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Société - Paléontologie

Le moustique le plus vieux du monde est libanais

La découverte, par le Pr. Dany Azar, d’une nouvelle sous-famille dans de l’ambre de 130 millions d’années, constitue une première mondiale.

Le moustique le plus vieux du monde est libanais

L'un des deux spécimens de moustiques mâles découverts par Dany Azar au Liban, piégé dans l'ambre depuis 130 millions d'années. Photo fournie par Dany Azar

Dans sa prison d’ambre dorée, un moustique préhistorique paraît intact, comme s’il allait déployer ses ailes pour prendre son envol. En fait, cet insecte est mort il y a quelque centaines de millions d’années, prisonnier de l’ambre qui l’a préservé. Du fait de son âge vénérable, sa découverte dans la région de Hammana-Mdeirej (Metn), annoncée au grand public ce 5 décembre par le paléontologue et géologue Dany Azar, constitue un événement. Le spécimen fossilisé appartient à une sous-famille jamais identifiée auparavant et les caractéristiques qu’il présente apportent des éléments nouveaux à notre connaissance de l’évolution des insectes.

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Son histoire a commencé il y a une quinzaine d’années, quand Dany Azar a trouvé deux spécimens de moustiques en même temps qu’un grand nombre d’insectes piégés dans de l’ambre, dans la région de Hammana. « Au début, nous avions cru qu’ils étaient d’une autre famille d’insectes, celle des « Chaoboridae » (famille de diptères dans la superfamille des « Culicoidea », à laquelle appartiennent aussi les moustiques) », raconte le paléontologue. N’étant pas considérés à l’époque comme une priorité, ces deux spécimens ont dû attendre leur tour pour être sélectionnés, nettoyés, taillés, polis, montés entre deux lamelles et étudiés au microscope.

« C’est là que nous nous sommes aperçus qu’il s’agissait de moustiques et non de chaborides », poursuit le chercheur. Cette nouvelle espèce est identifiée pour la première fois au Liban et seulement dans ce pays, d’où le fait qu’elle porte désormais son nom, Libanoculex .

Quand les mâles piquaient

Cette découverte capitale fait l’objet d’un article scientifique dans la revue « Current Biology », qui vient d'être publié par le paléontologue libanais et d’autres chercheurs français, chinois et américain. Et elle est sensationnelle à plus d’un titre. « Le premier facteur essentiel est l’âge de ces fossiles que nous avons pu dater à environ 130 millions d’années. Jusque-là, les fossiles de moustiques les plus anciens avaient été découverts en Birmanie, et datés à 99 millions d’années, explique le Pr. Dany Azar.

Une reconstitution de l'environnement naturel dans lequel a dû vivre ce moustique durant le Crétacé inférieur. Photo fournie par Dany Azar

L’autre surprise est venue de l’étude des caractéristiques particulières de ces insectes mâles. « Nous savons que chez les moustiques modernes, c’est uniquement la femelle qui pique, notamment quand elle est fécondée, parce qu’elle a besoin des protéines contenues dans le sang pour développer ses œufs », souligne le paléontologue. Or les deux spécimens du Crétacé n’en présentent pas moins des caractéristiques qui n’ont jamais été constatés chez des moustiques mâles : des pièces buccales de type hématophages, soit des structures dures et pointues avec plein de petits denticules qui servent de toute évidence à percer et cisailler la peau. « Cela est très intrigant et étonnant dans l’histoire évolutive des insectes, reconnaît le Pr. Dany Azar. Cela veut dire que ces insectes étaient à la base essentiellement hématophages, mâles et femelles, et qu’ils ont abandonné cette source d’alimentation au cours de leur évolution. »

Les plantes, plus nutritives que le sang

Alors pourquoi ces moustiques mâles de 130 millions d’années s’abreuvaient-ils du sang d’autres êtres vivants ? Un élément de réponse peut être trouvé dans l’environnement de leur époque. Le Crétacé inférieur a vu l’apparition des plantes à fleurs, une évolution écologique majeure. « On peut penser qu’avec l’arrivée de nouvelles sources de nourriture, ces insectes avaient renoncé à se sustenter du sang des autres », dit-il. Car la vie d’un insecte hématophage n’est pas de tout repos : il risque beaucoup en s’approchant de créatures bien plus volumineuses que lui . Sans compter que le sang est surtout une source de protéines, et il faut dépenser beaucoup d’énergie pour en tirer des éléments nutritifs. Alors que les plantes sont une source plus sûre et plus rapide d’apport énergétique constitué essentiellement par des nectars et des sucres.

