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Culture - Inspiration guerre

Mazen Kerbage : un sac poubelle à Gaza témoin de l’indicible

L'artiste polyvalent a trouvé avec l’illustration le médium pour exprimer et en tout cas dénoncer l’abjection de ce qui est infligé aux Palestiniens de Gaza depuis le 7 octobre. 

Mazen Kerbage : un sac poubelle à Gaza témoin de l’indicible

Sur son compte Instagram, Mazen Kerbage a écrit sous son illustration : « Je n’aurais jamais cru voir quelque chose de pire que le corps d'un enfant assassiné, jusqu'à ce que je voie les images d’un père transportant les restes de son fils dans un sac poubelle en plastique. » Photo DR

Mazen Kerbage est un artiste engagé. Dans ses illustrations, il ne cesse d’engager la réalité – souvent cruelle – qu’il modèle à sa manière, à la force de sa griffe reconnaissable parmi tant. Et, vice versa, il engage ses illustrations dans la réalité, en faisant des quasi- archives, une documentation de quelque chose qui est souvent voué à l’oubli. On se souvient, entre autres, de sa publication Beyrouth juillet-août 2006 qui racontait la guerre entre Israël et le Hezbollah de l’été 2006. Dès le début de la guerre en Palestine, comme à l’accoutumée donc, Mazen Kerbage a trouvé avec l’illustration le médium pour exprimer et en tout cas dénoncer l’abjection de ce qui est infligé aux Palestiniens de Gaza depuis le 7 octobre.


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Parmi les dessins qu’il poste quotidiennement sur son compte Instagram, les uns plus saisissants que les autres, celui que nous avons sélectionné, et celui qui a d’ailleurs recueilli une attention particulière de la part des internautes, est celui représentant, de prime abord, un simple sac poubelle griffonné en noir, sur un fond blanc. En dessous, l’illustrateur écrit : « Je n’aurais jamais cru voir quelque chose de pire que le corps d'un enfant assassiné, jusqu'à ce que je voie les images d’un père transportant les restes de son fils dans un sac poubelle en plastique. » Sans avoir à représenter la moindre trace de violence sur cette illustration, où ne figurent ni sang ni corps démembrés, cette illustration, et les mots de Kerbage nous transportent tout d’un coup au milieu du cauchemar de Gaza.

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Sans les voir, on les voit ces corps démembrés et répartis sur des sacs poubelles, on voit les pères démunis de tout, qui assistent sans ne rien pouvoir faire, à la chair de leur chair qui leur est tout d’un coup arrachée avec une violence sans nom. « Dès le début des violences sur Gaza, j’étais extrêmement dérangé et triste. J’avais très peur aussi. Peur de la suite. La nuit des bombardements israéliens sur l’hôpital al-Ahli, lorsque j’ai vu ce père porter les membres de ses enfants dans des sacs poubelle, presque heureux de les avoir trouvés pour pouvoir les enterrer, ça a été un choc. Je suis passé de la tristesse et la peur à la tristesse et la révolte. Ça a également changé mon rapport au dessin, je me suis mis à dessiner frénétiquement, comme si j’étais en « mode combat », un peu comme lors de la guerre de 2006 », témoigne -t-il auprès de L’Orient-Le Jour. Le sac poubelle de Mazen Kerbage devient, ainsi, tout d’un coup, l’emblème d’une barbarie qu’on voudrait ne jamais oublier. Ce sac poubelle sert aussi de rappel, triste rappel, de nos vies qui, de ce côté du monde sans cesse jeté dans d'interminables cycles de violence, ne comptent pas.

Les enfants paient un lourd tribut dans la guerre Israël-Hamas. En seulement trois semaines, le nombre d’enfants tués par les bombardements israéliens dans la bande de Gaza dépasse le bilan annuel d’enfants tués dans les zones de conflit depuis 2019 – dans plus de 20 pays –, a déclaré dimanche, l’organisation non gouvernementale Save the Children. Le ministre palestinien de la Santé a estimé lundi à 3 457 le nombre des enfants victimes de la guerre à Gaza.

Mazen Kerbage est un artiste engagé. Dans ses illustrations, il ne cesse d’engager la réalité – souvent cruelle – qu’il modèle à sa manière, à la force de sa griffe reconnaissable parmi tant. Et, vice versa, il engage ses illustrations dans la réalité, en faisant des quasi- archives, une documentation de quelque chose qui est souvent voué à l’oubli. On se souvient, entre...

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