Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole

Pourquoi les FL devraient changer de nom

Pour que les FL puissent avoir un nouvel élan politique rassembleur et fécond, il convient de trouver une nouvelle enseigne, un nouveau nom tout en préservant son corpus idéologique et programmatique.

Lacan écrivait que le nom est un signifiant. Le marketing politique a adopté ce concept psychanalytique et l’a adapté, l’érigeant en facteur-clef de succès.

Le nom « Forces libanaises » est belliqueux, guerrier et inapproprié aux mécanismes de la démocratie, au cénacle du débat, du jeu de pouvoirs et de contre-pouvoirs politiques. Plus encore, il est quelque peu suranné, voire déphasé dans un paysage politique actuel toujours à la quête d’une convergence pour traiter à bien les enjeux existentiels. Être acteur politique pour définir une feuille de route liée au destin du pays se doit d’abandonner son treillis et sa parure de combattant pour revêtir la tunique du législateur et des représentants de l’État dans ses différents rôles et responsabilités.

Se baptiser parti démocrate chrétien ou parti populaire démocrate, ou parti libéral souverain, ou par d’autres noms met en lumière une sérénité et un message intégrateur et inclusif, à tonalité étatique, d’autant que le nom de Forces libanaises est réducteur dans un contexte de relance.

Le nom de Forces libanaises faisait sens à l’époque de la résistance militaire à l’occupant syrien, à ses acolytes et à l’Organisation de libération de la Palestine. Aujourd’hui, ce nom effleure le folklore décalé dans son exercice parlementaire, il est urgent de s’y affranchir. Le parti gaulliste de France a changé plusieurs fois de noms pour s’ouvrir à d’autres horizons, pour l’union des vitalités et des bonnes volontés ayant un projet commun. Il a enfin réussi à assembler un éventail de sensibilités et courants défendant les intérêts et les valeurs supérieurs de la nation.

Le parti politique gaulliste ne s’est jamais appelé Forces françaises libres bien que toute la France commémore solennellement et fidèlement les faits historiques, militaires et héroïques de la résistance. Le parti gaulliste est devenu RPF, puis RPR, ensuite UMP et enfin Les Républicains. Il ne puise pas sa légitimité intemporelle exclusivement de ses faits d’armes d’antan, il a contribué vigoureusement à l’essor de la France dans toutes ses dimensions. Le parti de la droite nationale française présidé par Marine Le Pan a eu la finesse d’abjurer et de convertir le nom Front national en Rassemblement national. Et depuis cette modification de nom, ce parti gagne et conquiert de plus en plus de sièges de députés et d’élus. De surcroît, il a réussi à débaucher des politiques du parti gaulliste et de la social démocratie.

En outre, le nom de FL est mal perçu par les chancelleries occidentales et les diplomaties dans les instances internationales. Il est passéiste, il évoque la guerre, les exactions, parfois injustement, abusivement et sans mettre en contexte les massacres abominables des camps palestiniens de Sabra et Chatila perpétrés par une frange des FL. Le nom des FL véhicule donc pour certains acteurs des démocraties occidentales une mauvaise image. Il est temps donc que les FL consentent à ne plus se figer dans un passé qu’elles estiment glorieux en s’ankylosant dans une mémoire fut-elle honorable à bien des égards. Son histoire ne peut cautionner sa pérennité politique et son message d’apaisement, elle risque de brider ses projections et ambitions fédératrices qui visent à construire un consensus démocratique sur les projets essentiels du pays

En complément, les FL devraient justement se régénérer et se différencier du processus du Hezbollah qui conserve son nom dans le jeu politique, nourrissant sa légitimité uniquement dans ce qu’il considère sa cause immuable, sa résistance contre l’État d’Israël.

Dans cet esprit, il est primordial de ne pas se laisser assoupir et bercer en permanence par une nostalgie élégiaque imprégnée de cet orientalisme touchant, mais quelque peu stérile et parfois névrotique. Délivrées de ce deuil et de cette expiation incantatoire, elles se doteraient de ce feu sacré propre aux bâtisseurs d’avenir.

Il est vrai que les FL sont une institution qui s’agrège âprement à l’identité libanaise et au récit national. Dans le même temps, les FL attitrées de leur nouveau nom seront le parti politique des transformations majeures, des défis-clefs, du renouveau, de l’assainissement des comptes et du redressement de la solvabilité et de l’attractivité du pays. Pour ce faire, ce parti démocrate né des FL mobilisera toutes les ressources du pays et en dehors du pays pour devenir un pôle de compétences inépuisable du savoir-faire et du savoir-être.

De cette sorte, les FL, pourvues d’atouts indéniables, demeureraient conformes à leurs valeurs originelles d’ouverture et d’arrimage aux meilleures pratiques des démocraties occidentales, japonaises, sud-coréennes et taïwanaises. Affublées de leur nouveau nom, elles porteraient ce message d’espérance qui fera tressaillir les nouvelles générations.

Pour que les FL puissent avoir un nouvel élan politique rassembleur et fécond, il convient de trouver une nouvelle enseigne, un nouveau nom tout en préservant son corpus idéologique et programmatique.Lacan écrivait que le nom est un signifiant. Le marketing politique a adopté ce concept psychanalytique et l’a adapté, l’érigeant en facteur-clef de succès.Le nom « Forces libanaises » est belliqueux, guerrier et inapproprié aux mécanismes de la démocratie, au cénacle du débat, du jeu de pouvoirs et de contre-pouvoirs politiques. Plus encore, il est quelque peu suranné, voire déphasé dans un paysage politique actuel toujours à la quête d’une convergence pour traiter à bien les enjeux existentiels. Être acteur politique pour définir une feuille de route liée au destin du pays se doit d’abandonner son...
commentaires (1)

Tous les partis libanais traditionnels devraient changer de nom, pas uniquement les FL .... La majorité d'entre eux ont été créés il y a fort longtemps, dans un contexte culturel, politique et idéologique aujourd'hui dépassé

COURBAN Antoine

07 h 51, le 08 novembre 2023

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • Tous les partis libanais traditionnels devraient changer de nom, pas uniquement les FL .... La majorité d'entre eux ont été créés il y a fort longtemps, dans un contexte culturel, politique et idéologique aujourd'hui dépassé

    COURBAN Antoine

    07 h 51, le 08 novembre 2023

Retour en haut