« Nous espérons trouver davantage de spécimens de cette même sous-famille, et préférablement des femelles, afin de pouvoir compléter notre étude », estime Dany Azar.

Le Pr Dany Azar au cours d'une conférence de presse en Chine pour annoncer cette première mondiale. Photo DR

L’ambre libanais, lié aux plantes à fleurs

Une découverte de cette importance vient souligner une fois de plus les caractéristiques uniques de l’ambre libanais, l’un des plus vieux du monde puisqu’il date de cette fameuse ère d’apparition des plantes à fleurs. « Énormément de chercheurs se rendent en Birmanie pour étudier l’ambre, alors que le nôtre est plus vieux et les gisements plus riches en raison du climat tropical qui régnait en ce temps-là au nord-est du Gondwana (supercontinent antique), sur les rives du paléo-océan Téthys », affirme le chercheur. « Preuve en est, nous avons, à ce jour, pu identifier plus de 400 espèces dans moins de cinq kilos d’ambre ! »

Il déplore pourtant le manque de stabilité sécuritaire qui porte préjudice à l’étude du potentiel scientifique remarquable du pays. « Au début de l’ouverture du front du Sud suite à l’éclatement de la guerre entre Israël et Gaza en octobre, nous avions programmé une expédition internationale de fouilles de fossiles dans la région de Jezzine. Si son travail s’est avéré très fructueux et donnera lieu à au moins une vingtaine de publications scientifiques, les experts ont dû quitter le pays précipitamment. C’est dommage… »

La tête de l'un des spécimens vue au microscope. Photo fournie par Dany Azar

Dans sa prison d’ambre dorée, un moustique préhistorique paraît intact, comme s’il allait déployer ses ailes pour prendre son envol. En fait, cet insecte est mort il y a quelque centaines de millions d’années, prisonnier de l’ambre qui l’a préservé. Du fait de son âge vénérable, sa découverte dans la région de Hammana-Mdeirej (Metn), annoncée au grand public ce 5 décembre...

commentaires (8)

- L,AMOUR PROPRE AYANT PERDU, - ET LA DIGNITE PUDIQUE, - NOUS RECHERCHONS NOTRE DU, - EN L,IMAGE D,UN MOUSTIQUE !

LA LIBRE EXPRESSION

10 h 43, le 06 décembre 2023

Tous les commentaires

Commentaires (8)

  • - L,AMOUR PROPRE AYANT PERDU, - ET LA DIGNITE PUDIQUE, - NOUS RECHERCHONS NOTRE DU, - EN L,IMAGE D,UN MOUSTIQUE !

    LA LIBRE EXPRESSION

    10 h 43, le 06 décembre 2023

  • exact, Gros Gnon:)...et il est pire qu un moustique.

    Marie Claude

    19 h 27, le 05 décembre 2023

  • "… Le moustique le plus vieux du monde est libanais …" - Le président de la Chambre des députés aussi…

    Gros Gnon

    18 h 31, le 05 décembre 2023

  • WOW

    Wow

    12 h 32, le 05 décembre 2023

  • Hep, m’sieur Dany, surtout ne pas le décongeler pour risquer de nous ressortir le covid de l’époque, merci…

    Gros Gnon

    06 h 48, le 05 décembre 2023

  • Moustique? Z'êtes sûr ??? Paz 1 politicien libanais???

    Wlek Sanferlou

    05 h 00, le 05 décembre 2023

  • Rien d’étonnant a ce que cette sale bestiole soit née au Liban…

    Mago1

    03 h 13, le 05 décembre 2023

  • LOL… Il ne manquait plus que ceci à rajouter sur le dos des libanais…. Le moustique… le parasite le plus détesté au monde. ?…

    LE FRANCOPHONE

    00 h 43, le 05 décembre 2023

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