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Nos Lecteurs ont la Parole

Frôler la vie...

J’ai peur. J’ai mal. Pour notre survie, pour nos maisons, pour nos avoirs gagnés à la sueur de notre front, pour le labeur de toute une vie, pour les souffrances d’autrui, pour notre dignité, pour notre entité, pour notre avenir, pour notre devenir, pour ma terre aux mille maux, pour les peuples en sanglots, pour nos familles éclatées, pour nos rêves avortés, pour l’enfance assassinée.

Depuis le premier jour où je suis née, ma génération a vécu cette incertitude, cette inquiétude, ces appréhensions, ces tribulations et dans l’entrée une mallette toujours en partance pour le jour où l’on quitterait en urgence.

La guerre a toujours été et reste l’une des scènes les plus atroces, les plus absurdes de l’histoire de tous les temps. Si ce n’est que maintenant que l’on se prononce, c’est un trop-plein qui en est la réponse. Un spectacle tragique, avec des âmes malheureuses prises dans l’étau de la folie humaine que les rois de la guerre continuent de perpétrer malgré les dures leçons d’une histoire archivée.

Au cœur de ce tableau macabre se trouvent les civils, les innocents, les véritables victimes de ce conflit, pris au piège par les rivalités des tout-puissants. Des mioches qui ne comprennent pas pourquoi leurs maisons sont réduites en cendres, leurs écoles rasées, leurs cours de jeu transformées en champs de bataille, leurs rires étouffés par le son des mitrailles. À la question qu’est-ce que tu veux faire de ta vie plus tard, un enfant du monde a répondu : « Dans mon pays les enfants sont fauchés aveuglément avant même qu’ils aient le temps de devenir grands. » Si ce n’est pas poignant...

Tant d’indifférence me choque. Entendre par-ci par-là dire que cette guerre est celle des autres et que nous n’avons rien à cirer me sidère ! Un enfant est un enfant, un vieillard est un vieillard qu’il s’appelle Mohammad ou David, Vladimir, Orhan ou Avédis. Une larme est une larme et c’est un concentré de tristesse quelle que soit l’ethnie de la maman qui le verse !

Quand est-ce que nous comprendrons que l’argent et le pouvoir ne sont pas les fins mots de l’histoire, mais bien les vains maux de l’histoire ?

Quand est-ce que nous comprendrons que ce n’est ni vainqueurs ni vaincus, que tout le monde a perdu, que c’est notre propre âme que nous vendons, que c’est notre existence que nous compromettons, que c’est nous-mêmes la chair à canon ? Quand est-ce que nous comprendrons que l’on n’aurait pas plus longtemps vécu en s’annexant quelques hectares de plus ou un gaz et un pétrole convoités mordicus ?

J’aurais souhaité me réveiller un matin et entendre aux nouvelles qu’aujourd’hui la terre se porte bien, la paix règne, mes frères sont libres et n’éprouvent plus de peine.

J’aurais voulu comme dans ce merveilleux film de Benigni La Vita è Bella lorsque la guerre faisait rage, pour protéger son petit Giosué des horreurs, son père lui fasse croire que tout cela n’est qu’une mise en scène, un jeu, un leurre.

J’aurai tant aimé que les enfants ne meurent. J’aurai voulu que ces petits anges s’élèvent pour un temps vers le ciel et qu’une fois la guerre terminée, ils rentrent chez eux en toute sécurité. Et quand on leur demandera : où étiez-vous passés ? Ils répondraient sans ambages : « Nous jouions à deviner les images que dessinaient dans les cieux les nuages. »


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

J’ai peur. J’ai mal. Pour notre survie, pour nos maisons, pour nos avoirs gagnés à la sueur de notre front, pour le labeur de toute une vie, pour les souffrances d’autrui, pour notre dignité, pour notre entité, pour notre avenir, pour notre devenir, pour ma terre aux mille maux, pour les peuples en sanglots, pour nos familles éclatées, pour nos rêves avortés, pour l’enfance...

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