Rechercher
Rechercher

Dernières Infos - France

A Paris, une alliance "pratique et politique" pour booster le retour du nucléaire


Des militants de Greenpeace participant à une manifestation antinucléaire avant l'ouverture de la conférence sur l'énergie nucléaire organisée par l'Agence de l'OCDE pour l'énergie nucléaire à Paris, le 28 septembre 2023. Photo Dimitar DILKOFF / AFP

« Il faut faire vite, et il faut être pratiques ». Une vingtaine de ministres sont à Paris jeudi à l'invitation du gouvernement français et de l'OCDE, pour œuvrer à accélérer le retour du nucléaire dans les pays riches et pousser les institutions internationales à le financer.

Japon, Canada, Etats-Unis, Corée du Sud, Royaume-Uni, membres de l'Union européenne: République tchèque, Pologne, Roumanie, Suède... sont représentés, mais aussi des géants industriels du secteur, du français EDF à l'américain Westinghouse en passant par le coréen KHNP et le japonais Mitsubishi.

Alors qu'une « fenêtre d'opportunité » se dessine pour la filière nucléaire, « nous devons être pratiques, mais nous devons aller vite », a plaidé à l'ouverture de cette conférence le directeur général de l'Agence pour l'énergie nucléaire de l'OCDE (AEN), William D. Magwood. « L'énergie nucléaire est un atout majeur à la fois pour notre sécurité énergétique mais également pour nos engagements climatiques » de neutralité carbone à 2050, a insisté la ministre française de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher, au moment où l'atome connaît un regain d'intérêt de plusieurs pays, sur fond de crise climatique et de tensions énergétiques exacerbées par le conflit en Ukraine.

Une déclaration ministérielle est attendue pour souligner le caractère « indispensable », selon ses signataires, de « l'outil » nucléaire dans la transition énergétique - les émissions de CO2 par kWh du nucléaire sont faibles, indique-t-on du côté de Paris. L'appel devrait aussi « encourager les banques multilatérales de développement, les institutions financières internationales et les organisations régionales, par exemple l'UE, à financer l'énergie nucléaire ». Avant d'être une alliance industrielle, il s'agit d'abord d' »une alliance politique », souligne-t-on du côté de Paris.

Gros défis pour le « retour du nucléaire » 

La France, pays le plus nucléarisé au monde par habitant (56 réacteurs pour 68 millions d'habitants), est devenue le fer de lance européen de la relance de l'atome, à la tête d'une « alliance européenne du nucléaire » pour peser dans les négociations ardues sur la réforme du marché de l'électricité de l'UE. La ministre française a d'ailleurs rencontré jeudi matin son homologue italien, au moment où l'Italie, sortie du nucléaire après Tchernobyl (1986), pourrait reconsidérer l'option nucléaire. Regroupant notamment des pays d'Europe de l'Est, « cette alliance veut aussi construire des coopérations industrielles pour mettre fin à la dépendance » de certains à l'égard de la Russie, selon Paris.

Peu avant l'ouverture de la conférence parisienne, une douzaine de militants de Greenpeace ont déployé une banderole sur le toit du bâtiment de l'OCDE, pour dénoncer « une diversion climatique ». La police les a délogés, dans le calme, juste avant le début de la réunion, coupant leurs liens avec des pinces avant de devoir les porter pour les évacuer. « Nous sommes là pour dénoncer le greenwashing de la France qui veut organiser une relance massive du nucléaire (...) Cette opération n'a pas pour objectif de sauver le climat mais de sauver l'industrie nucléaire », a déclaré à l'AFP Pauline Boyer, chargée de campagne nucléaire à Greenpeace. « On assiste à un retour du nucléaire dans le monde », constatait mi-septembre devant la presse Fatih Birol, le directeur de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), autre agence de l'OCDE, en citant le Japon, le Canada, la Finlande, la Suède, la Chine, et les Etats-Unis.

Selon l'Agence pour l'énergie nucléaire, il faudrait doubler voire tripler les capacités nucléaires mondiales d'ici 2050 pour respecter les objectifs de neutralité carbone, en combinant réacteurs existants, réacteurs de nouvelle génération mais aussi de petits réacteurs modulaires (SMR), en cours de conception. Mais relancer l'atome, tombé en disgrâce après la catastrophe de la centrale japonaise de Fukushima (2011), implique de nombreux défis: construire des filières de formation, une chaîne d'approvisionnement, trouver des financements adaptés à ces investissements longs et coûteux - alors que l'énergie bas carbone doit augmenter massivement, dès cette décennie, pour limiter le réchauffement planétaire. En 2022, 7,9 GW de capacités nucléaires sont entrées en service, soit une progression de 40% d'installations nouvelles par rapport à 2021. L'essentiel des mises en construction ces dernières années est venu de Chine, pour son marché intérieur, et de Russie pour plusieurs pays.

« Il faut faire vite, et il faut être pratiques ». Une vingtaine de ministres sont à Paris jeudi à l'invitation du gouvernement français et de l'OCDE, pour œuvrer à accélérer le retour du nucléaire dans les pays riches et pousser les institutions internationales à le financer.Japon, Canada, Etats-Unis, Corée du Sud, Royaume-Uni, membres de l'Union européenne: République tchèque, Pologne, Roumanie, Suède... sont représentés, mais aussi des géants industriels du secteur, du français EDF à l'américain Westinghouse en passant par le coréen KHNP et le japonais Mitsubishi.Alors qu'une « fenêtre d'opportunité » se dessine pour la filière nucléaire, « nous devons être pratiques, mais nous devons aller vite », a plaidé à l'ouverture de cette conférence le directeur général de l'Agence pour...