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Lifestyle - Patrimoine

Neuf mosaïques, une tête romaine et un bronze seront rapatriés au Liban

Ces pièces ont été récupérées de la collection de Georges Lotfi, à l’encontre duquel Interpol a lancé un mandat d’arrêt et publié une « notice rouge », le 5 juin dernier.

Neuf mosaïques, une tête romaine et un bronze seront rapatriés au Liban

Une mosaïque ancienne représentant l’automne qui aurait été illégalement enlevée du Liban en 1987. Photo bureau du procureur du district de New York

La croisade contre le trafic illicite des biens culturels menée par la justice de l’État de New York a permis la saisie de 24 pièces issues de fouilles en Syrie et au Liban.

Au total, 24 objets ont été saisis, dont 23 mosaïques provenant de ces deux pays, une sculpture en calcaire de Palmyre et une tête romaine en marbre documentée et archivée sous le numéro E1787 par la Direction générale des antiquités (DGA) libanaise.

Ces pièces étaient stockées à Jersey City, dans l’État du New Jersey, par le marchand et collectionneur d’antiquités Georges Lotfi. Contacté par L’Orient-Le Jour, le colonel Matthew Bogdanos, procureur adjoint du district de Manhattan à New York, expert de renommée mondiale dans la lutte contre le trafic des antiquités, déclare que les États-Unis sont « honorés de pouvoir restituer une grande partie du patrimoine culturel inestimable du Liban ». « Mais, ajoute-t-il, nous sommes également attristés de constater qu’il reste beaucoup de choses que nous n’avons pas encore pu récupérer et rendre. » Dénonçant le pillage du patrimoine, il affirme avoir déjà « condamné 15 trafiquants, dont deux la semaine dernière ». En février 2018, à la suite du rapatriement au Liban de cinq pièces archéologiques volées en 1981 dans les dépôts de la citadelle de Byblos, et qui se trouvaient aux États-Unis et en Allemagne, le colonel Bogdanos avait tenu une conférence de presse au Musée national de Beyrouth assurant qu’il mènerait jusqu’au bout sa lutte contre le trafic illicite des antiquités. « Le pillage du patrimoine mondial est une tragédie et le commerce de vestiges volés constitue un crime », avait-il alors déclaré.

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Un collectionneur libanais d’art antique visé par Interpol

Aujourd’hui, grâce à cette vaste campagne de restitution d’antiquités pillées qui ont atterri dans des musées et galeries de la mégapole new-yorkaise, c’est une tête romaine en marbre découverte en 1971 par l’archéologue franco-suisse Maurice Dunand dans le temple d’Echmoun, à deux kilomètres au nord-est de Saïda, qui a été retrouvée en possession des Royal Athena Galleries à New York. De même, 9 pièces de mosaïques appartenant au Liban (sur les 24 saisies) ont été récupérées de la collection de Georges Lotfi, à l’encontre de qui Interpol a lancé un mandat d’arrêt et publié une « notice rouge » le 5 juin dernier.

Le sarcophage de Nedjemankh présenté au Caire. Khaled Desouki /AFP

« Je suis un collectionneur, non un contrebandier »

Le mandat d’arrêt lancé contre Lotfi est fondé sur des investigations menées l’année dernière par le bureau du procureur de district du comté de New York. L’instance accuse le collectionneur et marchand d’art d’avoir, en 1988, transporté illégalement jusqu’aux États-Unis les 24 pièces antiques provenant de Syrie et du Liban.

Cet octogénaire libanais originaire de Tripoli a vécu entre Paris et New York où il possédait un appartement sur la Cinquième Avenue, à proximité du Metropolitan Museum. Installé actuellement au Liban, Georges Lotfi a été longtemps informateur de la justice américaine, aidant les enquêteurs à débusquer les trafiquants d’antiquités. Selon Artnet News, il a même fourni un diagramme, « dessiné à la main », du fonctionnement des réseaux de contrebande internationaux. En 2018, une information de Lotfi a conduit à la saisie du cercueil doré du prêtre ptolémaïque Nedjemankh, qui trônait en majesté au Met. Cette œuvre de 1 m 80 de long avait été exhumée par des pillards égyptiens en 2011.

« Je me suis battu avec eux durant dix ans pour mettre fin au commerce illicite et ils se sont retournés contre moi », a déploré Lotfi dans les colonnes du New York Times, martelant : « Je ne suis pas un contrebandier. Je suis un collectionneur. »

À L’Orient-Le Jour, Georges Lotfi dit d’emblée : « Les informations des médias sont fausses. J’ai raconté les choses avec honnêteté mais mes paroles ont été déformées. » Il ajoute qu’il a écrit une lettre explicative au Premier ministre sortant, Nagib Mikati, au ministre sortant de la Culture, Abbas Mortada, et à d’autres officiels, leur disant que ce qui se passe n’est, selon lui, pas du tout régulier. « Il y a des magouilles, des mensonges. Ma force à moi est d’avoir dit la vérité. En plus, j’ai tous les documents officiels, même un ordre des Forces de sécurité intérieure me donnant droit à toutes les pièces de ma collection. Une grande partie de celles-ci sont d’ailleurs des copies », indique M. Lotfi.

Au sujet des artefacts en sa possession, il affirme ne pas vouloir les vendre, « la preuve : ils sont toujours là, dans le dépôt à Jersey City ». Quant à la tête de taureau d’Echmoun qu’il détenait autrefois, il précise qu’il l’avait achetée à Farid Ziadé dans les années 1980 sans savoir qu’elle provenait des fouilles d’Echmoun. M. Ziadé était « un expert en archéologie auprès des douanes, en même temps que restaurateur et négociant. Il y a deux ans, il a été attaqué dans sa maison. Mais il ne s’est pas remis d’une blessure à la tête, il est décédé il y a quelques mois. En principe, il devait tenir un registre où il marquait le nom de l’objet, celui de l’acquéreur, la date de la vente, etc. ».

