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Nos Lecteurs ont la Parole

Pour l’amour du métier... Un brin d’espoir en pleine crise...

« Ils peuvent oublier ce que vous avez dit, mais ils n’oublieront jamais ce que vous leur avez fait ressentir » (Carl W.). « Les enseignants sont les héros du monde moderne » (Guy Kawasaki). « Les enseignants font partie des seules personnes qui perdent du sommeil à cause des enfants des autre » (Nicholas Ferroni). Des citations à n’en plus finir sur le métier d’enseignant. Des énoncés qui ne cessent de rappeler l’importance et la noblesse de ce métier, ou plutôt de cette mission. L’on entend dire que c’est de lui que dépend le futur des générations et qu’il est le pivot du changement auquel aspirent les sociétés. Tout ce qu’on entend n’épargne pas de même l’importance de l’éducation ; ce « premier besoin des peuples après le pain » (Nelson Mandela). Cette ultime mission d’éduquer un enfant pour faire ressortir de prime abord l’humain qui est en lui…

On peut continuer à citer à l’infini, vu l’immense littérature portant sur le métier d’enseignant. Les livres et les dictons débordent de reconnaissance et de valorisation. Mais normalement, la vie est très loin de ce qu’on lit dans les livres ou de ce dont on entend parler dans les salons. Il en est de même pour la réalité de ce métier, que ce soit au Liban ou ailleurs. Laissons tomber alors la littérature et passons aux chiffres.

Dans notre cher pays, la crise économique n’a pas épargné le secteur éducatif. Les salaires des enseignants sont dévalorisés : la paye d’un enseignant débutant d’environ 1,5 million de livres libanaises équivalait à 100 dollars en 2019, contre seulement 70 dollars aujourd’hui, selon Bahous, Nassar et Ouaiss (2022) ; plus de 15 % des enseignants des écoles privées ont quitté le pays pour chercher du travail ailleurs, dans une étude publiée en 2021. Ce nombre est sans doute en perpétuelle augmentation, que ce soit dans le secteur privé ou public où 35 % des contractuels ont quitté leur poste (www.middleeasteye.net). La situation est indubitablement lamentable. Mais malgré cela, on voit, on rencontre et on vit avec des enseignants (débutants ou expérimentés) qui tiennent leur métier à cœur.

Jusqu’à présent, ils n’ont pas pensé à quitter le domaine. Leur(s) raison(s) ? Ils en témoignent… Layal, enseignante et directrice de cycle mise sur la relation enseignant-enseigné. Pour elle, son métier se fait avec le cœur et avec une certaine accoutumance à cet échange humain et à cette relation soudée que les années scelleront à jamais. Elle enchaîne en disant : « Pourquoi continuer à être enseignante ? Pourquoi avoir encore envie de supporter tout ce que cela implique au quotidien ? Dans les moments d’extrême fatigue, dans les moments où l’on se sent vidé, on se pose souvent cette question : à quoi bon ? Eh bien, ce qui est étrange pour beaucoup de personnes, c’est que quand vous êtes prof dans l’âme, il vous est très difficile de vous arrêter. Cette petite voix dans votre for intérieur trouve inéluctablement le moyen de vous encourager à vous lever, à afficher un sourire accompagnant votre bonjour au début de chaque cours, en vous mettant à la place des élèves qui vous regardent et en vous rappelant ce qui vous faisait plaisir quand vous étiez encore élève. Le plus important et le plus satisfaisant, c’est quand, au terme de la séance, vous sortez en étant sûre de leur avoir transmis quelque chose qui laissera un impact sur leur journée, voire sur plusieurs années. Ce qui est très plaisant aussi, c’est à chaque fois que vous rencontrez l’un ou l’une de vos anciens élèves qui sont tout contents de vous revoir des années plus tard, dans un rayon de supermarché, dans un grand magasin, dans une librairie, un laboratoire, un hôpital, un avion, un garage, une exposition, etc. Vous vous rendez compte que vous avez pu aider à échafauder une microsociété qui se souvient encore de ce que vous lui disiez en classe ou de vos paroles encourageantes ; et ces mêmes élèves devenus d’honnêtes jeunes femmes et d’honnêtes jeunes hommes font tout pour vous aider avec grand plaisir. C’est le fruit d’heures de travail, de préparation, de correction, d’efforts, de patience en classe que vous cueillez, à l’instant où ces mêmes yeux que vous rencontrez dans la vie de tous les jours vous fixaient en classe, des années auparavant. Et là, votre cœur se dilate et votre âme est fière de ce que vous avez contribué à faire dans la construction de ces personnes. »

Iris, toujours dans le domaine depuis une trentaine d’années, ne cesse de ressentir « la joie de la rencontre » à la veille de toute rentrée : « À la veille de toute rentrée, je sens de nouveau mon cœur battre très fort. L’amour et la joie de cette nouvelle aventure tissée tout au long de l’année par mille et une rencontres. Que de trésors découverts ; que d’émotions partagées et de moments uniques. Toute la magie est là, révélée par une présence qui fait la différence. »

Mary, spécialiste de l’apprentissage socio-émotionnel, tient au but ultime de toute éducation : « Les enseignants sont des acteurs du changement et ils apportent l’espoir d’un avenir meilleur. Lorsque nous ciblons le bien-être émotionnel des enfants, nous leur montrons de l’attention et de l’espoir en l’humanité, car ils deviennent les leaders conscients de demain, qui font preuve d’empathie, construisent des liens et des ponts et aident à créer un monde plus compatissant ! »

Quant à Oula, directrice pédagogique dans une école privée, elle ne s’imaginait pas quitter les jeunes en temps de crise : « L’enseignement pour moi, c’est une mission, non pas un métier. Et quand on dit mission, on dit engagement et don de soi. Je ne me voyais pas quitter les jeunes en temps de crise. J’ai choisi cette mission et j’ai le devoir de l’accomplir pour le meilleur et pour le pire. »

On reste bouche bée devant ces témoignages riches et uniques, provenant de personnes profondes et distinguées dans leur domaine. Un nombre même très réduit des professionnels de l’éducation n’a toujours pas baissé les bras. Est-ce par mission, par passion ou par souci de l’avenir du secteur éducatif libanais ? Ce qui reste lucide et indubitable, c’est qu’elles/ils le font par amour… l’amour du métier.

Dayana MAJDALANY

Docteure en sciences de l’éducation

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.


« Ils peuvent oublier ce que vous avez dit, mais ils n’oublieront jamais ce que vous leur avez fait ressentir » (Carl W.). « Les enseignants sont les héros du monde moderne » (Guy Kawasaki). « Les enseignants font partie des seules personnes qui perdent du sommeil à cause des enfants des autre » (Nicholas Ferroni). Des citations à n’en plus finir sur le...

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