dans quelle ville se déroule l’intrigue.

Le programme du festival Adab est accessible sur le site de l’iReMMO (http://iremmo.org), sur sa page Facebook et son compte Instagram. 

Entretiens, ateliers d’écriture, lectures, projections cinématographiques, la programmation du festival Adab qui se déroule du 8 au 10 décembre à Paris est prometteuse pour une première édition. « Les années précédentes, nous avons participé au Maghreb-Orient des livres qui était un Salon du livre, cette année nous avons lancé notre propre événement, qui met à l’honneur les...

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