Georges Lotfi signale par ailleurs que neuf pièces de sa collection de mosaïques seront restituées au Liban. « Vingt-quatre ont été saisies, pourquoi ne rendent-ils pas le tout ? » se demande le collectionneur. De même, il fait remarquer que la tête romaine en marbre, le Dioscure et le bronze de Baalbeck ont été récupérés chez les autres collectionneurs.

En pointant ainsi du doigt les autres, Georges Lotfi pense-t-il détourner l’attention des enquêteurs sur ses propres activités et se placer au-dessus de tout soupçon ? Confiant dans sa capacité à les convaincre que les objets de sa collection ont été légitimement achetés, il a invité les policiers à inspecter les antiquités qu’il conservait dans une unité de stockage. À ce sujet, le New York Times dévoile les notes consignées dans le dossier d’instruction par Robert Mancene, agent de la Sécurité intérieure. « Je crois que l’accusé considérait qu’il avait si bien blanchi les antiquités et qu’il avait créé une provenance si bonne (bien que fausse) qu’il ne pensait pas que les autorités seraient en mesure de déterminer leur véritable origine », a-t-il écrit. Mancene affirme également que des photographies de l’un des conteneurs maritimes de Lotfi représentaient, « sur un sol en terre battue entouré de gravats, des objets incrustés de terre ». Ces clichés prouvent que les pièces avaient été exhumées illicitement et n’étaient pas encore débarrassées de la terre. Autre signe révélateur d’un pillage, la photo montrant « des mosaïques sur des feuilles de tissu, utilisées pour soulever les tapis de tesselles ».

Dans son interview au New York Times, M. Lotfi rejette quant à lui l’affirmation selon laquelle les antiquités ont été volées, assurant que ses achats sont conformes à la loi libanaise et que toute affirmation selon laquelle il essayait de tromper les enquêteurs en les invitant dans son entrepôt était « fausse ». « Je les ai fait entrer, dit-il, car je n’ai rien à cacher. »

Lotfi et les trésors d’Echmoun

Selon le mandat très détaillé, dont une copie a été fournie à Artnet News, l’enquête menée sur Georges Lotfi a commencé en juillet 2017, lorsque l’unité de trafic d’antiquités (ATU) du procureur du district de Manhattan a demandé un mandat de perquisition pour saisir une tête de taureau en marbre exposée au Met. La tête de taureau, vieille de 2 300 ans et issue des fouilles d’Echmoun, avait disparu du sous-sol de la citadelle de Byblos au milieu de la guerre civile qui a secoué le pays de 1975 à 1990. Elle avait été prêtée au Met par le couple de collectionneurs américains Lynda et William Beierwaltes qui l’avaient acquis auprès du marchand d’antiquités britannique Robin Symes (aujourd’hui en disgrâce, il a été un acteur-clé d’un réseau criminel international qui faisait le commerce de trésors archéologiques pillés). Mais selon le mandat, Georges Lotfi figurait sur les documents de prêt comme « le premier possesseur documenté » de cette relique évaluée à 12 millions de dollars par les experts. Une deuxième antiquité, un torse en marbre qui proviendrait du même site, a été ensuite saisie dans son appartement new-yorkais. Les deux pièces furent rapatriées au Liban en janvier 2018. La même année, une troisième œuvre du site a été retrouvée par les douaniers libanais dans un conteneur qu’il avait expédié de New York à Tripoli.

Il reste que la notice rouge d’Interpol à son encontre a peu de chances de se traduire par une extradition. « Il (Georges Lotfi) ne peut être livré à la justice américaine, l’État libanais n’extradant pas ses citoyens », a affirmé son avocate May Azoury à notre consœur Claude Assaf. « S’il voyage, il risque toutefois d’être arrêté dans tout pays membre d’Interpol, mais cela semble improbable car son passeport lui a été temporairement confisqué », a-t-elle ajouté.


La croisade contre le trafic illicite des biens culturels menée par la justice de l’État de New York a permis la saisie de 24 pièces issues de fouilles en Syrie et au Liban. Au total, 24 objets ont été saisis, dont 23 mosaïques provenant de ces deux pays, une sculpture en calcaire de Palmyre et une tête romaine en marbre documentée et archivée sous le numéro E1787 par la Direction...

commentaires (2)

Pour la majorité des libanais, ces vieilles pierres n’ont aucun sens. Ils sont contents de les vendre pour des clopinettes a des étrangers apparemment crédules. Si vous êtes intéressés par les phéniciens vous êtes probablement un isolationniste sioniste. Quant aux romains, alors vous êtes certainement un agent de l’impérialisme occidental américain.

Mago1

12 h 08, le 19 septembre 2023

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Commentaires (2)

  • Pour la majorité des libanais, ces vieilles pierres n’ont aucun sens. Ils sont contents de les vendre pour des clopinettes a des étrangers apparemment crédules. Si vous êtes intéressés par les phéniciens vous êtes probablement un isolationniste sioniste. Quant aux romains, alors vous êtes certainement un agent de l’impérialisme occidental américain.

    Mago1

    12 h 08, le 19 septembre 2023

  • Lotfi est un personnage pour le moins ambigü. Le soupçonner d'avoir habilement "informé" ses interlocuteurs américains pour préserver son propre petit commerce criminel ne me semble pas incongru. Qu'il se rassure, en bon résident Llbanais, il ne risque rien... nous n'extradons pas ceux qui partagent le Taoulé avec Carlos et Riad.

    Ca va mieux en le disant

    01 h 07, le 19 septembre 2023

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