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Nos Lecteurs ont la Parole

Les fonctionnaires de l’État, principales victimes de la crise économique

L’article 23 de la Déclaration universelle des droits de l’homme dans ses alinéas premier et deuxième dispose que « toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage. Tous ont droit, sans aucune discrimination, a un salaire égal pour un travail égal ». Cet article à valeur constitutionnelle semble aujourd’hui étranger à la situation actuelle, avec les couloirs vides de l’administration, des grèves toujours maintenues et des fonctionnaires abattus.

Mais comment s’attendre à ce que les fonctionnaires dirigent les établissements publics avec des droits qui se sont soudainement évaporés et un salaire qui doit impérativement être revalorisé ?

En effet, depuis la dévaluation monétaire, la valeur des salaires perçus toujours en livres libanaises a diminué avec la même vitesse que l’augmentation du taux de change du marché noir. Une personne qui percevait un salaire minimum de 675 000 LL touchait 450 dollars américains, alors qu’aujourd’hui, ce montant équivaut à environ 7,5 dollars américains. Les rémunérations des agents publics ne dépassent pas de nos jours les 150 dollars américains. Donc, comment s’attendre à ce qu’un agent public vive dignement en couvrant ses besoins quotidiens vitaux avec un salaire qui ne vaut plus rien ?

La grève des agents publics est largement justifiée, car pendant trois ans, aucune mesure réelle n’a été prise. Des illusions de réforme sont exécutées chaque mois qui ne sont autres que des mensonges de réforme conjoncturelle comme la plateforme « Sayrafa ». Jusqu’à présent, le calvaire continue et aucune politique structurelle visant réellement à réformer l’administration et revaloriser les salaires de ses fonctionnaires n’a été présentée.

En outre, de la non-capacité des fonctionnaires à couvrir les frais quotidiens qui leurs permettent de survivre, leur situation dégénère encore plus avec des prestations essentielles comme le versement d’indemnités de transport quotidiennes non suffisantes au déplacement des fonctionnaires. Prenons également l’exemple des allocations scolaires et universitaires qui sont financées par la Caisse mutuelle des agents de la fonction publique. Cette allocation couvrait auparavant une large partie des frais, mais aujourd’hui, les montants en livres libanaises perçus par cette mutuelle ne valent plus rien face à la dollarisation des frais scolaires et universitaires. Donc l’éducation est devenue un luxe difficilement accessible aux fonctionnaires publics qui se trouvent en difficulté pour éduquer leurs enfants.

Quant au secteur de la santé, les choses se dégradent encore plus. La Caisse mutuelle des fonctionnaires publics règle toujours les factures des hôpitaux ainsi que les frais des médicaments sur un taux de change de 1 500 livres libanaises. Donc se soigner est également devenu un luxe inaccessible aux agents de l’État.

« Je refuse de retourner travailler tant que nos conditions ne se sont pas améliorées. Mon salaire ne vaut plus rien et il ne me suffit pas pour payer les frais de déplacement chaque jour pour atteindre mon travail », affirme un fonctionnaire travaillant dans une des administrations publiques. Sans oublier les fonctionnaires qui préparent leur départ en retraite après des décennies de service avec pour choix soit une compensation qui a nécessairement besoin d’être revalorisée, ou un salaire de retraite quasi inexistant. Ainsi, dans cette situation cataclysmique, ne peut régner qu’une atmosphère de lassitude, de désespoir et d’abattement sans aucun espoir de réforme.

L’article 15 du code des fonctionnaires publics prohibe les grèves sous peine de sanctions. Toutefois, avec des circonstances plus que dégradantes, aucun respect à la dignité humaine, comment sanctionner un fonctionnaire qui ne demande qu’à vivre dignement ? Comment tenir responsable quelqu’un qui travaille face à un État inconscient et amorphe ? Jusqu’à quand les administrations demeureront paralysées et envahies par le fantôme de leurs fonctionnaires ?

En 1862, Victor Hugo dans son célèbre roman Les Misérables dit la phrase suivante : « Le travail ne peut être une loi sans être un droit. » Cette citation s’applique parfaitement aux circonstances actuelles, car travailler dans les administrations publiques ne peut être résumé qu’à des lois archaïques qui ont désespérément besoin d’être reforgéees vu qu’elles ne protègent aucun droit, avec pour victimes « les misérables » qui ne sont autres que les fonctionnaires publics.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

L’article 23 de la Déclaration universelle des droits de l’homme dans ses alinéas premier et deuxième dispose que « toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage. Tous ont droit, sans aucune discrimination, a un salaire égal pour un travail égal ». Cet article...
commentaires (1)

Catastrophique mais presque cohérent au pays des individualistes, des passagers clandestins et des gros malins car il s'agit des gens chargés du bien commun, valeur chez nous de tout temps dévalorisée, quitte à ce que nous crevions tous. Ne plus les payer est donc tout à fait dans l'ordre des choses.

M.E

06 h 23, le 14 septembre 2023

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Commentaires (1)

  • Catastrophique mais presque cohérent au pays des individualistes, des passagers clandestins et des gros malins car il s'agit des gens chargés du bien commun, valeur chez nous de tout temps dévalorisée, quitte à ce que nous crevions tous. Ne plus les payer est donc tout à fait dans l'ordre des choses.

    M.E

    06 h 23, le 14 septembre 2023

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