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Économie - Interview

Bilal Arnaout, DG de Lancaster : « On a essayé de compliquer nos débuts à l’aéroport de Beyrouth »

Nevada SAL, filiale du groupe hôtelier Lancaster de l’homme d’affaires Wissam Achour, a marqué un grand coup au printemps dernier en remportant le droit de gérer les restaurants de l’Aéroport international de Beyrouth à la place de la Lebanese Beirut Airport Catering Company (LBACC, joint-venture dont l’actionnaire principal est la Middle East Airlines). Le directeur général de Lancaster Bilal Arnaout revient en exclusivité pour L'Orient-Le Jour sur les premiers pas de cette société dont la stratégie tranche avec celle de son prédécesseur en place depuis des années.

Bilal Arnaout, DG de Lancaster : « On a essayé de compliquer nos débuts à l’aéroport de Beyrouth »

Le directeur général de Lancaster, Bilal Arnaout. Photo DR

Où en est la mise en application de la stratégie de Nevada SAL pour renouveler le parc de restaurants et de cafés à l’Aéroport international de Beyrouth ?

Nous avons démarré les opérations courant juillet, et les résultats ont pour l’instant dépassé nos prévisions. Les directions des nouvelles enseignes qui ont ouvert à l’aéroport sont satisfaites et les passagers sont à l’aise avec le changement opéré. La direction de l’Aviation civile est également satisfaite des modalités du contrat, qui nous a engagés à investir 3,45 millions de dollars par an. C’est un montant qui convient aussi bien à l’État qu’aux investisseurs.

Il y a pour l’instant 6 emplacements opérationnels : deux gérés par Dunkin’ Lebanon (Dunkin’ Donuts,  filiale de la multinationale américaine spécialiste du café et des beignets), un troisième par Freddy’s (Freddy’s Hot Dog, chaîne de restauration rapide), un quatrième par Zaatar w Zeit (chaîne libanaise de mana'iche), un cinquième par Mon Maki à Moi (chaîne libanaise de restaurants de sushi) et le dernier par Znood el-Sett (enseigne de restaurant lié à la franchise des hôtels Lancaster).

Mais, comme nous l’avons déjà communiqué, il ne s’agit que d’une partie des enseignes que nous prévoyons d’installer à l’AIB, et il devrait y en avoir 3 ou 4 de plus dans les prochains mois.

Qu’est-ce qui a retardé l’ouverture des autres enseignes et emplacements inclus dans votre stratégie initiale ?

Les raisons varient d’un cas à l’autre. Pour Malak Taouk, spécialisé dans les sandwiches au poulet et placé avant la zone franche (Duty Free), ce sont les travaux d’adaptation des locaux qui ont pris du temps, car ceux-ci n’étaient pas équipés pour accueillir les hottes de cuisson et autres équipement nécessaires en cuisine. Ce problème est réglé, et l’ouverture de l’enseigne est programmée pour la semaine prochaine. Nous avons eu le même type de difficulté pour le restaurant et snack al-Agha (cuisine libanaise), qui doit ouvrir dans une dizaine de jours.

Pour d’autres, le décalage est lié au processus de négociation. C’est le cas des boulangeries Paul et Prunelle qui ont abouti après que nous avons démarré les opérations à l’AIB.

Enfin, les discussions avec le géant américain de la restauration rapide McDonald’s n’ont finalement pas abouti. Nous avons eu le feu vert au niveau des sièges locaux et régionaux de l’entreprise, mais c’est finalement la situation institutionnelle au Liban, marquée par une vacance présidentielle qui se prolonge depuis presque un an, qui a refroidi la direction du groupe aux États-Unis.

En revanche, les négociations que nous avions menées en parallèle avec l’autre poids lourd de ce segment, l’américain Burger King, ont été couronnées de succès. Leur arrivée à l’AIB est programmée pour novembre.

Les mois d’affluence réduite de l’AIB qui vont arriver vont donner du temps à tous les opérateurs d’optimiser leurs emplacements en attendant les fêtes de fin d’année.

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Où en est le processus de reprise des employés de la LBACC, qui fait partie des engagements incombant à la société Nevada SAL dans le cahier des charges ?

Il y a eu beaucoup de bruit sur les réseaux sociaux et les médias à ce sujet, mais voilà ce qu’il en est.

Le cahier des charges nous oblige effectivement à reprendre tous les employés de la LBACC qui le souhaitent et aux mêmes conditions :  salaires, grades et avantages. Cette condition était loin d’être un problème pour nous parce que cela pouvait dire que nous pouvions compter sur des effectifs habitués à travailler à l’AIB dès le lancement de nos opérations. C’est même un avantage quand on connaît les difficultés actuelles que beaucoup d’employeurs rencontrent pour trouver du personnel qualifié au Liban.

