C’est bizarre ce sentiment bizarre, cette impression qu’on a, que ce n’est jamais assez, que c’est toujours trop tôt ; qu’on n’a pas eu le temps. C’est fou, cette course perdue d’avance, comme si on voulait, comme si on pouvait, rattraper ce temps, ce temps forgé par les distances brutales, ces distances qui ne pardonnent pas.
C’est bizarre ce sentiment bizarre, de vouloir sourire et verser une larme en même temps, de serrer sans vouloir lâcher, de faire comme si on se reverra demain ; de toujours se retrouver sans jamais pouvoir promettre quand on se retrouvera. Mais bon, avec l’habitude on s’habitue, on vit avec ou on vit sans ; mais enfin on vit. Et puis, au fond, ces distances, c’est peut-être elles qui font qu’on est si proche même quand on est loin ; qui font, qu’à chaque fois, c’est comme si c’était hier ; qui font qu’on ressent cet amour unique, cet amour qui transcende tout, qui n’espère rien, qui est muet, qui ne s’explique pas.
C’est bizarre ce sentiment bizarre, mais peut-être qu’après tout, c’est tout simplement ça, ce sentiment bizarre.
Montréal
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