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Nos Lecteurs ont la Parole

Voilà pourquoi les Forces libanaises ne vont pas changer de nom

Nous avons été interpellés par le texte paru dans la rubrique Courrier de votre journal sous la plume bienveillante de M. Marcel Bejjani. « Pourquoi les Forces libanaises devraient changer de nom » en est le titre. L’élégance du verbe ainsi que la délicatesse des propositions exprimées nous poussent à échanger publiquement et sereinement avec lui.

Le conseil de changer le nom de notre parti, les Forces libanaises, ne date pas d’hier. L’idée était en filigrane après la déposition des armes en 1991, pendant l’incarcération du président du parti, le Dr Samir Geagea, de 1994 à 2005, tout comme après sa sortie de détention… Ces propositions avaient deux caractéristiques : elles n’émanaient jamais de nos partisans, elles avaient toutes la même justification. M. Bejjani en est l’éminente illustration. L’argument a toujours été fondé sur trois éléments de base. Le passé belliqueux des Forces libanaises et la perception qui entache son image, tout comme la possibilité d’attirer davantage de soutien. Les liens avec la communauté internationale n’en seront que renforcées. Plusieurs exemples du spectre politique à l’international viendront étayer cette thèse. Commençons par la communauté internationale. Nous avons un réseau de contacts à l’international sensiblement jamais égalé par un parti de l’histoire du Liban. La communauté internationale est consciente que, pendant la guerre, les belligérants font la guerre. Au plus profond de leur mémoire collective, ils savent pertinemment à quoi s’attendre. Ils sont tous passés par là. « Ohé ! les tueurs, à la balle ou au couteau, tuez vite ! » Ce n’est pas l’hymne des Forces libanaises mais celui des résistants français pendant la Seconde Guerre mondiale. Quant à la capacité d’attirer ou de ne pas attirer du soutien populaire, il est à signaler que d’un mandat à l’autre, grâce à notre probité et notre détermination à préserver la souveraineté du Liban et les intérêts de son peuple, nous avons réussi à passer de cinq députés à huit puis treize et dix-neuf maintenant, formant ainsi le plus grand groupe parlementaire.

Les nombreux exemples cités par M. Bejjani, soulignant la réussite de partis français à attirer un plus grand électorat grâce à leur changement de nom, méritent que l’on s’attarde dessus. Commençons par les partis de centre-droite français, RPR, UMP, Les Républicains. Leur changement de nom serait-il lié à l’objectif d’être davantage inclusifs ou bien de préparer le terrain à l’ambition présidentielle des différents chefs qui se succèdent ? N’est-ce pas le cas de MM. Chirac et Sarkozy ? Il faut se rendre à l’évidence de l’échec retentissant des Républicains aux législatives. Quant à Mme Le Pen, rien ne dit que c’est le changement de nom qui lui a valu son essor. Une profonde crise identitaire secoue la France depuis des décennies. En 2018, le nom du Front national a été remplacé par Rassemblement national. Or, sous l’étiquette du Front national fondé en 1972, Jean-Marie Le Pen est arrivé à trois reprises quatrième au premier tour des élections présidentielles. En 2002, il arrive deuxième face à Jacques Chirac, devançant Lionel Jospin. Le Parti socialiste en France a gardé son nom depuis 1969. Cela ne l’a pas empêché de faire élire François Mitterrand à deux reprises et d’imposer la cohabitation entre Jospin et Chirac.

Qu’en est-il des partis anglo-

saxons ? Le Parti démocrate américain a été fondé en 1828. Le Parti républicain en 1854. En Grande-Bretagne, les libéraux ont été fondés en 1859. Leurs rivaux, les travaillistes, en 1900…

Tout cela pour dire, cher ami, qu’il n’y a, empiriquement, pas de lien entre le nom, la longévité et la représentativité d’un parti. Certains partis ont changé de nom. D’autres pas. Cela n’a jamais été décisif pour la survie et la capacité d’attraction d’un groupe politique. Changer le nom d’un parti n’est ni un tabou ni une recette magique. Il va sans dire que nous sommes fiers de nos militants qui évoluent avec l’époque. 18 321 parmi eux ont participé aux élections internes du parti il y a quelques semaines. Est-ce que nous réussissons à attirer la jeunesse ? Il n’y a qu’à voir les élections dans les universités pour en tirer une conclusion. Est-ce que nous pourrions perdre tous nos militants et les gens qui nous font confiance ? Évidemment, justement quand on ne leur inspire plus confiance. Notre crédibilité, notre attachement à nos racines et notre vision d’avenir sont notre seul crédit. Le marketing politique peut gagner une élection. Il ne peut jamais gagner une cause. Tout arbre a besoin d’être taillé pour croître, mais on taille les branches, pas les racines.

Cher Monsieur, pour tout cela, nous vous disons en toute amitié : « Voilà pourquoi les Forces libanaises ne vont pas changer de nom. »

Pierre BOU ASSI

Député FL

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Nous avons été interpellés par le texte paru dans la rubrique Courrier de votre journal sous la plume bienveillante de M. Marcel Bejjani. « Pourquoi les Forces libanaises devraient changer de nom » en est le titre. L’élégance du verbe ainsi que la délicatesse des propositions exprimées nous poussent à échanger publiquement et sereinement avec lui. Le conseil de changer le...

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