Mais quand nous avons abordé le sujet avec LBACC, qui a opéré les espaces de restauration de l’AIB pendant des années, la direction de la société nous a d’abord fait savoir qu’elle comptait garder une grande partie de ses employés pour les réaffecter aux autres services qu’elle gère à l’AIB, dont ceux de la restauration à bord. Nous avons pris note de cette demande et avons donc prévenu les enseignes avec lesquelles nous prévoyions de travailler qu’il fallait lancer des recrutements.

Concrètement, nous en avions récupéré une cinquantaine sur 173 en lice. Mais deux mois plus tard, LBACC nous a accusés d’avoir laissé les autres sur le carreau. On a relancé les entretiens avec les 130 restés à LBACC en présence du comité de surveillance, du syndicat des employés, de membres de la direction de l’Aviation civile et de membres de LBACC. Une quarantaine ont voulu nous rejoindre (portant le total à 94), et ceux-là ont pu le faire à des conditions parfois meilleures qu’au sein de LBACC. D’autres sont restés chez leur ancien employeur et d’autres, enfin, sont partis.

Au fond, j’en viens à penser que le but de ces manœuvres était simplement de compliquer nos débuts. D’abord en cherchant à nous priver d’employés qualifiés puis en essayant de saturer nos effectifs. Ce qui est certain dans cette affaire, c’est que nous avons encore des postes vacants.

Nevada SAL a récemment été attaquée dans les médias et sur les réseaux sociaux par le député de Beyrouth Ibrahim Mneimné. Il reproche notamment à la société d’avoir gonflé son offre (qui a atteint 4 fois celle de LBACC) lors de la procédure lancée pour attribuer le marché afin d’être sûre de l’emporter et de chercher désormais à gonfler ses prix pour se rembourser. Que répondez-vous à ces accusations ?

Pour le premier point, nous avons remporté le marché dans le cadre d’une procédure transparente, et notre offre a été dévoilée en même temps que celle de nos concurrents. Il n’y a donc pas de débat sur ce point.

Je souligne ensuite que nos prix en dollars restent nettement inférieurs à ceux que pratiquait LBACC avant la crise. Pour vous donner un exemple représentatif d’un produit qui se vend beaucoup à l’AIB : le café vendu par Cafematik (une des enseignes de LBACC) coûtait 8 dollars à l’époque de la parité officielle à 1 507,5 livres. Celui vendu par notre opérateur Dunkin’ ne dépasse pas 5 ou 6 dollars actuellement.  Il reste une réalité, c'est que les prix dans les aéroports resteront toujours plus chers que ceux dans les commerces.

Où en est la mise en application de la stratégie de Nevada SAL pour renouveler le parc de restaurants et de cafés à l’Aéroport international de Beyrouth ? Nous avons démarré les opérations courant juillet, et les résultats ont pour l’instant dépassé nos prévisions. Les directions des nouvelles enseignes qui ont ouvert à l’aéroport sont satisfaites et les passagers sont à...
commentaires (4)

"… On a essayé de compliquer nos débuts à l’aéroport de Beyrouth …" - ben oui, t’as pas payé le bonnes commissions aux bonnes personnes... Welcome to Lebanon!

Gros Gnon

05 h 30, le 28 septembre 2023

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Commentaires (4)

  • "… On a essayé de compliquer nos débuts à l’aéroport de Beyrouth …" - ben oui, t’as pas payé le bonnes commissions aux bonnes personnes... Welcome to Lebanon!

    Gros Gnon

    05 h 30, le 28 septembre 2023

  • Why do we need American franchises at AIB? Our middle eastern cuisine is far superior.

    Mireille Kang

    20 h 02, le 27 septembre 2023

  • Il n’a pas évoqué les dessous de table dont il devait s’acquitter pour réussir à conclure le contrat sachant qui détient la gestion et le contrôle de notre aéroport qui s’est transformé à vitesse grand V en porcherie et un lieu de gain facile pour pouvoir payer les rackets des politiciens insatiables. Pour ma part, aucun de ces prétendus restaurants n’a réussi à me faire envie de consommer sachant que la qualité est loin de justifier le prix exorbitant.

    Sissi zayyat

    13 h 26, le 27 septembre 2023

  • Quelle joie! De la malbouffe à gogo à l'aéroport. Le vrai visage civilisé du pays et une occasion ratée de promouvoir l'agriculture et le savoir-faire locaux. Vive le donut et le burger.

    Michael

    05 h 30, le 27 septembre 2023

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